Dom Augustin Calmet connaissait bien le Luxembourg. Il en parle dans les sept tomes de son Histoire de Lorraine. Cet abbé bénédictin nous aide à comprendre les récentes élections législatives. Avec son Traité sur les apparitions des esprits, et sur les vampires, ou les revenants (Paris, 1751).
En 2013, le chef de file du CSV avait choisi la mort politique. Dix ans plus tard, Luc Frieden hante le château de Senningen tel un mort-vivant politique. Tout comme Philippe le Chancelier : « [C]ondamné au supplice éternel […] pour n’avoir point distribué aux pauvres le superflu de mes bénéfices » (t. I, p. 397).
Le Luxembourg vit depuis des années dans un état d’urgence économique. La Banque centrale européenne a fourni de l’argent sans intérêt aux investisseurs et aux spéculateurs. Pendant la crise du Covid, l’État a pris en charge les frais de fonctionnement des entreprises. Dans le cadre de la guerre en Ukraine, il prend en charge une partie des coûts énergétiques jusqu’à la fin de l’année prochaine. « Depuis le début de la pandémie, nous avons versé 5,5 milliards d’euros, directement et indirectement, pour aider les citoyens et les entreprises », a déclaré Xavier Bettel dans son dernier discours sur l’état de la nation. Le CSV, le DP, le LSAP, les Verts, l’ADR et les Pirates ont nationalisé, pour un tiers de milliard, les coûts salariaux liés à la dernière tranche d’indexation. L’État sauve la valorisation du capital face au marché.
L’état d’urgence ne peut pas durer éternellement. Il fausse la concurrence entre les forts et les faibles. Il sape la prise de risque des entrepreneurs et la discipline de travail de leurs salariés. À long terme, il est insoutenable financièrement. Xavier Bettel était le chef du gouvernement pendant l’état d’urgence. Il ne parvient pas à imposer un retour à la normale.
Pour rétablir la situation normale, il en faut un autre. Celui qui n’a voté aucune loi sur le Covid, l’énergie ou l’accord tripartite au Parlement. Celui qui n’a qu’un alibi. Celui qui avait disparu pendant l’état d’urgence. Un revenant politique. Un zombie de l’économie vaudou.
L’état d’urgence coûte des milliards. Quelqu’un doit payer la facture. Le DP, le LSAP et les Verts la laissent à la charge du prochain gouvernement. Luc Frieden s’en charge. Autrefois, en tant que ministre des Finances, de la Justice et de la Défense, il était l’exécuteur d’un néolibéralisme autoritaire. Il doit désormais rétablir la discipline budgétaire : en imposant une discipline économique aux ménages disposant de peu de moyens de production.
Vendredi, il les a préparés : « La situation est très difficile. » Que nous « entrions dans une période de stagnation, voire éventuellement dans une récession ». Que, en matière de finances publiques, « la situation pourrait s’aggraver d’ici la fin de l’année ». Un « déficit plus élevé » menace. L’État devra « se serrer la ceinture » au cours des prochaines années.
Après les élections, la conjoncture semble se détériorer rapidement. Avant les élections, Luc Frieden avait promis que « les impôts baisseraient pour tout le monde » (RTL, 19 juin 2023). C’est pourquoi les repas scolaires, les trajets en bus et les manuels scolaires coûtent trop cher à l’État : « Une politique de gratuité pour tous n’est pas finançable » (Wort, 24 mars 23). À Senningen, il a clairement indiqué : il n’y en aura pas assez pour tout le monde.
S’il n’y en a pas assez pour tout le monde, l’ancien président de la Chambre de commerce réduit les impôts de ses collègues de l’association. Au nom de la compétitivité internationale. Et au nom des plus hauts revenus. Au nom des talents.
Jusqu’à présent, l’état d’urgence est financé par l’endettement. À des taux d’intérêt réels négatifs. L’état d’urgence se poursuit : les coûts liés au changement climatique augmentent. L’État doit récompenser l’industrie, les PME et les ménages pour leur abandon du pétrole et du gaz naturel. Même pour les gains de productivité liés à la numérisation. Les dépenses militaires annuelles sont doublées pour atteindre un milliard. L’état d’exception devient la nouvelle norme.
Le CSV et le DP déploient leurs instruments de torture : Triple-A, plafond du déficit, frein à l’endettement. L’Union européenne remet en vigueur les critères de Maastricht. Des mesures d’austérité s’imposent. Notamment en matière de dépenses sociales.