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Société 11 min de lecture

Interdiction d’atterrissage pour les « parents hélicoptères » ?

Remarques sur l'expression trompeuse « verwinnte Schwäin »

Article paru dans Édition septembre 2024
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Figurines Playmobil avec un hélicoptère © Photo : Sven Becker

Oui, c’est toujours un plaisir de voir des parents choyer leurs enfants. Ces êtres sensibles et fragiles méritent d’être protégés et choyés de toutes leurs forces. Ils seront bien assez tôt confrontés à la brutalité du monde. Inutile de les plonger dans la misère dès le berceau. Les parents ont tout intérêt à envelopper leurs petits dans du coton. Ou à les installer immédiatement dans un « safe space » permanent. Lorsqu’ils s’adressent à leurs protégés, ils doivent surtout veiller à ne cesser de leur répéter : « Tu es le/la meilleur(e). » Tu es unique. Personne ne t’arrive à la cheville. Tu surpasses tous les autres.

La brutalité du monde se manifeste de manière particulièrement flagrante à l’école. Soyons clairs : qu’est-ce que l’école ? Rien d’autre qu’un lieu d’horreur et de cruauté, une institution funeste destinée à séparer les enfants de leurs parents. Les plus petits sont arrachés à la protection de leurs parents et recrutés de force pour une expérience appelée « compétences sociales ». On les arrache au nid douillet de leurs parents et on les place dans une salle de classe où fourmillent des inconnus. Les parents devraient préparer leurs enfants à ce tournant traumatisant. Kevin, fais attention, ne fais pas confiance à tes camarades de classe que tu ne connais pas. Ils ne cherchent tous qu’à te dominer. Nora, tu n’es pas obligée de te comporter de manière « sociale » simplement parce que des antisociaux te le demandent. Tous ces inconnus veulent te faire trébucher. Mais nous, nous ne voulons que ton bien.

Nous souhaitons illustrer à quel point l’école se montre d’une répression inouïe envers les jeunes à l’aide d’un cas authentique survenu au Luxembourg. La presse a récemment relancé cette étrange affaire (voir le Luxemburger Wort du 3 juillet 2024). Au printemps 2022, un adolescent jette des bouteilles depuis le deuxième étage de son école. L’établissement lui inflige aussitôt une sanction : le lanceur de bouteilles doit rester en retenue, on lui impose la fameuse « retenue ». Ses parents ne l’acceptent pas ; ils saisissent la justice, estimant que les droits de la personnalité de leur fils ont été bafoués. Précisons d’emblée que des parents aussi courageux constituent un exemple éclatant. Dommage seulement qu’ils ne trouvent pratiquement pas d’imitateurs.

Qu’est-ce qu’une « retenue » exactement ? Rien d’autre qu’une mise à l’isolement. Un élève pris en flagrant délit est enfermé pendant quelques heures et surveillé par un gardien de mauvaise humeur (probablement un professeur stagiaire affecté au service de garde). Si le détenu tente timidement d’engager un dialogue constructif avec son surveillant, celui-ci lui répond sans ménagement : « Ferme-la, espèce d’imbécile ! » Même les conditions de détention humaines ne sont pas respectées ici. Le détenu est traité comme de la merde. Nous dénonçons cela avec fermeté.

On passe en effet délibérément sous silence à quel point ce pauvre garçon est un élève surdoué. Il rêvait sans doute dès son plus jeune âge de devenir un jour un célèbre spécialiste de la physique. En effet, il maîtrise les lois fondamentales de la physique sur le bout des doigts. Peut-être que son lancer de bouteille n’était rien d’autre qu’une démonstration dont ses camarades de classe auraient dû s’inspirer. Peut-être voulait-il montrer, avec expertise et précision, comment les objets en vol se comportent dans l’espace. À quelle vitesse les bouteilles tombent-elles ? Quelle trajectoire suivent-elles ? Que se passe-t-il lorsqu’elles heurtent le sol ? C’est pourtant une évidence que, lors d’expériences de physique, des objets volants virevoltent régulièrement dans les airs. Pourquoi un élève avide d’expérimenter se verrait-il refuser ce qu’un professeur de physique chevronné est autorisé à faire à tout moment ?

