Nouveauté Lancement du nouveau site internet du Land Voir la boutique en ligne →
Société 4 min de lecture

La mélancolie de Claus Peymann

La petite témoin de son époque

Article paru dans Édition septembre 2021
Partager l'article sur

« C’est une sorte de miracle », déclare Claus Peymann. « Une étrange Jeanne d’Arc de la politique. Un ange », s’emballe-t-il. L’héroïne dont il parle n’est pas issue d’une tragédie de Goethe ou de Shakespeare. Elle s’appelle Angela Merkel et quittera sans doute la scène mondiale sans grand retentissement. Un ange d’un certain âge, ajoute encore Peymann avec tendresse. Celui qui faisait son apparition dans son théâtre berlinois vêtu de robes audacieuses aux fentes profondes.

La rédemption du metteur en scène Claus Peymann, qui fut autrefois la bête noire du Burgtheater de Vienne, se déroule devant les caméras de l’ORF. À l’époque, ce metteur en scène venu de Bochum, qui utilisait des expressions effroyables telles que « Schangse », servait au public viennois les diatribes les plus virulentes contre l’Autriche, signées Bernhard et Jelinek, ainsi que celles, plus subtilement déguisées, de Handke. On lui a servi un tas de fumier devant le Burgtheater.

Elle rayonne ! Claus Peymann est sous le charme, tout comme l’était autrefois Konstantin Wecker lorsqu’il chantait le sourire de sa chancelière. Il qualifie en revanche de désolant le spectacle offert par les trois prétendants et prétendantes à la chancellerie, qui font actuellement le tour des plateaux, se tiennent sous les projecteurs et répondent aux questions. Toujours les mêmes questions et réponses, parfois avec une touche de rouge, mais pas trop, relevées d’une pointe de vert, volontiers. Mais sans piquant. Dans le cirque le plus respectueux de la circulation sanguine au monde, au lieu de se retrouver pour la « ronde des éléphants », on se réunit docilement pour le triell.

Une douce somnolence s’empare des spectateurs et spectatrices, c’est très agréable. Qu’ils s’assoupissent, s’éloignent de cette réalité masquée et insondable. Il n’y a rien de mieux. Car partout, des démones rôdent, elles sont déjà entre ces quatre murs. S’assoupir doucement… n’était-ce pas là aussi la recette secrète du succès de la chancelière, la magie de l’ennui, qui pouvait y échapper ? Pourquoi voudrait-on se laisser emporter, en ces temps-ci ? Alors que le gaz devient plus cher et que le loup se tient dans le jardin, Karl Lauterbach apparaît la nuit. Sur le marché du chômage, ne pas faire tant d’histoires, ne pas se ridiculiser pour un chômeur. Une anesthésie, s’il vous plaît ! Tandis que l’écart se creuse, de plus en plus, et que des coupes sont effectuées. Des coupes douloureuses, pour être honnête.

Qui a envie d’un vent de fraîcheur ? La gaieté stridente et sans pitié, les fanfaronnades potelées de la jeune candidate résonnaient déjà dans les oreilles, alors que la candidate « Vent de fraîcheur » faisait passer les messieurs à ses côtés pour des vieux et des blancs. Aujourd’hui, personne ne veut d’une telle « frimeuse », pour employer un terme désuet, comme chancelière. Celle qui se laisse prendre à des bêtises aussi puériles n’est pas seulement inexpérimentée, elle n’a tout simplement pas assez de mordant. Comment une telle personne pourrait-elle s’imposer dans la grande politique ? Là où la corruption se pratique de manière vraiment adulte, on ne trouve pas de débutants à l’œuvre.

On perçoit déjà une ruse différente dans le regard de ces deux rivaux. À quelle vitesse les regards du membre de la CDU peuvent-ils passer de la joie à la perspicacité, puis à une froideur mathématique ! Pourquoi a-t-il donc dû éclater de rire au mauvais moment, sur place ? Et l’autre, qui devient soudain « l’Élu », le dernier candidat en lice devenu le premier. Scholz n’a certes pas besoin de faire de grands efforts, il n’a guère plus à faire que rien. Ne pas déborder de charme, ne pas se laisser idolâtrer par de jeunes adeptes fraîchement convertis. Il suffit de répéter des formules toutes faites, la bouche pincée, avec ce regard de ministre des Finances, à la fois sobre et malin. Un pôle Nord de sérénité, dégageant le stoïcisme d’un comptable bouddhiste : nul besoin d’aura. Pire encore, le charisme, surtout pas de charisme ! « En cas de charisme, prenez immédiatement la fuite ! », met en garde le criminologue tyrolien Haller. À cet égard, la campagne électorale allemande est très inoffensive.

Angela Merkel aurait-elle sa place dans une tragédie ? Claus Peymann ne voit pas vraiment l’intérêt. Qu’y a-t-il de tragique chez une femme qui va bientôt nous tourner le dos pour aller éplucher des pommes de terre dans sa maison mitoyenne, l’un de ses passe-temps favoris ? Ou qui va se promener dans la nature, emmitouflée dans son anorak ? On pourra alors s’interroger sur son manque de mystère. Je l’aime bien, dit Claus Peymann.