La caméra se pose d’abord sur une vaste étendue d’eau, puis sur l’être humain qui se tient devant, le regard inquiet. S’agit-il de Timmy, ce petit baleineau en agonie qui mobilise actuellement toute l’empathie de pans entiers de la population allemande ? Ou bien de ce qui est sans doute l’endroit le plus célèbre du monde en ce moment, le détroit d’Ormuz ? Ici comme là-bas, rien ne bouge, ni dans la mort, ni dans ce jeu de blocage et de déblocage incessant ; tout végète, la baleine mourante, les navires, les informations, les talk-shows, les délibérations désemparées… Les bons conseils se font rares. Le carburant coûte cher. La petite baleine, prénommée Timmy, reçoit un soutien spirituel. Des « chuchoteurs de baleines » et des guérisseurs par l’imposition des mains se pressent autour d’elle ; sur un article du site Hope, on invoque la lumière de la prière et de l’espoir, on récite des psaumes. Dans l’église de Poel, où, selon le journal Bild, ça sent la pourriture et la Bible, on prie pour la petite baleine.
À la Maison Blanche aussi, on prie beaucoup ; le pape répond par la prière ; Trump se présente comme un sauveur, mais les incroyants ne le reconnaissent malheureusement pas. Le ministre de la Guerre arbore sur son avant-bras la belle devise des croisés : « Deus vult ». M. Vance descend actuellement des avions en saluant avec désinvolture, imbu de lui-même, gonflé d’orgueil, sur le point d’éclater de fierté. Puis les négociations capotent à nouveau.
En Hongrie, le « printemps hongrois » bat son plein. Devant ce décor magnifiquement mis en scène, existe-t-il une meilleure publicité pour un pays dont les derniers ambassadeurs étaient le paprika et Piroschka ? Et une fois de plus, tout est si beau, si réjouissant, si jeune… Ah, comme ils sont heureux ! Ah, les larmes coulent ! Même si tout ce que dit M. Magyar ne donne pas forcément des ailes et qu’il ne donne même pas sa bénédiction en ce jour béni. Vous vous souvenez comment nous avons pleuré, avec Obama ? Et puis, l’ivresse arabe ! Ce printemps fou, la place Tahrir, Le Caire ! Comme nous avons applaudi, encouragé, levé le pouce ! Puis est arrivé Al-Sissi. Il est toujours là. C’est ce qu’on appelle un facteur de stabilité.
Le régime iranien, avec ses serviteurs de l’État théocratique tout-puissants, omniscients et omniprésents, est stable. Ces messieurs à la barbe soigneusement taillée et au sourire sardonique attendent avec une sérénité céleste, dans le détroit, l’impertinent Américain. Ils l’ont acculé : « Coulez les navires ! », tel est le jeu du chat et de la souris auquel ils se livrent avec lui, et peut-être aussi entre eux. Dans la zone de commentaires qui nous est accessible, plus personne ne comprend depuis longtemps ce qui est en jeu.
Un acteur majeur se fait voler la vedette par ce M. Trump, personnage extrêmement instable qui réunit à lui seul tous les diagnostics à la mode : autisme, narcissisme, trouble borderline, TDAH. Cela ne le troublera guère, ni ne l’affectera le moins du monde : dans l’ombre de ce Trump déchaîné et chancelant, il poursuit son chemin, laissant derrière lui une traînée de sang. À travers les hameaux et les villages ukrainiens, ici un enfant mort laissé sur le bord de la route, là-bas un autre, et de temps à autre, il sème à nouveau la terreur parmi les habitants de Kiev. Cohérent. Fiable. Déterminé. Des valeurs à l’ancienne. Un impérialiste de la vieille école. Assisté par des dignitaires barbus brandissant de l’encens, qui le glorifient, lui et ses exploits, avec une pompe sinistre.
Dans le sud du Liban, un soldat israélien frappe à la tête un Christ en bois avec une masse. C’est un véritable tollé : Israël présente ses excuses à tous les chrétiens dont les sentiments ont été blessés, Netanyahou est terriblement consterné. Par ce qui s’est passé dans cette région qu’il vient tout juste de déclarer « zone de tir » pour Israël. Il vient tout juste de revendiquer le Sud-Liban comme un territoire où Israël dispose d’une « souveraineté en matière de mise à mort ». « Zone de mise à mort », tel est le terme utilisé par l’armée israélienne (IDF) et repris par certains médias germanophones, qui n’a suscité aucune vague d’indignation. Ce mot et ce qu’il désigne, Monsieur Netanyahu, ont blessé mes sentiments.
Un restaurateur du Brandebourg se défend quant à lui contre les allégations circulant sur Internet selon lesquelles il proposerait des bâtonnets de poisson « Timmy XXL ». À Poel, on continue de prier.