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Société 4 min de lecture

Lichtenburg

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition janvier 2025
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À Noël, Stacey Feinberg a reçu un pendentif plaqué or portant l’inscription : « Trump Vance White House 2024 Washington ». Le tout accompagné d’une carte de vœux pré-imprimée : « Thank You and Merry Christmas ! Compliments of President Donald J. Trump. » Au cours de l’année, elle devrait se voir confier un poste d’ambassadrice.

Stacey Feinberg est née en 1971 sous le nom de Stacey Lee Woolf. Depuis son mariage avec Jeffrey Louis Feinberg, milliardaire gestionnaire de fonds spéculatifs, elle se fait appeler Stacey Feinberg. Le couple a fondé en 1998 le fonds spéculatif JLF Asset Management. Stacey Feinberg a investi dans des entreprises avant leur introduction en bourse.

Pour gérer son patrimoine privé, le couple a créé en 2013 le Feinberg Family Office. La même année, elle a demandé le divorce. Après son divorce, elle a conservé le nom de la marque. En 2018, Stacey Feinberg a fondé la société 33 Capital : « Axée sur la préservation et la croissance du patrimoine, la société propose des solutions financières personnalisées pour répondre aux besoins variés de ses clients. »

Stacey Feinberg est féministe. Elle est membre du conseil d’administration du Women Founders Network. En tant qu’investisseuse providentielle et motivatrice, elle encourage les femmes à investir. Donald Trump préfère peloter les investisseuses. Elle s’en accommode. Sa conscience de classe l’emporte sur son féminisme : pour cette millionnaire, ce sont les avantages fiscaux accordés par Trump et la déréglementation qui comptent.

C’est pourquoi elle a fait un don de 318 400 dollars l’année dernière. Au profit du Trump 47 Committee, de son fonds de collecte « Save America » et du Comité national du Parti républicain (www.fec.gov). En échange de cette somme, elle peut se parer du titre d’ambassadrice. Tout comme une douzaine d’autres donateurs.

Ruth Lewis Farkas était propriétaire de la chaîne de grands magasins new-yorkaise Alexander’s. Elle a fait un don de 300 000 dollars à Richard Nixon (New York Times, 22 octobre 1996). En 1973, celui-ci l’a nommée ambassadrice au Luxembourg. Une fois l’inflation prise en compte, Stacey Feinberg a réalisé une bonne affaire.

Perle Mesta (pétrole, acier) a collecté des dons pour la campagne électorale du président Harry Truman. En récompense, elle est devenue en 1949 la première envoyée résidente au Luxembourg. La comédie musicale d’Irving Berlin, *Call me Madam*, l’a immortalisée sous les traits d’une caricature du népotisme à Washington. Parmi ses successeurs, on compte Allingham Burks Summers (finances) en 1960, Kingdon Gould Jr. (immobilier) en 1969, en 1999 James Hormel (viande en conserve), en 2002 Peter Terpeluk Jr. (conseil en gestion), en 2009 Cynthia Stroum (capital-risque) et en 2011 Robert A. Mandell (immobilier).

Parmi les 26 ambassadeurs américains au Luxembourg, quatre étaient des diplomates de carrière. Presque tous avaient financé des campagnes électorales. En tant que « bundlers », ils organisaient des réceptions pour collecter des fonds. Ils coordonnaient également des campagnes électorales au sein des instances nationales et régionales du Parti démocrate ou du Parti républicain.

Dans la comédie musicale *Call me Madam*, le Grand-Duché s’appelle « Lichtenburg ». Le poste d’ambassadrice dans cette monarchie d’opérette semble peu exigeant. Ce sont les fonctionnaires de l’ambassade qui s’occupent du travail. Certaines ambassadrices les prennent pour des domestiques et considèrent la maigre caisse de l’ambassade comme leur cagnotte personnelle. C’est pour cette raison que Cynthia Stroum a dû démissionner en 2011.

Sous l’absolutisme, les rois de France créaient des fonctions publiques. Celles-ci leur appartenaient. Ils les vendaient. Aux États-Unis aussi, la politique est un investissement. Les lois et les tribunaux découragent les pauvres de voter. Les riches s’approprient les politiciens grâce à leurs dons de campagne. Le merchandising va de pair avec les messages. Le vernis démocratique est mince. Donald Trump, JD Vance et Elon Musk le jugent superflu.

Le bâtiment de l’ambassade situé sur le boulevard Emmanuel Servais n’est qu’un minuscule pion sur un immense plateau de Monopoly représentant Washington. Donald Trump préfère lancer les dés pour le Groenland, le Canada ou le Panama. Stacey Feinberg se réjouit du retour sur investissement.