Le mois dernier, la Chambre des députés a publié dix lignes directrices relatives à l’automatisation du travail intellectuel. Ce texte laconique ne porte ni titre ni date. Qui l’a approuvé ? Le bureau de la Chambre, la Conférence des présidents, l’assemblée plénière, le chatbot ? Le site web du Parlement l’intitule « Charte sur l’intelligence artificielle ».
Ce terme a été inventé en 1955 par le mathématicien américain John McCarthy. Il est trompeur. Il a été popularisé il y a deux ans par le programme informatique ChatGPT. GPT signifie « generative pre-trained transformer ».
Grâce à des ordinateurs plus puissants, ces programmes peuvent être entraînés à partir d’énormes quantités de textes et d’images. Cela leur permet de calculer des modèles, de transformer ces textes et images, puis de générer des combinaisons en fonction de leur probabilité. Le tout filtré par un prolétariat de « clickworkers » invisibles au Kenya et aux Philippines. L’apprentissage automatique automatise la production de programmes informatiques, de documents écrits, de diagnostics de cancer, les achats en ligne, le bombardement de Gaza. Il permet de réduire les coûts salariaux.
L’intelligence artificielle est appelée à devenir le prochain grand secteur d’activité. En attendant qu’elle devienne rentable, elle doit être entourée d’un voile de mystère. « Quæ ultra modum excederent scientiam meam » (Job, 42,3). Les Dix Commandements du Parlement stipulent : « 2° Toute utilisation des systèmes d’IA apporte une plus-value à la Chambre des députés ou à ses missions. »
La charte se limite à l’apprentissage automatique et aux grands modèles linguistiques au sein de l’administration parlementaire. L’objectif est de produire plus rapidement les comptes rendus verbaux destinés au « Chamberblietchen ». On parle même, avec audace, de « décisions prises par les systèmes retenus ». La charte promet prudence, contrôle et transparence. Elle mentionne à deux reprises le respect du « droit applicable », c’est-à-dire de ses propres lois.
Une assemblée législative devrait réglementer davantage : la manière dont l’intelligence artificielle est utilisée dans le cadre du travail salarié, de la gestion des stocks et des monopoles des GAFAM ; la manière dont elle automatise le pilotage, la surveillance et la communication sur le lieu de travail et dans la sphère publique.
L’apprentissage automatique nécessite d’énormes quantités de données pour son entraînement. Les opérateurs les collectent sans rien payer. Le Parlement a adopté à l’unanimité la loi du 29 novembre 2021. Celle-ci met gratuitement à la disposition des entreprises privées les données des administrations et des organismes publics. En contrepartie, les entreprises privées ne sont pas tenues de mettre leurs données à disposition. La maison d’édition Larcier commercialise les textes de loi du Mémorial sur Internet.
Les fermes de serveurs dédiées au cloud computing constituent la base matérielle de l’apprentissage automatique. Les besoins en puissance de calcul et en électricité sont énormes. Même le centre de données de Google à Bissen refait parler de lui.
Le travail intellectuel est façonné de manière à pouvoir être automatisé. C’est ce à quoi veille déjà le ministre libéral de l’Éducation, Claude Meisch, dès l’école. L’intelligence artificielle renforce la hiérarchisation de la division du travail. Le ministre du Travail, Georges Mischo, membre du Parti chrétien-social, doit adapter le droit du travail. Le citoyen devient un client. La fonctionnaire au guichet est remplacée par un chatbot. L’accord de coalition annonce la « comparution immédiate » pour les pauvres. L’intelligence artificielle promet leur condamnation préalable grâce à l’analyse prédictive. Suivie d’une jurisprudence automatisée avec le soutien de PwC.
Le Parlement ne souhaite pas entraver les activités des entreprises locales dans le domaine de l’intelligence artificielle. Il ne veut pas préjuger du règlement européen visant à établir des règles harmonisées en matière d’intelligence artificielle. Ce règlement devrait entrer en vigueur dans deux ans. La compétitivité du site de production est prioritaire. Parmi tous les membres du gouvernement, la ministre chargée de la numérisation, Stéphanie Obertin, est la moins connue.