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Société 5 min de lecture

La fête bat son plein partout

La petite témoin de son époque

Article paru dans Édition septembre 2024
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C’est la libération en ville, waouh ! Je viens tout juste d’arriver, après un séjour à l’étranger un peu plus long que prévu, et voilà tout de suite quelque chose de si beau. Les rues seraient barrées, m’a-t-on dit, à cause de la foule qui acclamerait la libération et surtout les voitures de la Seconde Guerre mondiale venues d’Amérique. Il y aurait même de vrais soldats américains.

La foule sur la place d’armes est plutôt clairsemée, c’est plutôt un petit rassemblement ; on aperçoit le dos de personnes en uniforme, et une sorte de musique s’élève, elle semble pleine de vie. Sinon, il ne se passe pas grand-chose ; devant, on s’affaire ; le Grand-Duc, murmure une petite voix dans ma tête, semble s’incliner devant quelque chose. Puis arrivent des voitures tout droit sorties de films sur la Grande Guerre, et je photographie alors une voiture qui, elle, ne vient pas d’un film de guerre. La plaque d’immatriculation est aussi simple que « Bonjour » ou que celle d’un jeu de mémoire pour enfants de trois ans : il n’y a qu’une couronne dessus. Le lendemain, dans l’un des deux principaux quotidiens – je ne me souviens plus lequel –, on trouve une rédaction d’élève déguisée en article et une photo montrant une foule impressionnante.

Mais si l’on pense que c’est fini, que tout le monde va maintenant se coucher et que demain, ils iront travailler avant de se recoucher, on est loin de la réalité. Partout, des gens sont debout ou assis, ils boivent, bavardent et rient ; partout, on discute et on trinque. Tout le monde est jeune et plein d’entrain, ou fait semblant de l’être ; on rit partout, aucun coin ni aucune recoin de la ville n’échappe à cette gaieté, qui est sans doute contagieuse. Et le soleil brille sans discontinuer, le ciel est bleu, je ne reconnais plus mon pays : où est donc passée la pluie ?

Et à la campagne, ce n’est pas mieux non plus. Celui qui souhaite, par exemple, rouler tranquillement à la campagne pour laisser son regard vagabonder depuis une petite colline sur le paisible paysage de la Moselle finira tôt ou tard par se résigner à croiser un Thuringien. Parce qu’une fête lui barre la route. À condition qu’il y ait une place de parking. Donc plutôt pas. Et puis vient une autre fête, et encore une autre : du vin, des quetsches, du vin, une kermesse… Mais enfin, on arrive dans un village sans fête, il n’est pas en effervescence et, bien qu’il soit si célèbre, il est d’une beauté discrète ; il s’appelle Schengen. Mais bientôt, là aussi, il y aura une fête : on y célèbre les coqs.

Alors autant prendre le bus du pays de cocagne en direction du nord-est, vers Rindschleiden, ce village sans habitants, où il n’y a que des moines morts et, espérons-le, des fresques silencieuses comme la mort. Dans le bus, pour une fois, personne ne rit ; il est vide, le chauffeur sourit. Malgré tout, en descendant, j’hésite à l’embrasser, même si c’est ce qu’invite à faire l’inscription en gros caractères sur les bus. Alors que je flâne vers Rindschleiden, en passant devant des vaches et « the green green grass of home », j’aperçois déjà de loin l’excellent ministre Gloden. Il se tient au milieu d’un petit groupe animé, à côté d’une tente d’où s’échappent des sons, sans doute de la musique. On y célèbre une fête, appelée « Fusionsfest ».

Et voilà que les rues sont à nouveau bloquées et qu’il n’y a pas de bus « Schlaraffenland », parce que c’est le Tour de Luxembourg. Une entreprise de folie où les participants tournent en rond et s’affolent dans tous les sens comme des poissons rouges en bocal en pleine crise de panique, tandis qu’un public sadique, apparemment plus nombreux que lors de la Libération, les guette. Trois fois Pabeierbierg d’affilée, une affaire pour la Cour européenne des droits de l’homme !

Mais personne ne doit être triste, la fête continue, derrière l’Aldringer, une fois qu’on a surmonté les Misérables, dans toutes les ruelles et tous les recoins, partout des expatriés et des étudiants de bonne humeur, tous jeunes et joyeux, l’air plein d’entrain, tous parlant couramment les langues les plus diverses, mais surtout les langues anglo-saxonnes ; les mendiants sont luxembourgeois. Et on danse devant la Mesa Verde, car c’est une fête, et à côté aussi, bien sûr, tu ne viens pas ?

Et puis le pape arrive. Et ceux qui ont gagné un « Saint-Siège » à la tombola peuvent se tenir près de lui, et il y aura sûrement, après l’hostie, de la viande de Thuringe et peut-être même des plats végétaliens, c’est certain. Et tout le monde est d’une humeur divine. Pendant que je prends discrètement congé, je me dis que c’était vraiment génial.