Le CSV recherche un tête de liste (h/f). Les candidatures doivent être adressées… à qui, au juste ?
Dans les grands partis, le pouvoir appartient d’abord aux membres du gouvernement, puis au groupe parlementaire, et enfin à l’appareil du parti. En 2013, le CSV a perdu ses membres au gouvernement. Qui avait alors le dernier mot ?
Une lutte de pouvoir a éclaté entre le groupe parlementaire et l’appareil du parti. Le groupe parlementaire a comploté contre le président du parti et a remporté la victoire.
Qui va désormais choisir le prochain tête de liste ? Le groupe parlementaire ou le parti ? Les candidatures se font attendre. Certains qualifient le prochain tête de liste de « kamikaze ».
Les kamikazes se sacrifient pour la victoire. Le CSV cherche quelqu’un qui se sacrifie pour la défaite. Les sondages d’opinion sont tenaces : tous les six mois, ils prédisent au CSV la perte d’un quart de ses sièges au Parlement. Tout comme ils lui prédisaient une victoire électorale tous les six mois depuis 2014.
En 2018, le CSV était convaincu de son retour au pouvoir. Il voyait en son tête de liste le prochain chef du gouvernement. Le Conseil national avait le choix entre quatre candidats : Luc Frieden, Martine Hansen, Viviane Reding et Claude Wiseler.
En 2023, le tête de liste pourrait devenir ministre sous Xavier Bettel ou Paulette Lenert. Il devrait toutefois rester député de l’opposition. Ces perspectives réduisent le nombre de candidats.
Le CSV ne veut pas abandonner ses recherches. Il doit reporter la désignation d’un tête de liste. Officiellement, il ne veut pas répéter « l’erreur de 2018 ». À l’époque, il avait désigné son tête de liste deux ans avant les élections. Le jour du scrutin, elle l’avait qualifié de « fini ».
Le CSV préfère répéter une autre erreur commise en 2018 : à l’époque, il avait « un programme ». Il voulait publier son programme gouvernemental très tardivement et par petites touches, afin de faire monter le suspense. Au final, les élections étaient déjà passées. Le monde attend toujours ce programme. Ou peut-être pas.
Le CSV envisage déjà un « plan B » au cas où aucune candidature valable ne serait déposée. Il se contentera alors de têtes de liste dans les circonscriptions électorales. La campagne électorale se limitera ainsi à un dialogue entre Xavier Bettel et Paulette Lenert. Le CSV se console en se rappelant que le DP n’avait pas non plus de tête de liste nationale en 2013.
Au sein du CSV, on pense à une poignée de candidats : les présidents de groupe Martine Hansen et Gilles Roth, Claude Wiseler, battu aux élections, et même le président de la Chambre de commerce, Luc Frieden. Presque les mêmes vestiges de l’ère Juncker qu’en 2018. Leur heure de gloire remonte à dix ans. Parmi la nouvelle génération, on trouve, dans le classement de popularité de l’Ilres, un chouchou de sa belle-mère et un scout de bonne humeur : Serge Wilmes et Paul Galles.
Aucun d’entre eux ne se distingue par son charisme personnel. Aucun d’entre eux n’incarne un dénominateur commun face aux contradictions de classe au sein d’un parti populaire. Aucun d’entre eux ne parvient à redonner au CSV, actuellement en perte de vitesse, une nouvelle confiance en soi, comme l’avait fait autrefois Etienne Schneider pour le LSAP. Aucun d’entre eux ne parvient à convaincre qu’il serait capable de faire mieux que Xavier Bettel ou Paulette Lenert.
Tous ont l’air perdus. Ce sont les orphelins de l’État du CSV. Son fordisme économique, son paternalisme social, son conservatisme idéologique ne sont plus d’actualité. L’État du CSV n’a pas pu résister à la modernisation libérale. Modernisation menée par les responsables politiques du CSV Muhlen, Colling, Rau, Frieden, Wolter, Mosar et Thiel. La sécularisation, la concurrence et la cupidité ont dissous le réseau d’associations et d’institutions « mam C » qui, pendant un siècle, avaient assuré son hégémonie. Le diocèse a été privatisé, le « Luxemburger Wort » vendu, et les hôpitaux tenus par des religieuses sont devenus des centres de profit.
Le déclin de l’État du CSV a brisé la chaîne dynastique des « candidats naturels à la tête du parti » : celle-ci liait depuis toujours les patriarches chrétiens-sociaux au pouvoir à leurs héritiers désignés. Comment le CSV va-t-il désormais trouver un candidat de tête artificiel ?