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Société 4 min de lecture

Une ambiance de conte de fées avec une horloge à coucou… Il est déjà midi ?

La petite témoin de son époque

Article paru dans Édition juillet 2022
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Macron enlève sa veste de costume d’un geste dynamique, Johnson détend son ventre, l’hôte Scholz marmonne sans doute quelques mots de courtoisie. L’élégante observatrice allemande doit surveiller sept hommes, une tâche difficile, à laquelle un Belge lui prête main-forte. Biden est également présent.

On s’embrasse, on se serre la main avec joie, on se regarde dans les yeux ; tout le monde rayonne autant que le soleil. Brigitte, aux cheveux blond paille, est assise dans un alpage. Derrière les sept montagnes se trouve l’Ukraine, un glacier fond tranquillement, discrètement, au loin sonnent des cloches. Celles-ci sont portées autour du cou par des vaches. Pas des cloches sacrées, certes. L’Indien, dans ses vêtements confortables, rayonne lui aussi ; c’est l’invité VIP, tout le monde le courtise, on cherche à le débaucher. Ses vêtements sont d’un blanc éblouissant, sa barbe aussi, d’un blanc de gourou qui contraste avec le bleu gentiane du ciel. Chaque chef d’État reçoit de Horst Seehofer un sac à dos de randonnée contenant une ration de survie et cette spécialité bavaroise qu’est la tête de mouton. Pourvu que ce Selensky ne refasse pas son apparition et ne vienne pas gâcher l’ambiance !

Une lettre est rédigée, dans laquelle les Sept Amis condamnent l’attaque odieuse perpétrée contre le centre commercial de Krementchouk. Il y a quelques jours à peine, cette observatrice allemande si soignée a fait passer le message au monde entier, dans cette petite partie du monde où ses messages sont susceptibles d’être entendus, en déclarant qu’elle comptait le dire en face à Poutine. À bientôt à Bali ! Elle est sincère.

Tout est parfaitement organisé pour les Sept Géants qui, bien sûr, comme tout le monde le sait, n’en sont plus depuis longtemps. Ils aiment actuellement se présenter sous la bannière d’une « communauté de valeurs » regroupant les principales démocraties, avec la volonté d’envoyer des signaux forts au reste du monde, qui semble étrangement prendre de l’ampleur. Tous ces pays émergents.

Ces rencontres régulières sont une tradition chère à tous, dont personne ne voudrait plus se passer. On prend des photos de famille, comme on le dit en plaisantant. Cette année, les photos seront particulièrement belles, d’une beauté surréaliste : le ciel bleu azur, le profil saisissant du massif du Wetterstein avec les sept petits hommes qui se détachent devant lui, les prairies luxuriantes. De la vraie nature, de vraies prairies avec de vraies fleurs. Le chancelier allemand arpente, tel un être transfiguré, ces prairies qui ne sont pas un faux, cette végétation harmonieuse, avec les fleurs qui lui sont favorables. Ce sourire à la fois décalé et bouddhistiquement vide, ou tout simplement ce sourire parfaitement vide du chancelier allemand, est aussi énigmatique que le losange de son prédécesseur.

Tous logent dans un hôtel-château hautement étoilé, sous le ciel étoilé, construit par un théologien et philosophe protestant qui était pour Jésus et contre le capitalisme, l’Église et l’individualisme. Mais les manifestants eux aussi sont pieusement intégrés dans l’ensemble du tableau ; ils ne sont pas mis à l’écart et se comportent avec le respect qui s’impose. Le peuple de base n’a certes pas réussi à atteindre le château dans le ciel, il n’a même plus essayé. Seul le noyau dur est resté, mais il est désormais un noyau « soft ». Ce nouveau noyau « soft » est monté dans le bus avec la police puis en est redescendu ; la grandeur du lieu l’a ému.

Reste encore un peu, tu es si belle ! Joe doit malheureusement partir plus tôt, à cause des nuages ; comme toujours, c’est justement au moment où c’est le plus beau qu’il disparaît de la vue des vaches et de la cinquantaine de fans. Macron remet sa veste, Bovis Johnson rentre son ventre. Mais ne soyez pas tristes, on se reverra demain à Madrid ! Tout le monde se réjouit particulièrement parce que l’oncle Erdogan, d’habitude si sombre, est soudainement devenu super sympa. Même avec les Lettones et les Finlandaises. Pas vraiment avec les Kurdes, malheureusement, mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Le fan-club est seul. Seul avec ses souvenirs. C’était vraiment sympa cette année. Heiligendamm, c’était tellement « old school » : une mentalité d’antan, des réflexes d’autrefois ! Ne soyez pas tristes, ça continue ! Olaf Scholz veut créer un « club climatique ». Avec ses sept amis, bien sûr.