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Société 5 min de lecture

Et puis BB meurt !

La petite témoin de son époque

Article paru dans Édition janvier 2026
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C’était tellement douillet dans ma petite bulle, c’était la paix de Noël, avec ou sans Noël, ça n’avait aucune importance. Pyjama, pantoufles, un grand classique, les derniers biscuits, un bon livre… Quand, si ce n’est maintenant ? J’ai résilié mes abonnements aux journaux ; dans ma petite bulle, on a encore ce genre de choses, on lit encore ce genre de choses, on lit encore. Mais pas maintenant. Pas maintenant. Pas ça. Une cure de désintoxication, s’il vous plaît. Trumputin n’a pas le droit d’entrer.

Tout est calme dans ma bulle, mon groupe de pairs devient lui aussi de plus en plus tranquille : de beaux paysages, de beaux ciels, des petits sapins de Noël aux décorations variées, et bien sûr, le menu de Noël pour le chien et le chat. À Gaza, il pleut. Même depuis l’Ukraine, on s’accorde un congé loin du front ; seuls quelques courageux continuent à se battre. Ça pourrait durer éternellement. Sans rien d’autre. Ce bon livre compte mille pages.

Et puis BB meurt. Oui, on se dit – enfin, c’est ce que je me dis – encore une de plus. À part ça, je ne pense pas grand-chose. Si ce n’est qu’elle était incroyablement rapide. Qui est la plus belle de tout le pays ? De tout ce monde d’autrefois, si blanc ? Même l’univers aurait été à ses pieds, mais BB Barbarella l’a dédaigné. Ce nouveau type de beauté, si saine et si parfaite, ces femmes aux muscles, aux dents et à la crinière, comme on disait autrefois, quand l’animalité chez l’être humain n’était pas encore taboue. À la fois animale et aseptisée. Elle aurait pu être une œuvre d’art dans sa perfection clinique. Et en même temps, d’une vivacité déconcertante. Un tout nouveau type après les « terroristes aux gros seins » que sont Loren et Lollobrigida ; ce ne fut toutefois que Twiggy qui apporta la délivrance aux adolescents traumatisés par ces femmes au sang chaud.

BB rayonnait sur toutes les couvertures, son affiche était accrochée dans les casiers des soldats, les repaires de gamins et les cabines des chauffeurs routiers. C’est ce qu’elle dégageait : la bonne humeur ! Elle incarnait la nouvelle ère. Simple, sans pathos, d’une frivolité enfantine. Une surface lisse et lavable. La surface colorée de la nouvelle ère.

Une poupée de cire universelle, comme l’écrivait Duras, et en même temps celle qui fait ce qu’elle veut, telle que Beauvoir la voyait ? *Die Zeit* évoque une vie indomptée et l’icône même de la féminité affirmée. Mais alors, pourquoi cette icône – comme on dit aujourd’hui de manière galvaudée ; à l’époque, on parlait de « bombe sexuelle » – m’intéressait-elle si peu quand j’étais adolescente ? Pourquoi ai-je si peu vu de films avec elle ? Parce qu’elle appartenait encore à cette époque dont les Beatles venaient justement de nous sauver à grands cris ? L’époque des moue boudeuses, des jupons, celle où les femmes avaient des courbes – ou devaient en avoir –, où la lascivité et la soi-disant innocence se mêlaient de façon peu ragoûtante. Cet amalgame, aujourd’hui à peine supportable, entre la petite fille et la femme fatale. Je lis avec étonnement que Brigitte Bardot aurait été une féministe.

Féministe ! Fasciste ! Vieille fasciste ! C’est l’enfer sur le Facebook des mamies. Adieu l’amour et la paix de Noël, on se croirait à la belle époque ! Comme aux pires moments. Entre le coronavirus et Gaza, ou cette époque où les fanatiques de Poutine et les partisans de la course aux armements s’affrontent sans merci. Dans la petite bulle luxembourgeoise, ça fait des étincelles. D’extrême droite. Raciste. Elle préfère les animaux aux humains. Elle préfère les machos au mouvement #MeToo. Un artiste critique son aptitude à servir de modèle de masturbation. Une artiste envoie une antifasciste chez le psychanalyste. Les « j’aime » et les « je n’aime pas » fusent : tant les partisans du front pro-BB que ceux du front anti-BB s’interdisent mutuellement la fonction de commentaire sous leurs publications. Seuls les « j’aime » sont désormais autorisés.

Pourquoi ? Pourquoi est-il si difficile d’accepter la simplicité ? Que ce qui anime beaucoup de gens, c’est de la nostalgie. Rien que de la nostalgie. Un réflexe. C’est comme Noël ou Woodstock : les larmes coulent, sans qu’on les ait provoquées. Il s’agit d’un déferlement de souvenirs. Il ne s’agit pas de jugement. Ni de Jugement dernier. Il ne s’agit pas de savoir si elle était une personne formidable, un modèle rayonnant, si elle était une mère monstrueuse ou déjà une femme libre. Il ne s’agit pas de ce qu’elle a été, fait ou n’a pas fait au cours de sa longue, longue vie après sa carrière cinématographique. Ni même de savoir si elle était une grande actrice – elle ne l’était probablement pas. Il s’agit de l’image. Il ne s’agit que de l’image. Il s’agit de notre jeunesse ou de notre enfance. Il s’agit de souvenirs et de commémoration. De quelque chose. De quelqu’un.

Surtout à celui ou celle qui publie ce message.