L’été 2024 est l’été des flibustiers : Pim Knaff, indépendant et ancien député du DP, est condamné pour fraude fiscale aggravée. L’entrepreneur et ancien consul général Nicholas Didier facture au Science Center des millions à sa guise. L’entrepreneur et député Sven Clement mène des affaires au nom du Parti pirate. Une cadre supérieure de Caritas détourne 61 millions d’euros.
« Celui qui amasse des trésors que les voleurs peuvent dérober a d’abord enfreint la loi en privant son prochain de ce dont il avait besoin », affirmait Richard Wagner. Et il se demandait : « Qui est donc le voleur : celui qui a pris à son prochain ce dont il avait besoin, ou celui qui a pris au riche ce dont il n’avait pas besoin ? » (Jésus de Nazareth, p. 35).
Les flibustiers d’aujourd’hui ne sont pas tourmentés par les scrupules du compositeur. Ils ne privent pas leur prochain de ce dont il a besoin. Ils s’enrichissent aux dépens du plus lointain : l’État. La fraude fiscale est la lutte de l’égoïsme privé contre un État fiscal qui redistribue avec parcimonie. Les centres scientifiques et le Parti pirate sont des sociétés de façade pour des entreprises privées. Caritas est le nom donné à des services sociaux privatisés financés par l’État.
Les entrepreneurs libéraux suivent l’exemple de Ronald Reagan. C’est lui qui a inauguré le néolibéralisme : « Le gouvernement n’est pas la solution à notre problème ; le gouvernement est le problème » (20 janvier 1981). Ils méprisent l’État. Parce qu’ils peuvent en tirer profit. Du coiffeur du village à ArcelorMittal, tous se posent la même question : qui est le plus malin de tout le pays ? Celui qui empoche le plus d’argent public. Que ce soit sous forme de « contrats de réinsertion-emploi » ou de quotas de CO₂. Celui qui évite de payer le plus d’impôts.
L’État libéral leur donne raison. Il propose aux entrepreneurs de participer aux bénéfices, dans le cadre de ce qu’on appelle un « partenariat public-privé ». Il persécute les mendiantes et les sans-abri, tout en encourageant « l’esprit d’entreprise ». Les classes scolaires sont invitées à s’exercer à l’appropriation de la plus-value d’autrui par le biais de « mini-entreprises ». Nicholas Didier est un élève assidu. Il a facturé à l’État 600 % de la valeur ajoutée d’un salarié.
L’État est anonyme. Les deniers publics sont comme les fleurs des champs. Ils semblent n’appartenir à personne. Ou à tout le monde : donc aussi aux flibustiers. Qui ne cherchent qu’à s’emparer de ce qui leur appartient un peu.
Les éditorialistes s’en donnent à cœur joie cet été. Les lectrices bâillent. Elles ne semblent guère surprises. Détourner, frauder ou détourner des fonds publics doit être répréhensible. Mais pas outre mesure. Dans une place financière, ce genre de choses est apparemment monnaie courante.
Si l’État est considéré comme un libre-service, le seuil d’inhibition des voleurs à l’étalage est bas. Les pillards ont alors d’autant plus de complices complaisants. Les affaires avec l’État sont inévitablement mêlées à la politique. On se connaît.
Le procureur général et le ministre de l’Intérieur minimisent la gravité de la fraude fiscale, la qualifiant de délit mineur. Le CSV et les Verts la qualifient d’affaire privée. L’Office national de l’accueil, organisme public, attribue des marchés au Parti pirate. Le conseil d’administration du Science Center fait la sourde oreille et ferme les yeux. Le ministre de l’Éducation jette par les fenêtres l’argent déjà gaspillé. Le conseil d’administration de Caritas néglige son devoir de contrôle. Il s’en remet à sa présidente et à l’État du CSV.
Dans ce vide moral, personne n’assume ses responsabilités. Personne ne démissionne. Personne n’est contraint de démissionner. Ni les flibustiers, ni leurs complices. Le conseiller municipal Pim Knaff continue de se présenter comme un homme politique intègre. Les Pirates font les innocents. Ils se rejettent la faute les uns sur les autres. C’est au Science Center, et non à sa direction, de modifier ses statuts. La direction de Caritas s’apitoie indéfiniment sur son sort.