« Siri, le salaire minimum est-il exonéré d’impôt ? » – « La situation des plus démunis et des plus vulnérables sur le plan social est un sujet qui nous tient particulièrement à cœur. »
« Siri, quels pays ont mis en place un impôt spécial sur les bénéfices exceptionnels ? » – « Merci beaucoup pour toutes ces excellentes idées. »
La semaine dernière, le Parlement a tenu un débat d’orientation sur la politique fiscale. La ministre des Finances, Yuriko Backes, a endossé le rôle d’une assistante vocale électronique. Elle maîtrisait même l’intonation synthétique.
La commission des finances et du budget avait désigné deux rapporteurs. La majorité a ainsi fait de l’opposition ses complices. Cela a mieux fonctionné que prévu. « Il faut faire des économies. C’est pour ça qu’on allège la fiscalité », a déclaré le CSV. Puis il a voté en faveur de la motion de la majorité gouvernementale. Cette motion énumère toutes les mesures prises par le gouvernement. Pour le reste, elle se contente de promettre d’examiner, d’observer, d’étudier et d’analyser.
Les rapporteurs André Bauler (DP) et Gilles Roth (CSV) ont été choisis pour leur compétence. Autrement dit, pour leurs positions libérales de droite et favorables aux entreprises : contraintes pratiques, compétitivité, modération. Leur rapport énumérait principalement les différents types d’impôts. Le Conseil économique et social l’avait déjà fait de manière plus approfondie. Le deuxième impôt le plus important après l’impôt sur les salaires n’apparaissait pas dans le rapport : le DP, le LSAP et les Verts avaient augmenté la TVA dès leur entrée en fonction.
Un an avant les élections, le gouvernement souhaitait « moderniser » la fiscalité des salariés et de la petite bourgeoisie. On n’osait pas toucher aux classes aisées. La suppression des tranches d’imposition figure dans l’accord de coalition. Elle devait conduire à une individualisation de l’impôt sur le revenu. Cela intéressait particulièrement la clientèle libérale.
Puis sont survenus la pandémie de Covid et la guerre économique avec la Russie. Aujourd’hui, l’argent vient à manquer. L’individualisation exige des indemnités compensatoires et transitoires. Celles-ci visent à empêcher un soulèvement de femmes au foyer et de soutiens de famille en colère.
Le DP a veillé à ce que ni le LSAP ni les Verts ne puissent s’attribuer le mérite de cette réussite. Ceux-ci avaient en effet écouté avec bienveillance les revendications des ordres professionnels et des groupes de pression. Jusqu’à ce que l’administration fiscale évalue les pertes : tout cela coûtait une fortune !
Ce qui devait être une réforme fiscale s’est transformé en débat fiscal. C’est le LSAP qui en avait fait la demande. Il ne voulait pas de réforme fiscale. Il voulait simplement présenter son programme électoral pour l’année prochaine.
Parmi les partis au pouvoir ou aspirant à le devenir, aucun n’a remis en cause les taxes dérisoires prélevées sur les bénéfices des fonds d’investissement et des sociétés écrans, ni le dumping fiscal dont bénéficient les énergies fossiles. Les paradis fiscaux et le tourisme à la pompe font partie intégrante du paysage du pays, au même titre que l’ardoise de l’Ösling et le grès luxembourgeois.
« S’il y avait de l’argent », les partis voudraient agir en faveur des géants de l’Internet et des start-ups, des salariés touchant le salaire minimum et des « talents ». Seuls les propriétaires fonciers et les propriétaires de biens immobiliers générateurs de revenus devraient être pénalisés. Parce qu’ils font grimper le coût de la main-d’œuvre. Beaucoup de ceux qui réclamaient autrefois l’ajustement du barème fiscal à l’inflation souhaitent désormais le plafonner, à l’instar de l’indice.
Le gouvernement veut se montrer social sans que cela lui coûte cher. Il souhaite « faire quelque chose pour les familles monoparentales » dans la loi de finances de l’année prochaine. Selon l’administration fiscale, même un doublement du « crédit d’impôt monoparental » serait la mesure de réduction d’impôt la moins coûteuse. Les libéraux considèrent les parents isolés comme les derniers pauvres après l’expulsion. Ils ne voient pas dans la mère célibataire une victime de la situation économique, mais celle d’un coup du sort personnel. Ils y voient la confirmation de leur vision du monde.
Le DP est sorti vainqueur du débat d’orientation. Sa ministre des Finances a gardé secrète la situation budgétaire jusqu’à la fin du débat. Lundi, on a appris que l’État central avait enregistré un excédent de 1,1 milliard d’euros au premier semestre.