L’Allemagne déclare pratiquement le monde entier zone à haut risque. Et c’est vrai, avec tous ces « réfugiés immunitaires », sans compter que des personnes « immunologiquement naïves » se promènent aussi partout. Même dans les rues : elles sortent de chez elles, et dès qu’elles ouvrent la bouche, des aérosols s’en échappent. Tout cela est tout à fait scandaleux, et pour couronner le tout, un mur se dresse devant nous ; ceux qui manquent d’imagination l’appellent une « vague », mais celle-ci n’est pas une mince affaire. Boris, le fêtard, se fait passer un savon par la reine. En Macronie, un grand garçon veut agacer ses sujets non vaccinés, on observe là une désescalade – il y a deux ans, il voulait encore jouer à la guerre. Enfin, un passeport est introduit par voie vaginale.
Vous vous souvenez du désordre qui régnait autrefois dans le monde ? Quand on y repense, on entrait tout simplement dans un café. Comme ça, sans crier gare. En totale absence d’hygiène, on s’accroupissait au comptoir et on se laissait aller sans retenue au blablablues. Sans aucune retenue. On était des barbares.
Quelle boule Teletubby nous apparaîtra un jour, et de quelle couleur ? Celle qui illumine notre intérieur en ce moment est d’un joli violet-turquoise tout doux, ornée de petites brochettes de chou-fleur espiègles, presque une boule de monstre câlin. Avec combien de picots, combien d’options supplémentaires et dans quel nouveau design ? Et comment s’appellera ce nouveau bébé hérissé ? Omikron, ce nom a un éclat de petit bijou. Une sorte de scintillement discret. Les enfants apprennent maintenant l’alphabet grec, mais les autres ne le maîtrisent plus aussi bien.
Le ministre allemand de la télévision, qui n’était encore qu’un petit garnement annonçant les choses les plus effrayantes d’un air malicieux et espiègle, de sorte que le sang se glace dans les veines de ceux qui sont suspendus à ses lèvres pour y puiser leur dose de frissons, est désormais en maître absolu des armées de virus, le fardeau de sa fonction avec toute la sollicitude qui s’impose.
Pour ne pas perdre notre vision d’ensemble, nous pouvons compter sur les experts. Les modélisateurs, les directeurs médicaux, les chercheurs en simulation, les analystes de systèmes, les spécialistes des mutations. Les physiciens. L’Institut Koch, par exemple, prend sa mission très au sérieux : avant Noël, alors qu’une petite pause « grignotage et rots » venait d’être accordée à la table familiale composée de personnes vaccinées, guéries ou testées, un avertissement contre la fondue et la raclette est venu briser cette idylle.
Nous pouvons nous estimer chanceux d’avoir été si bien informés et prévenus, alors que les habitants de Tonga n’ont pas eu cette chance.
Il faut également saluer ces nouveaux symboles de statut social. Au lieu des voitures démodées et des femmes trop jeunes, symboles d’hommes dépassés, le nouveau statut social, c’est le statut vaccinal. Il est bien plus équitable et juste, car pratiquement tout le monde peut l’obtenir, et c’est un statut reconnu à l’échelle internationale. Avec lui, on entre dans les pays au lieu d’en être exclu. Avec lui, on obtient un passeport, et à partir de là, c’est comme dans un conte de fées. Il y a de l’art, de la culture et même des gens. Pas toujours que des églises et des toilettes. Sésame, ouvre-toi, abracadabra, juste une piqûre, ce n’est pas grave du tout ! Puis deux, puis trois, puis quatre, sinon tu te retrouves à nouveau devant la porte !
Si tant est qu’on en ait encore envie. Je veux dire, ça, avec les gens. Ou si on en est capable. Après une longue période d’abstinence sociale, certains sont devenus timides. Peut-être même des reclus. Ils ne peuvent plus simplement se jeter dans un nuage de fumée – ah, pardon, ça n’existe plus, le monde devient de moins en moins dégoûtant. Partout, l’air est pur. Partout, l’air s’est échappé. On ne peut plus simplement se retrouver parmi les gens – on dit désormais « personnes ». Une splendide désolation plutôt que cet échange d’aérosols avec des inconnus, ou pire encore, avec des connaissances. Aerosola mia !
Le « Home-Sweet-Home-Office » a bien sûr aussi ses inconvénients : on se tire dessus à coups de « wall ball », et les tireurs visent depuis les tranchées qui, dit-on, divisent la société. En Allemagne, les anticonformistes se sont heurtés aux partisans de la pensée unique ; on ne fait jamais de distinction de genre entre ces penseurs et ces penseuses. Pourtant, la réflexion devrait être une affaire de rond !
Un sportif devient une star-martyre omniprésente. Tandis qu’une île de l’océan Pacifique sombre silencieusement sous les cendres.