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Société 4 min de lecture

Le criminel produit

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition juillet 2021
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Le Luxemburger Wort savait déjà, il y a un demi-siècle, où mènerait une coalition gouvernementale sans la participation du CSV. À savoir qu’« un “jeune” a profané le tabernacle peu avant le début d’une messe et a giflé le prêtre ». Et au fait que « des jeunes ont récemment utilisé, dans notre pays, une église récemment restaurée comme piste de vélo, latrines et repaire de drogués, sans être poursuivis pour cela ». Cet article, signé « N. », était intitulé : « Monsieur le ministre de la Justice, nous avons peur ! » (12 août 1976). Elle s’inscrivait dans le cadre d’une campagne de dénigrement menée par le CSV et Wort. Ces derniers tenaient le gouvernement DP/LSAP pour responsable d’une « série ininterrompue de cambriolages, de vols à grande échelle d’œuvres d’art de grande valeur et d’évasions de criminels dangereux ».

Aujourd’hui, c’est à nouveau une coalition sans participation du CSV qui gouverne. Les chrétiens-sociaux dénoncent une nouvelle fois une « situation sécuritaire préoccupante » sous un gouvernement DP/LSAP, auquel s’ajoutent cette fois-ci les Verts. « Une propension croissante à la violence, les délits liés à la drogue, la prostitution et la mendicité organisée » : voilà ce qu’ils énumèrent dans un communiqué de presse (9 juin 2021). Ils oublient de mentionner qu’ils ont même dû porter plainte contre la criminalité au sein de leurs propres rangs. « La lutte contre la criminalité » est impitoyable, contrairement à la « politique de complaisance ».

Le CSV continue de traverser une mauvaise passe. C’est alors qu’elle s’est souvenue : « Quand plus rien ne va, il reste toujours Law and Order. » Ce dicton populaire s’est transmis de génération en génération. Le groupe parlementaire du CSV des années 70 comptait parmi ses membres Jean, le père de Michel Wolter, Nic, le père de Laurent Mosar, et Jean, le père de Marc Spautzen. Le commerce de la peur est une affaire de famille.

Une députée du CSV peut encore puiser dans sa propre expérience : en 1978, alors qu’elle était jeune rédactrice au journal *Wort*, Viviane Reding avait particulièrement fort suivi le mouvement. Un an plus tard, elle siégeait au Parlement. Il ne lui manquait que quelques mois pour s’opposer à l’abolition de la peine de mort, à l’instar de Pierre Werner, des pères Mosar, Spautz, Wolter, Margue et d’Astrid Lulling.

Le CSV veut mettre sous pression la ministre de la Justice verte, Sam Tanson, et le ministre de la Police vert, Henri Kox. Plus les élections approchent, plus les Verts se laissent mener par le bout du nez. Ils l’ont prouvé avec la loi sur la citoyenneté et celle sur la burqa.

Le CSV compte parmi ses complices l’aile droite du DP, incarnée par la maire Lydie Polfer. Sur son site Internet, la ville de Luxembourg promet aux investisseurs étrangers dix avantages liés à son implantation. L’un d’entre eux est le « [t]aux de sécurité très élevé ». L’aile droite du DP ne se soucie pas de la sécurité. Elle aspire simplement à une coalition sans syndicalistes rouges ni cyclistes verts.

Au début de la nouvelle campagne « Law and Order » il y a trois semaines, le député et assesseur municipal Laurent Mosar a souligné : « C’est de ça qu’il s’agit, et il faut le dire haut et fort, notamment à propos des délinquants étrangers. » Le CSV souhaite davantage de policiers afin de protéger ses électeurs contre la pauvreté criminelle du monde. Pour ce qui est de la richesse criminelle du monde, il souhaite davantage d’avocats d’affaires.

Car le Luxembourg est « un endroit idéal pour faire des affaires ». C’est ce que le criminel aime entendre. « Le criminel ne produit pas seulement le crime, mais aussi le droit pénal […]. Le criminel produit en outre l’ensemble de la police et de la justice pénale, les sbires, les bourreaux, les juges, les jurés, etc. », écrit Karl Marx. « Le criminel produit une impression, tantôt morale, tantôt tragique, selon les cas, et rend ainsi un “service” au mouvement des sentiments moraux et esthétiques du public » (Thèses sur la plus-value I., p. 385).

Le CSV s’approprie sans vergogne le rôle du criminel, qui consiste à orienter les sentiments moraux du public vers la droite. Car le criminel ne se contente pas de commettre des crimes. Il engendre également la politique de sécurité et ses responsables. Le criminel engendre aussi les Mosar, Gloden et Roth.