La semaine dernière, les sirènes ont retenti depuis les clochers et les mairies. Des messages d’alerte sont apparus sur les téléphones portables. Il s’agissait d’un exercice simulant « une catastrophe naturelle, un accident industriel ou un attentat ». C’est ce qu’ont indiqué le ministère de l’Intérieur et le ministère d’État le 29 avril.
Le lendemain, le Parlement a entamé ses débats sur la politique étrangère. La guerre en Ukraine était au cœur des discussions. Les députés se sont comportés comme les sirènes : ils n’osaient pas envisager le risque d’un recours aux armes nucléaires.
Le 9 août, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que la guerre devait « prendre fin avec la Crimée, avec sa libération ». La Russie considère la Crimée et le Donbass comme faisant partie de son territoire. Dans un discours prononcé le 21 septembre, le président Vladimir Poutine a menacé : la Russie défendrait son « intégrité territoriale ». Pour cela, elle « utiliserait tous les moyens à sa disposition ».
Le 14 octobre, l’OTAN a annoncé dans un communiqué de presse : « [L]es forces aériennes des pays de l’OTAN testeront des capacités de dissuasion nucléaire […]. Quatorze pays et pas moins de 60 aéronefs participent à l’exercice Steadfast Noon. » Les exercices de largage de bombes atomiques ont été dirigés depuis la base belge de Kleine Brogel.
À Kleine Brogel, la députée européenne verte Tilly Metz a occupé la piste d’atterrissage en février 2019. Elle a lancé cet avertissement : « Les États-Unis et la Russie jouent avec le feu nucléaire. »
La guerre en Ukraine est devenue une guerre par procuration entre deux puissances nucléaires. Une escalade, un malentendu ou une défaillance technique pourraient conduire à l’utilisation d’armes nucléaires. Matthew Bunn, ancien conseiller de Bill Clinton, estime cette probabilité entre 10 et 20 % (National Public Radio, 4 octobre 2022). L’ancien ministre américain de la Défense Leon Panetta la situe quant à lui entre 20 et 25 % (Politico, 12 octobre 2022).
Le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn a rassuré le Parlement : « Pour l’instant », rien n’indique que la Russie ait activé ses armes nucléaires. Nous ne devrions pas « nous laisser effrayer par cela » et cesser de « soutenir l’Ukraine ».
Nous devons craindre les réacteurs nucléaires, pas les guerres nucléaires. Sinon, le moral de la population en pâtit. Nous sommes en guerre économique contre l’ennemi russe. Le moral est renforcé par des aides financières pour le gaz naturel et les granulés de bois.
L’historien suisse Daniele Ganser a estimé dans le journal *Das Wort* (5 novembre 2022) que si l’Ukraine devenait « un peu plus petite et la Russie un peu plus grande », ce serait préférable à une guerre nucléaire. La députée Stéphanie Empain est restée « sans voix ». Le ministre de la Défense François Bausch s’est dit « choqué » (Wort, 14/11/22).
Les responsables politiques verts minimisent le risque d’une escalade nucléaire. La logique de la frappe préventive, des représailles massives, de la capacité de riposte et de la surpuissance. Elle réduit à l’absurde la logique de leurs slogans héroïques : mieux vaut une Crimée contaminée qu’une Crimée russe ?
Les « Lignes directrices de la défense luxembourgeoise à l’horizon 2025 et au-delà » ne font aucune mention d’une menace nucléaire. Celle-ci dépasse l’imagination de l’armée. En 1955, le gouvernement a fait imprimer des dépliants intitulés « Comment survivre ? » présentant « six moyens de survivre à des attaques nucléaires ». En 1958, des affiches sur la pluie radioactive et les mesures de protection ont été diffusées. Depuis 2014, il existe une brochure intitulée « Que faire en cas d’alerte nucléaire ? », qui se limite à un accident à Cattenom.
Les armes nucléaires tactiques ont une puissance explosive supérieure à celle de la bombe d’Hiroshima. Leur radioactivité menace, dans un large périmètre, la santé, l’environnement et le climat. Leur utilisation aurait lieu à la même distance du Luxembourg que l’accident nucléaire de Tchernobyl.
Les bases nucléaires de Büchel, Nörvenich et Ramstein se trouvent à 80 kilomètres du Luxembourg, et celles de Kleine Brogel et Volkel ne sont guère plus éloignées. En cas d’utilisation d’armes nucléaires stratégiques, elles constituent les premières cibles.
Les armes nucléaires ne sont pas comparables à un accident nucléaire. La protection de la population n’est pas vraiment prévue. Il reste encore des comprimés d’iode à la mairie.