Les cléricaux sont devenus plus modestes. La semaine dernière, le journal *Ilres* leur prédisait la perte de quatre sièges au Parlement. Le mot « triomphe » a fait la une : « Le CSV gagne des sièges » (20 avril 2023). En effet, en novembre, on parlait encore d’une perte de six sièges.
Un quart des personnes interrogées se sont réjouies pour le CSV, car celui-ci a finalement trouvé un tête de liste. « Luc Frieden fait preuve d’une grande compétence », a affirmé la présidente du groupe parlementaire Martine Hansen sur RTL. « Et cette compétence ne se limite pas au seul domaine économique » (21 avril 2023).
Les compétences de Luc Frieden en tant que ministre des Finances et du Budget étaient limitées (d’Land, 7 avril 2023). Il a également occupé le poste de ministre de la Justice. En 2004, le Premier ministre du CSV, Jean-Claude Juncker, l’a nommé ministre de la Justice, de la Police et de la Défense. Il est ainsi devenu « super-ministre » chargé de l’ordre public. Après les attentats terroristes du 11 septembre, Luc Frieden devait montrer à l’électorat conservateur qu’aucun parti ne savait sévir avec plus de fermeté que le CSV.
En tant que boursier Fulbright, le ministre de la Défense Frieden était considéré comme « l’homme des Américains ». En novembre 2005, à Herrenberg, il a donné l’ordre suivant pour leurs nouvelles guerres visant à instaurer un nouvel ordre mondial : tous les volontaires de l’armée doivent être envoyés en mission à l’étranger ! Cela a réjoui l’ambassade américaine. Les soldats, un peu moins. Trois mois plus tard, il n’était plus ministre de la Défense.
Le ministre de la Police, Frieden, se montrait impitoyable envers les plus faibles. En novembre 1999, il organisa une vaste opération policière visant à expulser une douzaine d’adultes et deux douzaines d’enfants originaires du Monténégro et du Kosovo. Le journal « Wort », qui lui était favorable, lui attribua « un cœur de pierre » (26/11/99). Dans le conte éponyme de Wilhelm Hauff, Peter, le jeune charbonnier, reçoit cent mille florins pour remplacer son cœur par un caillou. Peter, le jeune charbonnier, est l’archétype du technocrate néolibéral.
Luc Frieden a empêché les plus faibles de se défendre. En février 1999, quelques producteurs laitiers lombards et des exilés kurdes voulaient manifester devant le Kirchberg, à l’occasion d’une réunion des ministres des Affaires étrangères. Il a suspendu l’application des accords de Schengen et a fait contrôler les frontières pendant cinq jours.
Le 20 décembre 2002, il a déposé un projet de loi « garantissant l’usage paisible du droit de propriété ». Il souhaitait punir les rassemblements de syndicalistes et de militantes écologistes organisés à l’intérieur ou à l’extérieur d’entreprises et de bureaux d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Suite aux protestations, il a dû retirer sa « Lex Greenpeace ».
Le 20 mai 2003, il a présenté un projet d’amendement au code de procédure pénale : « [I]l ne sera pas fait mention dans le procès-verbal d’audition de certaines des données d’identité prévues à l’article 71 ». Les témoignages anonymes permettent des manipulations au détriment des accusés. Suite à des protestations, il a dû retirer ce projet.
Le ministre de la Justice et de la Police souhaitait protéger l’appareil de sécurité de l’État contre toute poursuite pénale. Le procès Bommeleeër a révélé comment le directeur général et le secrétaire général de la police ont fait obstruction à la justice. Luc Frieden ne voulait pas les révoquer. Jusqu’à ce que le procureur général Roby Biever ne lui laisse plus d’autre choix.
Le ministère de la Justice avait préparé un projet de loi visant à sanctionner l’entrave à la justice. Luc Frieden a discrètement rangé ce document dans un tiroir, comme il a dû l’admettre devant le tribunal en juin 2013.
Il a bafoué la séparation des pouvoirs et le code de procédure pénale. Le procureur général a expliqué à Radio 100,7 comment le ministre de la Justice avait tenté à plusieurs reprises d’entraver l’enquête sur les attentats à la bombe et de décourager les enquêteurs : « Il n’a rien d’autre à faire ? » Ces enquêtes coûteuses sont-elles « vraiment opportunes ? » (7 juin 2013).
Luc Frieden était l’exécuteur d’un néolibéralisme autoritaire. Il était au service de « l’usage paisible du droit de propriété ». Il avait pour mission d’assurer la domination des possédants. En tant que ministre des Finances, par la force économique ; en tant que ministre de la Justice, de la Police et de la Défense, par la force physique. Il lui manquait souvent le talent politique nécessaire pour tenir ses promesses.