Les élections législatives anticipées qui ont suivi la chute de Jean-Claude Juncker en 2013 ont semé la confusion au sein des appareils des partis. Depuis, ceux-ci s’affairent à modifier la loi électorale afin de préparer les prochaines élections législatives et communales. Le Parlement vient de décider de fixer la taille des conseils communaux sur la base du registre national de la population.
Lors des élections municipales, le mode de scrutin n’est pas le même pour toutes les communes. Il dépend du nombre d’habitants. Dans les communes de moins de 3 000 habitants, seules des personnes physiques peuvent se présenter, et non des partis ou des listes de citoyens : lors des élections municipales de 2017, 53 communes ont voté selon le scrutin majoritaire. Parmi celles-ci, une demi-douzaine devraient voter selon le système proportionnel l’année prochaine, grâce à la croissance démographique et aux fusions de communes.
Des voix conservatrices réclament à nouveau davantage de scrutin majoritaire. Peu avant d’être victime d’un coup d’État, le président du CSV, Frank Engel, avait rédigé un programme électoral intitulé « Mir, d’CSV » Mir zu Lëtzebuerg. Il y exigeait « que les communes continuent plus longtemps à être élues selon le système majoritaire. Les listes partisanes n’ont plus de sens aujourd’hui dans les communes de 3 000 habitants ».
En juin, l’ancien maire de Bürmering, André Vandendries, a remis au Parlement une pétition demandant « la suppression du seuil de 3 000 à 15 000». Elle n’a pas dépassé les 313 signatures.
Le système majoritaire est un vestige fossilisé de l’État autoritaire du XIXe siècle. À l’époque, les classes possédantes s’étaient dotées d’un système majoritaire à deux niveaux. Cela permettait d’empêcher même les électeurs éligibles en vertu du cens électoral d’exprimer un vote contraire à l’ordre établi.
« Le système majoritaire, qui exclut la majorité moins un des suffrages, est incompatible avec la véritable démocratie et contraire à l’égalité des citoyens, qui doivent tous être représentés. » Telle était la position de la section centrale du Parlement en 1919 concernant l’introduction du suffrage universel. « Le suffrage universel sans représentation proportionnelle est une illusion. »
Le système majoritaire a survécu dans la moitié des communes (ainsi que pour les élections aux commissions). Là où il n’a pas été conservé, il a été remplacé par le panachage. Le panachage permet à l’esprit du système majoritaire de perdurer au sein du système proportionnel.
Lors de la réforme électorale de 2003, les sections et les seconds tours ont été supprimés dans les communes appliquant le scrutin majoritaire. Le système lui-même a été maintenu. Il en a été de même lors de toutes les modifications législatives ultérieures.
Dans le système majoritaire, on vote pour des personnes plutôt que pour des positions politiques. Cela empêche la formation d’une volonté solidaire et la candidature de personnes partageant les mêmes opinions politiques, qu’il s’agisse de groupes d’intérêt, de listes citoyennes ou de partis. Cela empêche également la représentation proportionnelle des minorités politiques.
Le système majoritaire réduit la politique locale à une simple activité administrative. Il favorise les élus locaux qui ne comprennent pas le sens de leur action. Ceux qui ne veulent pas faire de la politique : des fonctionnaires assidus en quête de reconnaissance, des femmes au foyer, des retraités, des membres d’associations. Ils veulent servir la collectivité en s’occupant des feux tricolores, des aires de jeux et du tri des déchets. Ou bien se lancer dans une carrière politique au niveau régional au sein de leur parti.
Aujourd’hui, le système majoritaire ne garantit plus le monopole politique des grands propriétaires terriens et des industriels. Il ne reste que la version « Playmobil » du parlementarisme : la démocratie est réservée aux adultes, elle n’a pas sa place dans les petites communes. Contrairement au système proportionnel, il ne canalise pas les intérêts contradictoires des classes sociales. Il les dissimule derrière une idylle rurale de « Villes et villages fleuris ».
Ketti, la souris des champs sans prétention d’Auguste Liesch, vote au village de Bürmering selon le scrutin majoritaire, tandis que sa cousine vaniteuse Mim, dans la ville dépravée, vote selon le scrutin proportionnel. Le système majoritaire protège les communes rurales innocentes de la dépravation morale de la politique partisane, vantent les politiciens partisans.