La semaine dernière, le site Internet reporter.lu a révélé que Xavier Bettel, âgé de 26 ans, avait gravement plagié son mémoire à l’université de Nancy. Les partis politiques se sont demandé ce que leurs partisans attendaient d’eux : de l’indignation face au vol de propriété intellectuelle ? De la compréhension, car « faire la fête » est un sport scolaire ?
Au sein du DP, personne n’était vraiment surpris. Les libéraux savent que Bettel est un fêtard à la capacité de concentration limitée. Il n’est pas du genre à éplucher des dossiers. Aujourd’hui, il a des fonctionnaires pour s’en charger. Au moment de l’obtention de son diplôme, il avait fort à faire en tant que fêtard et jeune politicien. La présidente du parti, Corinne Cahen, n’a fait aucun commentaire.
L’Université du Luxembourg contribue à la compétitivité internationale. Son président, Yves Elsen, fait l’objet d’une enquête pour fraude fiscale. Il ne vient pas à l’esprit du ministre de l’Enseignement supérieur, Claude Meisch, de défendre les normes académiques. Il a gardé le silence.
Les Verts adorent faire la morale et jouer les donneurs de leçons. Comme en Allemagne, où des ministres doivent démissionner pour cause de plagiat. D’un autre côté, les Verts veulent rester au gouvernement. Pour cela, ils ont besoin d’un gouvernement et d’un chef du gouvernement. La présidente du parti, Djuna Bernard, lui a exprimé sa confiance.
Le LSAP a estimé qu’il s’agissait d’une affaire privée du Premier ministre. Il a laissé le téléphone sonner. La direction de son parti est composée d’avocats et de femmes diplômées de l’enseignement supérieur occupant des postes de fonctionnaires. C’est dans les communes où vivent le moins de diplômés que le LSAP recueille le plus de voix. Ses partisans considèrent les notes de bas de page comme des subtilités propres aux privilégiés de l’éducation.
La plupart des gens ne possèdent ni propriété intellectuelle ni autre bien notable. C’est pourquoi le plagiat ne les indigne guère. Ils trouvent plutôt cela amusant quand quelqu’un se fait prendre. Les partis politiques estiment que les mémoires falsifiés peuvent être considérés comme des erreurs de jeunesse. Ils ne veulent pas encourager les journalistes à fourrer leur nez dans d’autres travaux. Tout le monde hésite à jeter la première pierre. Tant que la DEA de Bettel ne nuit pas à la réputation de la place financière.
Martine Hansen, porte-parole du groupe parlementaire du CSV et ancienne directrice d’école, n’a pas souhaité condamner le Premier ministre. Elle a préféré attendre de voir comment les choses évoluaient. Elle préfère condamner l’ancien président du CSV. Le Premier ministre du CSV, Jean-Claude Juncker, a estimé devoir mentir lorsque la situation devenait délicate. En mars 2007, à l’Institut de France, il a lu un discours de remerciement bâclé consacré à Léopold Sédar Senghor.
Avec l’affaire Valissen, l’ADR s’est rendue coupable de l’une des falsifications politiques les plus scandaleuses. À Montpellier, Fernand Kartheiser avait rédigé 614 pages sur le Luxembourg pendant la guerre de Corée. Il a accordé à Bettels 56 pages de présomption d’innocence. Il souhaitait d’abord attendre de voir. Il ne se laisse pas détourner de son référendum constitutionnel. L’ADR est d’ailleurs mieux élue dans les communes où vivent le moins de diplômés de l’enseignement supérieur.
Du côté de « déi Lénk », la députée Nathalie Oberweis a tempéré le propos : la crédibilité de Bettel serait certes entachée, mais cela remonte à une époque où il n’était pas encore chef du gouvernement. L’ancien député du CSV, Marcel Oberweis, s’était fait remarquer par ses tribunes dans la presse.
Daniel Frères, conseiller communal de Remich membre du Parti pirate, a été condamné pour abus de confiance. Son collègue Sven Clement a accusé le Premier ministre d’avoir menti et d’avoir triché. Le Parti pirate avait été fondé à la suite de l’interdiction de la plateforme de partage Pirate Bay. Son objectif premier était l’abolition de la propriété intellectuelle. Xavier Bettel s’avère en être le pionnier.
Ceux qui transforment les idées en marchandises les appellent « propriété intellectuelle ». On leur témoigne du respect lorsqu’elles permettent de réaliser des économies d’impôts. Les mémoires de fin d’études ne relèvent pas du « Patent Box ». Ils constituent les échelons de l’échelle hiérarchique pour les cadres moyens et supérieurs ainsi que pour les fonctionnaires. La « société de la connaissance » n’était qu’un de ces mots creux de la stratégie de Lisbonne. Elle visait à dynamiser la main-d’œuvre.