N’est-il pas réconfortant de voir qu’au moins ses parents aimants prennent la défense de leur enfant ? Peut-être qu’à la maison aussi, il jette des tasses et des assiettes partout ; ses parents sont émus et s’amusent de cette leçon de physique permanente. Ils se disent : « Notre enfant a une grande carrière devant lui. » Bientôt, il fera étalage de ses talents dans les amphithéâtres des universités les plus prestigieuses. Nous ne laisserons pas l’école lui briser le moral. Si les responsables scolaires ne sont pas capables de reconnaître et d’encourager les sommités scientifiques précoces, nous sommes contraints de nous opposer à l’école. Devant le tribunal, ces amateurs naïfs ! Que les juges les condamnent à la peine maximale.

Malheureusement, une minorité bruyante ne cesse de s’immiscer dans le débat. Appelons-la par ce terme générique : les ennemis de l’Occident chrétien (Fecal). Ils défendent l’école publique avec acharnement. À les entendre, on a l’impression que l’école est un chantier progressiste au service de la communauté. Ils n’hésitent même pas à qualifier l’institution scolaire d’atelier de réparation essentiel, où l’on recolle les morceaux d’enfants abîmés par des parents totalement incapables de les éduquer. Les élèves au talent exceptionnel, comme notre lanceur de bouteilles, sont dénigrés par les militants Fecal, qui les qualifient de perturbateurs, de rebelles et de menaces pour l’harmonie sociale. C’est une injustice scandaleuse envers des enfants qui se distinguent par une grande intelligence créative.

Nous devons absolument recommencer à faire confiance à notre intuition. Comme nous, les Luxembourgeois, avons généralement des ventres imposants, nous disposons d’une grande capacité de stockage pour cette intuition. C’est avec notre intuition que nous nous expliquons le monde. C’est ce qui nous distingue de ces maudits adeptes du « fécal », qui ne raisonnent qu’avec leur tête. Ils ne cessent de radoter sur la raison, l’humanité, le respect, la solidarité, l’acceptation et autres chimères du genre. Ils invoquent la « pensée collective », l’apprentissage du « bien commun polyvalent », ou la prétendue mission de l’école, qui serait de former des citoyennes et citoyens prévenants et empathiques, dotés d’une grande tolérance à la frustration. On ne peut guère faire plus cérébral. Nous, en revanche, affirmons avec force : le ventre est notre organe humain central. La tête n’est qu’un appendice inutile et superflu, à l’instar de l’appendice.

Nous, militants de l’instinct, avons un besoin urgent de retrouver des modèles forts. Des parents exemplaires, véritables précurseurs de la bonté, de l’attention et de la bienveillance. Nous ne devons pas prendre pour modèles ces parents irresponsables (issus sans exception des milieux « Fecal ») qui livrent sans scrupules leurs enfants à cette école dangereuse et moralement dépravée. Nous devrions plutôt nous inspirer d’un couple fabuleux qui, dans ce pays, incarne comme nul autre les valeurs d’une parentalité exigeante : nous parlons de notre merveilleux grand-duc héréditaire et de son épouse non moins envoûtante.

Ces Altesses Royales, dont l’exemple mérite d’être suivi, ont depuis longtemps percé à jour les méandres de l’école publique. Elles s’occupent elles-mêmes de leurs enfants et les préservent ainsi de la perdition. Afin que leurs enfants puissent grandir et s’épanouir de manière optimale, elles leur construisent – et se construisent même à elles-mêmes – un château avec tout le confort nécessaire, un magnifique espace propice à l’épanouissement libre de leur progéniture. Le fait que ce nouveau château soit construit juste à côté de l’ancien suffit à lui seul à montrer à quel point ce projet est bien pensé. Pas de séparatisme obstiné donc, pas d’isolement ni de rejet, mais une coexistence ostensiblement amicale. Ainsi, le couple grand-ducal pourra à tout moment venir en aide à ses parents et beaux-parents si ceux-ci venaient à s’égarer dans le labyrinthe de l’ancien château, victimes de la vieillesse ou d’une détresse morale (à moins qu’ils ne soient envoyés à temps en exil à Fischbach ou à la retraite à Biarritz). Ce n’est après tout qu’un saut de l’ancien vers le nouveau. Le grand-duc héritier ne manquera pas d’effectuer chaque jour une petite ronde de contrôle pour vérifier si ses parents âgés ne se sont pas encore perdus à jamais dans les innombrables pièces de l’ancien château. Car si cette fatalité venait à se produire, il devrait immédiatement monter sur le trône.

