47 % de l’ensemble des dépenses publiques sont des dépenses sociales (Budget 2023. Finances publiques). En effet, l’État-providence légitime l’autorité de l’État. Les questions sociales sont souvent déterminantes lors des élections : indice, retraites. Les élections à la Chambre du 8 octobre sont-elles déjà jouées ? Ont-elles eu lieu le 3 mars au sein de la Tripartite ?
Autrefois, les négociations tripartites duraient des semaines, voire des mois. Les syndicats ne se laissaient pas toujours convaincre d’accepter des manipulations d’indices. On en venait alors à déclarer la fin de la tripartite. Le Premier ministre Xavier Bettel s’est longtemps opposé à la tripartite.
La réunion tripartite d’il y a 14 jours s’est déroulée à la manière d’un « speed dating ». Il ne s’agissait pas de supprimer des tranches d’indexation, mais de répartir des subventions. Le gouvernement, les syndicats et les entrepreneurs se sont rapidement mis d’accord. Ils ont conclu un accord sur une nouvelle « limitation de la hausse des prix du gaz », une « stabilisation du prix de l’électricité » et une « subvention du prix du gazole utilisé comme carburant ». Jusqu’à la fin de l’année prochaine, bien après les élections. Pour que les ménages puissent payer leurs factures d’énergie. Pour que les « marches blanches » des anti-vaccins ne ressurgissent pas sous la forme de « gilets jaunes » pendant la campagne électorale.
En ce qui concerne le financement de ces subventions, un secret d’État a été révélé : que la dette publique est négligeable. Que son taux d’intérêt réel est négatif. Que le DP peut encore se permettre de dépenser un demi-milliard en allègements fiscaux.
Les syndicats, le LSAP et le CSV souhaitaient adapter les tranches d’imposition au taux d’inflation. Le Premier ministre Xavier Bettel a décidé : « Qu’ils l’aient ! » Il a ainsi contourné sa ministre des Finances et les Verts. Il a ainsi privé le LSAP, le CSV et les syndicats d’un sujet de campagne électorale très prometteur.
La tripartite s’engage à respecter la loi : « Toute future tranche indiciaire sera appliquée conformément à l’article 3 de la loi modifiée du 25 mars 2015. » Cela évite au gouvernement de mener une campagne électorale sur la question de l’indice. En contrepartie, l’État prendra en charge, jusqu’à fin janvier, les augmentations de salaire nominal dues par les entreprises.
La présidente de l’OGBL, Nora Back, salue dans le Quotidien « un accord “largement au-delà de (ses) attentes” » (7 mars 2023). Au Parlement, Gilles Roth (CSV) promet : « Nous allons soutenir cet accord de Senning. » Fernand Kartheiser (ADR) déclare « que nous sommes satisfaits des mesures qui ont été prises » (7 mars 2023). La Chambre de commerce et l’Union des entreprises luxembourgeoises font preuve de retenue dans leurs revendications électorales. L’esprit du partenariat social plane avec sérénité sur la majorité et l’opposition, les syndicats et les entrepreneurs.
La coalition tripartite a débarrassé la campagne électorale de toute controverse. Elle est désormais entre les mains des agences de publicité. L’État les rémunère par le biais du financement des partis et du remboursement des frais de campagne. Les partis peuvent encore promettre une augmentation d’un pour cent des allocations familiales ou une baisse d’un pour cent de la taxe sur les chiens. Les élections ne sont pas censées trancher entre différentes options politiques. Elles visent à consolider l’hégémonie des classes possédantes.
En 2013, l’État CSV touchait à sa fin. Ces jeunes hommes pleins d’entrain voulaient ouvrir grand les fenêtres. Ils répandaient un vent de renouveau. Aujourd’hui, les fenêtres sont fermées depuis longtemps. En ces temps de guerre, de crise climatique, d’inflation et de hausse des taux d’intérêt, c’est le repli sur soi qui est de mise : l’ordre (DP), la sécurité (CSV), l’harmonie (LSAP), la propreté (Les Verts).
Lors des élections, les classes moyennes sont déterminantes sur le plan numérique. Elles sont structurellement ennuyeuses. Elles poursuivent des objectifs professionnels tels que ceux de conseiller fiscal ou de comptable. Elles se contentent de regarder des séries sur Netflix pour se divertir. En période d’agitation, elles aspirent à l’ennui. Rien n’est plus ennuyeux qu’un dimanche après-midi. Celui qui promet un dimanche après-midi pour tous, pour toujours, remporte les élections.
Les têtes de liste sont prêtes : le jeune Premier ministre du DP a désormais cinquante ans. Le LSAP présente une fonctionnaire d’âge mûr. Le CSV a ressorti de l’oubli « l’homme d’hier ». Peut-être que les élections ne sont pas encore jouées. En tout cas, la Tripartite les a reportées jusqu’à fin 2024.