La guerre en Ukraine fête déjà un nouvel anniversaire, c’est la Saint-Valentin, et l’enfer va se déchaîner à Gaza. Et la pleine lune s’appelle ce mois-ci « lune des neiges » ; depuis peu, les lunes ont des noms : on les appelle « lune bleue », « lune de sang » ou « lune du loup », de sorte qu’on ne veut pas les manquer et qu’on préfère regarder la lune plutôt que de faire autre chose. Mais au final, ce n’est que la lune.
Mais mieux vaut la Lune que Musk ou ces taupinières en Ukraine que les Russes conquièrent les unes après les autres, sans que nous y prêtions même plus attention, tant tout cela est long et ennuyeux, et soudain, les Russes sont là, le « gender » devient superflu, se retrouvent à nouveau devant une ville en ruines où les personnes âgées font la queue pour un café, alors qu’il fait cinq degrés dans leurs appartements. Et encore, ah oui, l’anniversaire de la guerre, des immeubles préfabriqués délabrés, des hommes épuisés dans des trous creusés dans le sol, des mères devant des tombes décorées de couleurs vives au milieu d’une tempête de neige. Et de temps à autre, on mentionne, mais seulement en toute discrétion, que des hommes sont capturés pour être envoyés au front. Certains de ces hommes, qui ne veulent à aucun prix être des héros morts, se cachent dans des forêts enneigées ou cherchent une issue, vers ailleurs. Une « sortie » plutôt qu’une « mort ». Certains sont abattus pendant leur fuite. Parce qu’ils ne voulaient pour rien au monde mourir.
Et voilà que Trump a passé un coup de fil, enfin, et les spéculations vont bon train : l’Ukraine va-t-elle désormais être écartée ? On dit que Trump est un trafiquant, quelle idée à la fois rassurante et diabolique, et tout le monde attend maintenant avec impatience de voir comment le butin sera réparti. Trump convoite les terres rares, Poutine, de manière tout à fait conventionnelle, convoite le territoire ukrainien. Mais on s’interroge aussi sur ce qu’il compte faire du Groenland et de Ground Zero Gaza. Qu’il achète Gaza, qu’il la vende ou qu’il y déclenche un véritable enfer, cela suscite un vif intérêt à l’échelle mondiale.
Musk adresse un sourire de cinéma à Weidel, qui présente fièrement son nouveau petit ami, grand, fort et sympathique. Après tout, c’est l’homme le plus riche du monde ; il possède des plateformes et des vaisseaux spatiaux, et s’efforce de s’installer dans nos cerveaux. Mais ses déclarations restent très modestes. Mme Weidel, en chaussures robustes et avec un chignon dans la nuque, passe en revanche un savon aux hommes du parti lors du congrès, ce qui plaît énormément aux hommes présents au congrès. Elle mène en effet un combat non seulement contre des flux de réfugiés qui ne tarissent jamais, mais aussi contre les moulins à vent de la honte et les pépinières de cadres « woke » dans les universités. Cette maîtresse sévère prononce des phrases qui font frémir les âmes efféminées. « On va virer ces professeurs ! » Jamais une baby-boomer efféminée n’aurait imaginé, dans ses pires cauchemars, entendre parler d’une chose aussi monstrueuse dans les universités allemandes, quatre-vingts ans après la Seconde Guerre mondiale.
Au Luxembourg aussi, les débats font rage. Il est question d’un appel à l’anéantissement. De quoi ? De l’anéantissement d’une idéologie, comme certains l’appellent, ou de ses protagonistes ? C’est le député d’extrême droite, sur la page duquel a été publié le message qu’il a « liké », qui est dans le collimateur. Une internaute perspicace ne comprend pas cette agitation, estimant qu’il s’agit simplement d’un repli dans des niches.
Il faut que je m’évade, je vais lire Tolstoï. 500 pages de Tolstoï. Quoi, le patriarche, ce vieux réactionnaire ? Le Russe ? Oui. Il m’est tombé sous la main, il traînait là depuis une éternité, au milieu de tous ces livres que je lirai sûrement, un jour ou l’autre. Et puis je l’ouvre, comme ça, entre deux, pour grignoter un peu, et voilà ! Je suis dedans. Je suis partie. À Moscou. À la fin du XIXe siècle. Je fais du patin à glace avec des princesses, je rencontre des révolutionnaires, je chevauche. Je me réfugie auprès d’Anna et de Vronski. Non pas que ce soit une partie de plaisir là-bas, je pressens que les choses vont mal tourner. Je travaille d’arrache-pied avec Levine. Je fauche avec Levine. Je souffre avec Kitty. Je me languis avec Anna. Je lis. Bon, ça va sans doute finir en catastrophe. Ça se sent. Je m’y dirige tout droit. Encore 500 pages. Il ne me reste plus qu’un peu de février, le mois de la boue et du néant, l’un des meilleurs mois. Je regarde par la fenêtre, parfois il faut bien le faire. Quelque chose remue dans le petit bac à fleurs. C’est vert comme l’herbe.