L’enquête conjoncturelle de la Chambre de commerce du 17 mai a révélé que « près de 20 % des entreprises anticipent une augmentation de leur rentabilité dans le secteur des services financiers ». En revanche, la plupart des autres secteurs ont fait état de difficultés de rentabilité : « l’industrie (-36 %), l’énergie/l’environnement, les transports (-28 %), le commerce (-19 %) et la construction (-15 %) ».
La pandémie de Covid et la guerre en Ukraine ont déclenché une crise économique persistante. Celle-ci touche les différents secteurs de manière inégale. L’État intervient dans le processus de reproduction à une échelle inhabituelle. Depuis deux ans et demi, le modèle d’accumulation luxembourgeois fonctionne grâce à des subventions publiques.
Jusqu’à présent, l’État s’est surtout consacré à la politique conjoncturelle. Par respect pour l’économie de marché, il a agi plutôt discrètement, par le biais de baisses d’impôts, de manipulations d’indices et de marchés publics. Il lui est parfois arrivé d’agir avec plus de fermeté, afin d’empêcher la destruction de grands capitaux privés : Arbed de 1979 à 1983, Cargolux en 1982 et 2009, la Banque générale et la Banque internationale en 2008. Pour dissocier leur gestion d’entreprise de l’économie de marché, l’État s’est endetté à hauteur de plusieurs milliards. Dans un petit État, de telles entreprises sont « trop grandes pour faire faillite ».
Depuis la crise bancaire de 2008, l’accumulation reste perturbée. Au lieu de s’attaquer aux causes de la crise, on s’est contenté d’éliminer certaines dérives. En contrepartie, la Banque centrale européenne a fourni aux détenteurs de capitaux de l’argent sans intérêt. Le secteur financier a tiré profit du manque d’opportunités d’investissement productives. Cela a considérablement aidé le CSV, le LSAP, le DP et les Verts à maintenir la reproduction sociale.
Entre-temps, l’État s’est orienté vers une gestion macroéconomique de la crise. Au lieu d’augmenter les impôts, il s’est endetté à hauteur de neuf milliards d’euros au cours des deux dernières années. En 2020, il a emprunté quatre milliards d’euros. Il souhaitait ainsi « financer la lutte contre la pandémie de COVID-19 et aider l’économie nationale à surmonter cette crise ». Grâce à ces fonds, il a octroyé aux entrepreneurs 1,8 milliard d’euros jusqu’en mars 2022 au titre de « mesures discrétionnaires en réponse à la pandémie ». Sur ce montant, il a pris en charge, pour
1,2 milliard d’euros de coûts salariaux sous forme de chômage partiel.
La semaine dernière, le Trésor public a emprunté 2,5 milliards d’euros. L’État a levé ces fonds « dans le contexte de la dégradation de la situation macroéconomique et des mesures prévues par l’accord tripartite ». Après l’échec de l’accord tripartite, le gouvernement a annoncé un « paquet de solidarité ». Celui-ci prévoit, via
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700 millions d’euros destinés aux entrepreneurs. Sur ce montant, un demi-milliard d’euros correspond aux charges salariales que l’État prendra en charge à la place des tranches d’indexation. Ce chiffre n’inclut pas le demi-milliard d’euros destiné à l’achat de quotas d’émissions de dioxyde de carbone pour ArcelorMittal d’ici 2030.
Ceux qui mettaient autrefois en garde contre la dette publique gardent désormais le silence. Ceux qui recommandaient de voir dans les crises disruptives des opportunités qualifient désormais l’incertitude de poison pour les affaires. Ceux qui réclamaient un État allégé réclament aujourd’hui sa protection et son soutien. « Monsieur le Premier ministre, pendant la pandémie et lors de la tripartite, vous avez montré que vous compreniez les enjeux de la survie de notre économie. » C’est ce qu’a déclaré la présidente de la Fédération des industries, Michèle Detaille, le 12 mai lors du « Printemps des entreprises ».
Peut-être que la pandémie de Covid finira par s’installer comme une grippe saisonnière. Peut-être qu’aucun incident ne transformera la guerre en Ukraine en guerre nucléaire. Il restera alors la crise climatique. Si l’externalisation des coûts de production ne prend pas fin, le capital épuisera les dernières ressources et les derniers puits de carbone, et se détruira lui-même. Une refonte de la production et de la circulation profite au capital dans son ensemble. Mais « la survie de notre économie » coûte cher aux capitaux individuels. L’égoïsme, moteur de la « Richesse des nations », est contre-productif. L’État devrait donc poursuivre sans heurts, au cours des prochaines années, la régulation de crise entamée en 2020.