La nouvelle a fait grand bruit : le 30 septembre, plus de 400 cochons d’Inde ont été saisis dans un domicile à Vichten. On a également trouvé dans la maison 16 lapins, quatre poules, quatre pigeons et trois canards. Des agents de police et des employés de l’administration vétérinaire et alimentaire (Alva) étaient présents sur place, ainsi que des défenseurs des animaux de l’association privée « Déiereschutz ». Devant la maison, les villageois ont pu voir de nombreux animaux en cage être sortis de l’appartement.
Les médias ont relayé l’incident, mais comme d’habitude, l’actualité a rapidement évolué. Aussi soudainement qu’ils avaient fait la une des journaux, les cochons d’Inde sont retombés dans l’oubli.
Pour les vétérinaires et les défenseurs des animaux, le cauchemar ne faisait toutefois que commencer en ce jour d’automne. Les animaux qui avaient pu être capturés ont été triés sur place par un vétérinaire, avant d’être transférés, avec l’aide de l’association privée « Déiereschutz », vers d’autres vétérinaires et centres d’accueil. « J’ai été très choquée », raconte une spécialiste en médecine vétérinaire qui a soigné un premier groupe de rongeurs le jour même. Outre des lésions cutanées, de nombreux animaux présentaient des malformations congénitales, telles que des anomalies dentaires et des déformations corporelles, précise-t-elle. « Il faut bien garder à l’esprit qu’il s’agissait ici de consanguinité. » De nombreux animaux morts ont également été retrouvés.
Le premier jour, le spécialiste a dû euthanasier environ 25 animaux. La procédure prend beaucoup de temps, car elle est minutieusement documentée, de l’euthanasie à l’élimination du corps.
Soigner les cochons d’Inde était une course contre la montre : une fois les premiers animaux euthanasiés, il fallait s’occuper de ceux qui avaient encore une chance de survivre. Les morsures ont été nettoyées, des antibiotiques ont été administrés, les griffes incarnées ont été coupées. Parallèlement, de nouveaux petits sont venus au monde, car de nombreuses femelles étaient gestantes. À leur tour, ces petits atteindraient leur maturité sexuelle au bout de trois semaines et devaient être triés.
La gestion des animaux a constitué un véritable défi logistique. L’intervention des bénévoles de la protection animale a été indispensable à cet égard. « L’engagement de l’association Privater Déiereschutz… Je ne trouve pas les mots pour décrire tout le travail qu’ils ont accompli », explique l’expert au journal *Der Land*.
L’affaire de Vichten, sur laquelle elle a travaillé pendant des semaines, l’a profondément marquée. « Ça m’a vraiment bouleversée, c’est le genre de chose qui vous hante longtemps. » En tant que grande amoureuse des animaux, elle s’est également posé des questions sur la vie de ces petits animaux vivant en meute. « Ça a dû être terrible pour ces animaux, qui ont pourtant une vie sociale. » Des animaux qui vivaient ensemble ont-ils été séparés ? « Avec 400 animaux, on ne peut pas savoir qui va avec qui. Ça m’a beaucoup préoccupée. » Les soins, bien que très éprouvants, étaient toutefois aussi source d’épanouissement pour elle. « C’était toujours agréable de voir qu’un animal allait mieux le lendemain et qu’il pouvait repartir. »
Les animaux ont été placés par l’association privée « Déiereschutz », qui collabore notamment avec le centre de soins pour animaux sauvages de Dudelange. Le centre a également pu placer des cochons d’Inde dans des parcs situés dans les pays voisins, où les animaux peuvent désormais profiter d’un grand espace de liberté. « Là-bas, ils se remettent sur pied, et ils continuent d’être suivis. » Au Luxembourg, il n’existe aucune organisation spécialisée exclusivement dans les cochons d’Inde.
La militante pour la protection des animaux ne s’était jusqu’à présent pas exprimée publiquement sur cette affaire. Cela tenait également à la couverture médiatique qui avait suivi en octobre. Les associations de protection des animaux, qui n’avaient pas été informées de l’affaire par les autorités, ont dénoncé un manque de transparence. Dans un communiqué de presse publié sur
rtl.lu, Déieren a posé des questions aux Nout qui prenaient un ton complotiste. Des « animaux avaient-ils été éliminés au lieu d’être soignés » ? Voulait-on garder l’incident secret pour ménager le collectionneur d’animaux ? « Probablement pas, dans ce genre de cas, la nouvelle se répand de toute façon très vite dans le village », répondait-on à cette question. Une militante de l’association a confirmé avoir contacté la presse parce qu’elle avait le sentiment « que quelque chose n’allait pas ».
