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Société 4 min de lecture

Le grand remplacement

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition juillet 2023
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Il est rare qu’un parti refuse la réélection d’un député en âge de travailler. Son mandat suffit à prouver qu’il rapporte de nombreuses voix à son parti.

Le député Roy Reding a été le premier élu de l’ADR dans la circonscription du Centre en 2013 et en 2018, avec une large avance sur les candidats suivants. Dans un communiqué de presse publié il y a 14 jours, la direction du parti a expliqué pourquoi elle ne souhaitait plus le garder : en raison de « son inactivité, son absence et son manque de présence à la Chambre, au sein de la commune et au sein du parti ».

C’est là le Roy Reding tel que l’ADR l’a toujours connu. Elle a toujours accepté son insouciance bon enfant. Elle a tiré profit de sa popularité en tant qu’ennemi public libéral. Pour lui, le parti n’était qu’un moyen d’arriver à ses fins. N’importe quel autre parti aurait pu faire l’affaire. Le mandat de député, le siège au conseil municipal de la capitale, la politique : tout cela représente pour lui un mélange d’amusement et d’intérêt personnel. Les effusions patriotiques de l’ADR, c’est du protectionnisme pour les perdants. Lui, il fait des affaires en Afrique du Sud.

Cela n’a jamais vraiment posé de problème à l’ADR. Pour l’ADR, le Parlement a déjà accueilli des personnages bien plus excentriques : Jean Colombera (Engel Albert), Aly Jaerling (casino), Fernand Kartheiser (agent double), Roby Mehlen (affaire Valissen), Josy Simon (la bagarre du FEP)… Roy Reding (Hooters) n’a jamais changé. Si aujourd’hui l’ADR ne s’entend plus avec Reding, c’est que c’est l’ADR qui a changé.

L’ancien Parti des retraités a toujours été un véritable fourre-tout politique. Une première tentative visant à le recentrer sur la Nouvelle Droite a échoué : l’officier Fernand Kartheiser a dû démissionner de son poste de président du parti au bout de neuf mois.

Une nouvelle tentative est désormais en cours. Depuis 2015, l’avocat de droite Alex Penning occupe le poste de secrétaire général. L’année dernière, Fred Keup, professeur de géographie, a été élu président du parti. En 2015, il s’était insurgé sur Facebook contre le référendum sur le droit de vote des étrangers. La chaîne RTL en avait fait le porte-parole des opposants au référendum.

Tom Weidig, un allié de Keup, est devenu vice-président de l’ADR. Il met ses services au service du secteur financier. C’est l’idéologue. Il est resté en retrait… jusqu’à ce qu’il se présente comme tête de liste aux élections municipales de la capitale. Et qu’il remporte justement son premier mandat. Ensemble, Keup et Weidig se sont fait élire au conseil d’administration de la vénérable association Actioun Lëtzebuergesch. Ensemble, ils ont publié *Mir gi Lëtzebuerg net op*. Ce pamphlet a suscité l’hilarité : il est entièrement rédigé en allemand.

La génération fondatrice de 5/6 et de l’ADR est issue des associations d’artisans et d’agriculteurs. Elle répondait à des préoccupations sociales. Avec de la jalousie envers les fonctionnaires. Leurs successeurs sont des fonctionnaires, des indépendants. Les préoccupations sociales leur sont étrangères. Ils radicalisent cette jalousie en identités. Ils proposent des ennemis tout faits : des nations, des religions, des sexualités qui leur sont étrangères.

Ils imitent l’extrême droite à l’étranger : ils s’emportent contre le genre et le « wokeisme ». Les membres de l’ADR n’y comprennent rien. Le parti se montre réticent à critiquer l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cela agace le président d’honneur Roby Mehlen (Wort, 22 avril 2023). Fin juin, Fernand Kartheiser s’est fièrement affiché aux côtés d’Éric Zemmour. Le prêcheur de haine du milliardaire français Vincent Bolloré. Zemmour et Kartheiser ont en horreur le fascisme prolétarien. Ils veulent s’adresser à un électorat bourgeois.

Désormais, la nouvelle direction remet le parti sur les rails. Le manque de discipline et le libéralisme de Roy Reding ne cadrent pas avec un ADR résolument de droite. Même si cela coûte plus de 2 000 voix au centre. Dans le nord, elle procède à un nettoyage au sein du comité directeur avec l’aide du président de circonscription Michel Lemaire, qui partage ses convictions. Quatre membres du comité directeur ont démissionné.

Roy Reding s’est inscrit au Parlement sous la bannière de la « Sensibilité politique “Liberté Chérie” ». Les Pirates cherchent à séduire l’électorat traditionnel de l’ADR. Avec la même démagogie, mais sans le fardeau identitaire.