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Société 4 min de lecture

Le nouveau héros de la droite

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition novembre 2021
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Un homme vêtu d’un imperméable foncé a d’emblée précisé : « Bon, on est là parce qu’on ne fait pas confiance au gouvernement. » Il était le seul à se présenter en donnant son nom. Une femme d’âge mûr a rétorqué avec virulence : « Non, je ne vous fais pas confiance ! » L’ADR et les opposantes à la vaccination avaient, le
8 octobre, détourné le rassemblement consacré à la révision constitutionnelle. Seul un des sept députés a été épargné par les invectives à l’encontre des responsables politiques. Fernand Kartheiser s’est fait rassurer par une jeune proche présente dans le public : « Je m’identifie beaucoup à vous et à vos préoccupations. »

Le député de l’ADR aime se présenter avec une perruque à raie à droite et un costume trois pièces. C’est un uniforme civil. Cela crie : « Je n’ai aucun sens de l’humour, je suis conservateur. » Auparavant, il portait l’uniforme militaire. Avec les futurs officiers des « Bommeleeër », il a fréquenté l’École royale militaire de Bruxelles. À Montpellier, il a étudié le luxembourgeois pendant la guerre de Corée. À Vienne, il s’est laissé recruter comme agent double. Il a été officier pendant une décennie. Au moment des attentats à la bombe, il participait à l’exercice Oesling-84. Il a ensuite rejoint le ministère des Affaires étrangères.

Fernand Kartheiser a imputé l’échec de son mariage au féminisme. En juillet 2004, il a fondé une association d’hommes. Il a menacé de créer un parti masculin. Puis, en 2008, il a conclu un accord de coopération avec l’ADR. Il est devenu candidat de l’ADR, et l’association a disparu. La jalousie envers les fonctionnaires constituait le cheval de bataille de l’ADR. Kartheiser a flatté les fonctionnaires. Les élections se sont soldées par un fiasco. Beaucoup lui en ont tenu rigueur. Le nouveau député a lancé une première offre publique d’achat hostile : il voulait transformer l’ADR en un parti de la Nouvelle Droite. En 2012, il s’est fait élire président du parti. Au bout de neuf mois, il a dû démissionner.

Au Parlement, Fernand Kartheiser présente l’arsenal de la Nouvelle Droite comme du bon sens : protectionniste, atlantiste, anti-islamique, monarchiste, antiféministe, climatosceptique… Il défend la raison d’État. Contre les mauviettes, les apatrides et la liquidation au profit de Bruxelles. Il reste attaché aux valeurs familiales cléricales. Il s’allie aux ultras catholiques des pays voisins. Il a encouragé Joé Thein, l’extrême droite de Peting, jusqu’à son exclusion du parti.

Le référendum de 2015 a renforcé la position des identitaires au sein de l’ADR. La génération fondatrice, autour de l’agriculteur Robert Mehlen et de l’ouvrier Gast Gibéryen, a pris sa retraite. Désormais, ce sont des avocats, des conseillers financiers et des fonctionnaires qui donnent le ton. Ils s’intéressent soit à l’idéologie, soit aux affaires. Fred Keup, nationaliste sur Facebook, est devenu député de l’ADR.

L’ADR était mûre pour une nouvelle tentative de prise de contrôle. Depuis huit ans, la droite cherche un leader charismatique pour s’opposer au DP, au LSAP et aux Verts. Le président du CSV, Claude Wiseler, s’effondre dans le Politmonitor. Fernand Kartheiser est resté un « rebelle sans cause ». Jusqu’à ce que la révision constitutionnelle et la lutte contre les épidémies ouvrent un nouveau front. Parviendront-ils à faire du héros de la Nouvelle Droite le nouveau héros de la Droite ?

L’ancienne ADR promettait aux plus démunis un avenir meilleur : « 5/6 de pension pour tout le monde ». La nouvelle ADR leur promet un passé meilleur. Un retour à l’ordre et à la sécurité supposés de l’État du CSV, avant l’avènement du néolibéralisme impitoyable.

Fernand Kartheiser appelle à la croisade. Contre un gouvernement qui impose des mesures d’hygiène à un peuple innocent, contre un parlement qui impose une constitution à la mode à un peuple innocent. Une petite bourgeoisie effrayée se prend pour le peuple.
Elle ne se sent plus protégée par la politique. Le politicien de l’ADR lui promet une protection avec l’autorité de l’officier et le savoir-vivre du diplomate. Il le conforte ainsi dans le plaisir de se sentir victime. Il lui sourit avec bienveillance lorsqu’il réclame « Liberté ! » au mépris de la raison et de la morale.