Le modèle luxembourgeois serait une réussite. C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre Xavier Bettel devant le Parlement la semaine dernière. Ce serait l’histoire d’un pays « où l’on discute ensemble, plutôt que de se faire la guerre ». Il a néanmoins dû, dans son discours sur l’état de la nation, évoquer à trois douzaines de reprises les notions de se rassembler, d’agir ensemble, de réussir ensemble, d’avancer ensemble, de rester unis, de vivre ensemble et de travailler ensemble. Il a promis : « À l’avenir, nous voulons miser encore davantage sur la participation citoyenne ».
En effet, plus de 8 000 personnes ont signé une pétition sur le site Internet du Parlement afin qu’un référendum soit organisé sur la prochaine réforme constitutionnelle. Une pétition contre la vaccination obligatoire a quant à elle recueilli 11 000 signatures. Vêtues de blanc, symbole d’innocence, 3 000 personnes ont défilé vendredi dans la capitale pour s’opposer à la vaccination contre la Covid et au passeport vaccinal.
Les manifestations se confondent : lors d’une table ronde organisée par le Parlement sur la révision constitutionnelle, les questions du public ont porté principalement sur la vaccination la semaine dernière. Lors du rassemblement contre le Covid, des manifestantes ont réclamé, à l’aide de pancartes, un référendum constitutionnel. Une manifestation similaire s’était organisée en 2015 contre le plan d’austérité, le droit de vote des étrangers et la coalition libérale de réforme. Elle avait abouti au fiasco du référendum. Le gouvernement avait alors fait volte-face.
Les manifestants actuels ne sont pas dans le besoin. Ils se sentent trompés : les partis avaient promis, dans leurs programmes électoraux, un référendum constitutionnel. Aujourd’hui, ils se dérobent en recourant à des subtilités juridiques. Le gouvernement avait promis de ne contraindre personne à se faire vacciner contre la pandémie de Covid. Or, avec la nouvelle loi Covid, il accentue la pression sur les non-vaccinés. Cette loi donne carte blanche aux employeurs. Elle tend un piège aux syndicats.
La contestation vise la coalition écolibérale. Elle recoupe son électorat. Elle prend la coalition au mot. C’est la méfiance des Verts envers la médecine conventionnelle et la « pensée calculatrice », l’appel à la démocratie directe lancé par une société civile innocente. C’est l’idéologie libérale de la désolidarisation, de l’égoïsme et de l’hostilité envers l’État. La fierté d’avoir le droit de ne pas se sentir responsable des autres. Le CSV manœuvre. L’ADR est dans son élément.
Le gouvernement fait le calcul : si 80 % de la population est vaccinée, la contestation contre la vaccination s’estompera. Si moins de 25 000 personnes signent la pétition, les appels à un référendum s’éteindront. Il redoute davantage la prochaine contestation : celle contre la fin du « compromis de classe fossile ». Contre la décision de déterminer qui supportera les coûts de la transition prévue vers le capitalisme vert. Le 24 septembre, la fédération industrielle Fedil a exigé, sur un ton menaçant, la nationalisation de ses frais.
Le mouvement des Gilets jaunes en France a montré ce à quoi peut conduire une « taxe carbone ». Xavier Bettel a appelé à « protéger les citoyens contre les énormes répercussions financières de la crise climatique ». La prochaine manifestation ne serait pas seulement un mouvement idéologique mené par des citoyens qui ne connaissent pas la précarité. Ce serait aussi un mouvement économique mené par des ouvriers, des petits salariés et des retraités en situation de précarité.
Le gouvernement encourage la transformation des procédés de production tout en préservant les structures de propriété. Afin de légitimer la politique environnementale technocratique imposée d’en haut, il a annoncé un « Klima-Biergerrot ». C’est ainsi que l’on pourrait traduire « Convention citoyenne pour le climat ». C’était, en 2019, la réponse du président Emmanuel Macron aux Gilets jaunes.
Mais le lendemain de la déclaration de Xavier Bettel, le ministre des Finances Pierre Gramegna se montrait optimiste : la stabilité de son back-office local semble valoir quelques sous aux capitaux internationaux. Peut-être cela permettra-t-il même de financer un nouveau compromis de classe décarboné.