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Société 4 min de lecture

économie de guerre

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition septembre 2022
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Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, l’Union européenne et la Russie se livrent une guerre économique. Une défection coûterait plus cher au Luxembourg que « des sanctions qui auraient également un prix ». C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre Xavier Bettel devant le Parlement le 24 février. Pour le CSV, le prix n’était pas assez élevé. Dans une motion déposée le 27 avril, il a réclamé « un embargo total et immédiat sur les importations russes […] de gaz ».

Une guerre économique conduit à une économie de guerre. Elle se caractérise par une hausse des dépenses militaires, une économie de pénurie et l’inflation. Le ministre de la Défense, François Bausch, a annoncé le 24 juin son intention de porter les dépenses militaires à un milliard d’euros par an. Creos et Sudenergie se préparent à la pénurie de gaz avec un « plan de délestage ». Le 15 septembre, le Statec a mis en garde contre la hausse de l’inflation, qui devrait atteindre « un pic de 8,7 % au mois de janvier 2023 ».

L’inflation déclenche des luttes de répartition. La question est de savoir si ce sont les entrepreneurs ou les salariés qui en font les frais. Dans notre pays, ces luttes de répartition présentent deux particularités : la loi sur l’indexation oblige les entreprises à supporter le coût de l’inflation. La tripartite ritualise ces luttes de répartition sous la forme de sommets réunissant des responsables et des lobbyistes autour de la loi sur l’indexation.

La guerre économique a pour conséquences un choc des prix de l’énergie et une pénurie d’énergie. L’énergie est un bien de première nécessité. Le gaz ou l’électricité pour le chauffage et la cuisine sont indispensables à la vie. L’énergie est nécessaire à la production et au transport du pain et de l’acier, ainsi qu’à la comptabilité des fonds d’investissement. Plus ce bien de première nécessité devient cher, plus les entreprises doivent augmenter leurs prix pour couvrir leurs coûts. Et augmenter les salaires pour assurer la reproduction de la main-d’œuvre.

C’est pourquoi le gouvernement de la coalition tripartite a promis que l’État prendrait en charge la facture. En mars, l’OGB-L avait présenté les ajustements d’index comme le prix à payer pour le consensus social. Le gouvernement a désormais cédé. Il a apaisé les entrepreneurs déçus par des promesses discrètes.

Le gouvernement a annoncé un plafonnement des prix du gaz et de l’électricité. Ce plafonnement n’est pas un plafonnement. C’est tout le contraire. L’État ne fixe pas les prix. L’Office des prix, créé en 1944, a été supprimé en 2004. L’État prend en charge la différence entre les prix en hausse pratiqués par les fournisseurs et le prix plus bas facturé aux clients. Il subventionne les hausses de prix sans limite.

Les mesures de soutien des prix sont financées discrètement par des emprunts. Selon l’évolution des prix, ces subventions représentent deux ou trois pour cent du produit intérieur brut. C’est peu pour assurer la reproduction sociale. La dette publique reste à un niveau d’une faiblesse record.

L’objectif primordial ne tolère aucune « sélectivité sociale ». Les classes dirigeantes et l’État doivent se montrer capables de protéger non seulement les ouvriers, mais aussi les employés, les fonctionnaires et l’ensemble de la petite bourgeoisie. Il faut empêcher leur « lassitude face à la guerre ». Le prix du fioul domestique sera également réduit. Personne ne doit être laissé pour compte. Cela permettrait de mobiliser le CSV et l’ADR pour la campagne électorale.

Le 20 septembre, le Premier ministre s’est vanté sur Twitter d’avoir « dévoilé un plan anti-inflationnel qui, sous cette forme et de cette ampleur, n’a encore jamais existé au Luxembourg ». Ce plan anti-inflation n’est pas un plan anti-inflation. Il ne fait pas baisser les prix réels. Il prend en charge une partie des coûts supportés par les consommateurs. Dans le panier de consommation utilisé pour l’indice, le gaz, l’électricité et le fioul apparaissent moins chers qu’ils ne le sont en réalité.

Le revers de la médaille des subventions aux prix, c’est leur suppression. Il se peut que les prix du gaz et de l’électricité en Europe baissent de manière préventive d’ici un an. Sinon, le choc des prix qui a été reporté se produira à la fin de la période de subventionnement.

Dans les pays les plus pauvres, les prix de l’essence et des denrées alimentaires de base sont subventionnés. Pour permettre le remboursement de la dette, le Fonds monétaire international exige la suppression de ces subventions. L’explosion des prix entraîne alors des soulèvements populaires.