BREAKING NEWS Lancement du nouveau site internet du Land S'abonner →
Société 4 min de lecture

Folklore politique

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition novembre 2021
Partager l'article sur

Depuis des mois, les partis politiques se disputent au sujet d’un référendum sur la révision constitutionnelle. En 2018, tous y étaient favorables. En 2019, presque tous y étaient opposés. C’est avec joie que l’ADR a pris le relais. Le CSV et les Pirates ont emboîté le pas à l’ADR. Les uns craignent que la révision ne soit rejetée par référendum. Les autres espèrent que le gouvernement échouera à cause d’un référendum.

Jusqu’à présent, les référendums n’ont eu lieu qu’à titre exceptionnel, afin de ne laisser planer aucun doute sur le parlementarisme représentatif. Ils étaient organisés lorsque celui-ci atteignait ses limites techniques, ou lorsque les dirigeants économiques et politiques souhaitaient affirmer leur hégémonie. La formulation même de la question visait à influencer le résultat du scrutin : en faveur de la monarchie, de l’interdiction du communisme, d’une concurrence libre et sans entraves, du droit de vote des étrangers… Les assujettis, battus lors d’un référendum, acceptaient les décisions. Ils pensaient ne pas avoir été battus par les dirigeants, mais par une majorité de leurs semblables.

L’électorat rural des communes de campagne votait généralement pour les conservateurs : en 1919, il a voté à 80 à 90 % pour la grande-duchesse Charlotte ; en 1937, pour la loi sur la muselière ; et en 2015, c’est avec la plus grande fermeté qu’il s’est opposé au droit de vote des étrangers. En 2005, elle s’est prononcée en faveur du traité constitutionnel européen et des aides agricoles. Tout comme elle était favorable, en 1919, à un rattachement économique à la France. En revanche, les vignerons, inquiets pour leurs débouchés et face à la concurrence, avaient préféré une union économique avec la Belgique.

Les ouvrières et les petites employées ont généralement voté contre les intentions des gouvernements conservateurs. En 1919, dans le canton d’Esch et dans la banlieue de la capitale, elles ont voté pour la République, bien que le Parti socialiste eût appelé à l’abstention. Dans le bassin minier, elles ont opté pour une union économique avec la France républicaine, ses mines et ses fonderies situées de l’autre côté de la frontière. En 1937, elles ont rejeté la loi muselière et, en 2005, de Petingen à Kayl, la Constitution de cette Union européenne sans scrupules. En 2015, avec les réformes électorales, ils ont rejeté la politique d’austérité du gouvernement libéral.

La bourgeoisie était souvent divisée : la frange éclairée votait contre les projets des gouvernements conservateurs ; les entrepreneurs, les hommes d’affaires et les fonctionnaires conservateurs votaient pour eux. Sur la question de l’union économique, les uns se prononcèrent en 1919 en faveur de la France, les autres en faveur de la Belgique pour des raisons économiques. Une partie de la bourgeoisie libérale et urbaine préférait une république à une grande-duchesse de substitution. En 1937, en alliance avec la classe ouvrière, elle a fait tomber la loi sur le musellement. En 2005, en tant que gagnante de la mondialisation, elle a voté en faveur du traité constitutionnel européen. Depuis 2013, c’est la bourgeoisie libérale qui gouverne. En 2015, son électorat, au centre, a soutenu les réformes électorales. La bourgeoisie conservatrice a contribué à empêcher ces réformes.

La modernisation de la Constitution, désormais adoptée par étapes, est le fruit d’un compromis entre les partis. Le référendum promis n’a jamais eu pour but de peser le pour et le contre des 132 articles. Il devait être mis en scène comme la ratification d’un nouveau pacte démocratique entre les dirigeants et les dirigés. Afin de réaffirmer l’hégémonie des premiers. Au cas où l’on entrerait dans une ère post-démocratique.

Une partie de la population approuve le principe d’un référendum constitutionnel. Son contenu les intéresse moins. En effet, les modifications sont mineures. Elles n’ont rien à voir avec la vie des gens. Elles sont considérées comme le cheval de bataille des constitutionnalistes. La révision a d’autant plus suscité la passion des défenseurs des animaux, des puristes de la langue et des opposants à la vaccination. Ce sont eux qui réclament le plus fort un référendum. Les classes aisées ne veulent plus en entendre parler. La confirmation de leur hégémonie sombrerait dans le folklore politique. La révision risquerait d’être rejetée.