Marie-Anne Heinen n’aime pas parler de ces propos. Elle souligne toutefois que ce sont les vétérinaires qui doivent décider quels animaux doivent être euthanasiés, et que cela ne se fait jamais sans justification. « La protection des animaux implique aussi que certains animaux doivent être mis hors d’état de souffrir », dit-elle.
Dans ce genre de situation, le fait de révéler l’identité des propriétaires d’animaux peut souvent déboucher sur une chasse aux sorcières. Cela complique le travail des défenseurs des animaux, surtout lorsque les personnes concernées se trouvent dans des situations de vie précaires. Les propriétaires des cochons d’Inde à Vichten avaient coopéré avec les autorités. Selon certaines sources, la famille aurait même été soulagée que l’on vienne en aide aux animaux. Malgré cela, ils auraient été victimes d’agressions verbales, affirme Marie-Anne Heinen (le journal n’a pas pu vérifier cette information).
Il existe également toujours un risque que les défenseurs des animaux reçoivent de fausses informations. La diffusion de ces informations pourrait nuire aux humains comme aux animaux. « Parfois, ces agissements sont motivés par la mauvaise volonté, dans le but de nuire à quelqu’un », explique M. Heinen. « C’est pourquoi il est important que les vétérinaires se rendent sur place pour se faire une idée de la situation. »
Dans le cadre de son action, l’association se concentre sur les animaux, y compris à Vichten. « Nous n’avons pas cherché à en savoir plus sur la famille », explique Marie-Anne Heinen. « Nous n’insistons pas là-dessus. Nous avons apporté notre aide, un point c’est tout. » Dans de tels cas, les critiques émanent souvent de groupes sur les réseaux sociaux, où l’association Déiereschutz n’est que peu active. « Il y a des gens qui s’en prennent vraiment à nous sur Facebook et qui deviennent méchants », explique Mme Heinen. « Nous n’avons toutefois pas le choix, nous devons être présents sur Facebook. Car sans cette présence, on tombe dans l’oubli », ajoute-t-elle.
La personne qui a dû euthanasier des animaux le premier jour a également souhaité rester anonyme pour se protéger. « Je ne suis pas sur Facebook et je pense que c’est mieux ainsi. Je ne veux pas savoir ce qui s’y écrit », dit-elle.
Les cochons d’Inde de Vichten ont suscité un vif intérêt. « Des gens qui savent que j’habite ici m’ont demandé : « Mais qu’est-ce qui se passe chez vous à Vichten ? » », raconte une habitante. Elle-même a également été très choquée lorsqu’elle a appris ce qui s’était passé. D’autres villageois n’ont découvert que par les médias ce qui s’était passé non loin de chez eux.
Comment une telle situation a-t-elle pu dégénérer à ce point ? Et qu’en est-il du tissu social d’un village lorsque des animaux – et il faut sans doute en dire autant des êtres humains – souffrent dans l’isolement pendant si longtemps ? En neuf ans, la population de Vichten est passée de 1 088 à 1 422 habitants, soit une augmentation de plus de 30 %. Une ancienne habitante explique qu’il arrive parfois que l’on fasse la distinction entre les « anciens de Vichten » et les « nouveaux arrivants ». Pour les villageois, de telles discussions « n’ont rien de surprenant ».
Selon Marie-Anne Heinen, la façon dont sont traités les petits animaux de compagnie a considérablement évolué au Luxembourg. En 2019, l’association « Private Déiereschutz » a recueilli six cochons d’Inde et 77 lapins. Un an plus tard, ces chiffres s’élevaient respectivement à 50 cochons d’Inde et 249 lapins. « Les gens ont beaucoup moins de respect pour les animaux. C’était déjà le cas avant la pandémie », estime Marie-Anne Heinen.
Elle espère que d’ici la fin de l’année, tous les cochons d’Inde sauvés à Vichten auront trouvé un nouveau foyer. Les défenseurs des animaux et les vétérinaires se sont assurés que, cette fois-ci, ce foyer serait adapté à leurs besoins. La spécialiste en médecine vétérinaire cite un exemple qui lui tient particulièrement à cœur : un groupe d’animaux a trouvé refuge dans une ferme pédagogique située au nord du pays. « Ils mènent désormais la grande vie », dit-elle.