Le 11 décembre 2018, le Premier ministre Xavier Bettel a promis, lors de sa déclaration de politique générale devant le Parlement : « Le cannabis sera également légalisé de manière générale au cours de cette législature. » Trois ans plus tard, le DP, le LSAP et les Verts annoncent qu’ils ont changé d’avis au cours de l’été.
La politique en matière de drogues, c’est faire de la politique avec les drogues. Il existe une variante de droite, axée sur la sécurité : elle vise à semer la peur pour obtenir la conformité. Pour elle, les drogues sont un signe de dépravation morale. Elle criminalise la vente et la consommation de certaines substances psychoactives. Les prohibitionnistes promettent des zones piétonnes débarrassées de toute misère humaine. Ils réclament toujours plus de lois, de policiers, de douaniers et de chiens renifleurs. Au bout du chemin, on aboutit à la guerre contre la drogue.
Il y a la variante libérale, axée sur la politique économique : elle se présente comme audacieuse et progressiste. Son modèle est celui du client éclairé sur un marché parfait. Elle défend la liberté individuelle d’une consommation effrénée, du « Cactus » au racolage de rue. Elle souhaite autoriser la consommation de toutes les substances psychoactives. Elle souhaite autoriser la vente de toutes ces substances, ou du moins de la plupart d’entre elles. Pour le libéralisme, le droit de l’individu à se détruire lui-même, mais aussi à détruire les autres, est sacré.
La variante de gauche, axée sur la politique de santé, mise sur une approche d’alerte et de prévention organisée selon les principes de l’État-providence. Elle fait preuve de compréhension. Pour elle, tous les toxicomanes sont des malades. Elle souhaite organiser leur prise en charge avec des assistantes sociales, des éducateurs, des « salles de consommation », des services de conseil aux usagers, des thérapies et des substituts. Ses partisans n’ont guère d’idées concernant le commerce.
Aucune de ces options ne tient ses promesses. Dans la pratique, les trois sont mélangées. C’est ce qu’on appelle le pragmatisme. Le dosage varie en fonction du rapport de forces politique. Les familles bourgeoises ne se contentent pas d’avaler du whisky, des « Mother’s Little Helpers » et du Ritalin. Elles ont aussi leurs moutons noirs. Cela favorise le pragmatisme.
Les contradictions de la politique en matière de drogues sont insolubles. Elles découlent d’un double standard : d’une part, la consommation de certaines drogues est tolérée, tandis que leur commerce est interdit ; d’autre part, il existe des drogues légales et des drogues illégales. Ces frontières sont arbitraires. Les opposants fanatiques à la drogue ne manquent jamais une fête du vin pendant la campagne électorale. Au Parlement, ils maintiennent à un niveau bas les droits d’accise pour favoriser le tourisme du tabac et des spiritueux.
La cocaïne stimule les dirigeants du capitalisme effréné. Les héroïnomanes sont pauvres et sans-abri ; on les considère comme des cas désespérés. Le cannabis fait partie des loisirs des classes moyennes. Le trafic de drogues dures est surcapitalisé à l’échelle mondiale. Le commerce du cannabis est souvent le fait de petites et moyennes entreprises. Le gouvernement libéral souhaitait légaliser le marché noir. La suppression de la prime de risque aurait peut-être même entraîné une baisse des prix.
La légalisation du cannabis devrait témoigner d’une tolérance envers tous les modes de vie. Tout comme, auparavant, la légalisation du mariage entre personnes du même sexe. En affichant une attitude permissive, le DP, le LSAP et les Verts voulaient conquérir le cœur des jeunes électeurs. Ils voulaient faire passer le CSV pour un parti dépassé et autoritaire. Aujourd’hui, ils craignent que les pays voisins établissent des analogies avec la conformité des banques et des fonds d’investissement.
La légalisation du cannabis a été la dernière tentative de volontarisme politique de la coalition libérale. À l’instar des transports publics gratuits, de l’exploitation minière spatiale ou de la séparation de l’Église et de l’État. En 2013, ces jeunes hommes pleins d’entrain avaient promis d’ouvrir grand les fenêtres de cet État CSV qui sentait le renfermé. La figure de proue de ce volontarisme effronté s’appelait Étienne Schneider. Mais le rapport qualité-prix l’a vite déçu. Les membres restants du gouvernement se sont lassés. Désormais, ce sont à nouveau ceux qui cherchent des difficultés plutôt que des solutions qui osent s’exprimer.