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Société 4 min de lecture

Le bon moment

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition novembre 2024
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La semaine dernière, le député du DP Gusty Graas a rappelé : « Au Luxembourg, cela fait déjà plus d’un an que l’on débat d’une éventuelle reconnaissance de la Palestine. »

En fait, depuis 77 ans. L’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 181 le 29 novembre 1947. Elle stipulait : « Des États arabes et juifs indépendants […] verront le jour en Palestine […] au plus tard le 1er octobre 1948. » À l’époque, le gouvernement CSV/Groupement avait l’intention de s’abstenir. Puis il a cédé aux « pressions » des États-Unis, comme on l’a dit en séance plénière. Il a voté pour.

Le 17 décembre 2014, le Parlement a adopté une motion « invitant le Gouvernement à reconnaître formellement l’État de Palestine […] au moment qui sera jugé le plus opportun ». Il s’agissait d’une invitation, et non d’une décision. La décision relative à la reconnaissance diplomatique d’un État relève de la seule compétence du gouvernement.

En 2014, le gouvernement et le Parlement ne se sont pas préoccupés de la Palestine, mais du pouvoir de décision en matière de politique étrangère. Un pouvoir que chaque gouvernement défend par tous les moyens contre le Parlement. La politique étrangère semble trop importante pour être exposée aux aléas parlementaires.

Le gouvernement et la majorité parlementaire n’ont jamais voulu reconnaître la Palestine. Les Palestiniens ne défendent pas les valeurs occidentales. La liberté, l’État de droit et l’égalité leur sont refusés depuis des générations. Contrairement à Israël : cet avant-poste des valeurs occidentales, armé par les États-Unis, au cœur des gisements pétroliers du Proche-Orient.

146 États ont reconnu la Palestine. C’est pourquoi ni le gouvernement ni la majorité parlementaire ne s’opposent ouvertement à cette reconnaissance : ils estiment qu’elle est juste et légitime. Seul le moment opportun n’est pas encore venu. Cette tactique a fait ses preuves. Grâce à elle, les notables libéraux et cléricaux ont empêché pendant des décennies l’instauration du suffrage universel.

« Depuis dix ans, ce n’était pas le bon moment ». C’est ce qu’affirme David Wagner, de déi Lénk. Le moment propice ne s’est pas non plus présenté la semaine dernière. Car les critères « ne sont remplis d’aucun côté ». C’est ce qu’a déclaré le député du CSV, Laurent Zeimet. « C’est pourquoi le moment n’est pas opportun pour nous de reconnaître la Palestine. » Le député de l’ADR, Fred Keup, s’est montré désolé : « Le fait que ce ne soit vraiment pas le moment de reconnaître la Palestine, même si nous aimerions beaucoup le faire un jour. »

Afin de repousser le moment opportun, le gouvernement et la majorité parlementaire modifient les critères. Le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, a exigé « la libération immédiate des otages et la mise en place d’un cessez-le-feu ». Le porte-parole du CSV a ajouté : Israël doit d’abord être reconnu par ses voisins ; un accord européen est nécessaire, ainsi que la volonté de mener des négociations de paix et le respect du droit international et des droits de l’homme.

Le Parlement a alors une nouvelle fois rejeté cette reconnaissance. En 2014, trois députés avaient voté contre. La semaine dernière, ils étaient 42. Le CSV s’était abstenu en 2014. Aujourd’hui, il s’y oppose aux côtés du DP. Avec le soutien de l’ADR, qui sympathise avec le gouvernement d’extrême droite de Jérusalem, et des Pirates, qui sympathisent avec le CSV lorsque la police judiciaire vient frapper à leur porte.

C’est ainsi qu’on fait traîner les choses. Jusqu’à ce que survienne le « moment qui sera jugé le plus opportun ». Jusqu’à ce que l’armée israélienne ait résolu le « problème palestinien » : lorsqu’elle aura rendu Gaza inhabitable, comme la Lune. Lorsqu’elle aura chassé les derniers Palestiniens de Cisjordanie. À ce moment-là, faute de territoire national, une « solution à deux États » deviendra superflue. La Nakba, qui a commencé en 1947, sera alors achevée. Le Premier ministre de la Paix, M. Bettel, ouvrira alors une ambassade à Jérusalem. Les députés Zeimet, Graas et Keup présenteront une résolution équilibrée.