La multiplication miraculeuse des châteaux, initiée par notre vénéré grand-duc héréditaire, constitue d’ailleurs un coup de théâtre face à la crise du logement qui sévit actuellement. Son Altesse Royale trace la voie du salut : finies les éternelles lamentations. Cessons cette négligence chronique dans le secteur du bâtiment. Construisons davantage de châteaux. Sans tarder et sans discussion. Mettons rapidement hors jeu ces maires têtus. Faisons jaillir du sol des milliers de permis de construire.

À Colmar-Berg, le grand-duc héréditaire s’attendait bien sûr à rencontrer de la résistance. En effet, la ville est dirigée par une « pirate », c’est-à-dire une sorte de pendant redoutable de Johnny Depp dans son rôle de « Terreur des Caraïbes ». Pas étonnant que cette dame corsaire réduise le grand-duc héritier en miettes : je ne laisserai pas un aristocrate arrogant me dicter comment diriger ma commune ! À Colmar-Berg, tous les habitants sont traités selon les mêmes critères. Pas de permis de construire, pas de dégradation de la nature, et si le châtelain mégalomane ne cède toujours pas, je n’aurai d’autre choix que de recourir à la procédure pirate classique : sortir le sabre, mettre le cache-œil, hisser le drapeau à tête de mort, prendre d’assaut et occuper le domaine royal avec mes vassaux communaux, ligoter le grand-duc héréditaire et son épouse, et si nécessaire, kidnapper les enfants pour leur propre bien.

Mais ô miracle ! Rien de tout cela. La pirate en fonction s’est immédiatement prosternée aux pieds du grand-duc héréditaire. Toutes les restrictions PAG/PAP ont été levées en un clin d’œil, le permis de construire a été sorti de nulle part en un temps record, et le credo des Pirates a été jeté par-dessus bord. Cela illustre parfaitement le pouvoir de persuasion qu’émane un père irréprochable, qui fond presque d’amour pour ses enfants. Si même une pirate intransigeante s’adoucit et se transforme en un clin d’œil en fervente monarchiste, il sera certainement facile de rallier en un tour de main d’autres maires, bien plus posés et somnolents, à l’idée des châteaux.

Oui, notre grand-duc a tout à fait raison. Chaque enfant mérite un beau château. Avec, bien sûr, un héliport dans le jardin. Pour que ses parents inquiets puissent s’envoler immédiatement dès qu’un danger se profile dans l’espace public – comprenez : à l’école. Allons-y ! Si nous faisons un petit effort, nous pourrons même devenir le pays présentant la plus forte densité de châteaux au monde. Il suffit de renverser le cliché éculé « My home is my castle » : « My castle is my home ! » Nous nous rapprocherons ainsi à pas de géant de l’idéal de tous les parents « hélicoptères » passionnés : chaque enfant doit être un prince ou une princesse, intouchable dans sa splendeur inégalable.

La bande de Fecal objectera (vous pouvez passer cette partie) : « Oui, celui qui vit par la grâce de Dieu, c’est-à-dire grâce à nos impôts, peut tout s’offrir. Il peut même se construire une étable de luxe pour ses cochons gâtés. » Pardon ? Avons-nous bien entendu ? Des cochons gâtés ? Parlez-vous ainsi d’enfants que l’on comble généreusement d’amour ? On n’en a jamais assez, bande de voyous aigris, bornés, pourris et envieux.

De plus, il s’agit ici de remédier à la pénurie de logements et non de la « grâce divine ». Quiconque est motivé personnellement peut également s’assurer la grâce divine. Il suffit de déposer une demande, d’attendre la convocation, puis de se présenter avec courage devant le jury du « droit divin » et de prouver que l’on est capable d’imiter le grand-duc héréditaire. Mais personne n’y parvient. Parce qu’ici, tout le monde abandonne toujours avant que les choses ne deviennent sérieuses. Il est tout simplement plus facile de râler et de vociférer. C’est tout simplement mesquin et triste de rejeter la responsabilité de ses propres manquements sur notre grand-duc héréditaire, qui a reçu la grâce de Dieu. Cet homme mène au moins une politique de logement constructive et favorable aux enfants. Et maintenant ? Il ne nous reste plus qu’à nous lamenter avec Bertolt Brecht : « Le rideau tombe et toutes les questions restent sans réponse. »

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