Il y a de bonnes raisons de ne pas aimer les chiens. Ils sont turbulents, ils font du bruit, ils sentent mauvais. Leurs ancêtres étaient des animaux vivant en meute et organisés selon une hiérarchie. C’est pourquoi ils se comportent comme des chiens. C’est ce qui en fait de bons animaux de travail.
En 36 avant J.-C., le grand propriétaire terrien Marcus Terentius Varro écrivit trois ouvrages sur l’agronomie. Il y distinguait trois catégories d’outils agricoles : « instrumenti genus vocale et semivocale et mutum » (De re rustica, I, 17). Les esclaves étaient considérés comme des outils « qui parlent », les animaux de trait comme des outils « qui aboient » et « qui hennissent », et les pelles et charrettes comme des outils « muets ».
Selon Varron, les chiens font partie des outils « qui aboient ». Dans notre pays, les chiens étaient les chevaux et les bœufs des petits artisans. Ils travaillaient à la production et actionnaient, à l’aide de roues à aubes, les soufflets des forgerons. Ils travaillaient à la distribution et tiraient les charrettes des marchands de lait. Ils travaillaient à l’agriculture et gardaient les troupeaux ou surveillaient la maison et la ferme.
Aujourd’hui encore, les chiens sont principalement utilisés à des fins répressives. La loi sur les chiens du 9 mai 2008 énumère sept races élevées pour en faire des machines de combat psychotiques. En Amérique, les conquistadors et les propriétaires de plantations ont dressé des chiens pour chasser les Indiens et les esclaves. Aux douanes, les chiens recherchent des substances interdites.
Le LSAP promet la justice sociale. Les Verts promettent un environnement sain. Mais lorsqu’ils sont au pouvoir, ils ne parviennent plus à tenir leurs promesses. Il en va de même pour le CSV et l’aile droite du DP : ils prônent depuis toujours la loi et l’ordre. C’est pourquoi leurs grands-pères ont voté, le 23 avril 1937, une loi muselière. Non pas pour les chiens, mais pour les communistes.
Le 7 septembre, la maire Lydie Polfer a brossé sur RTL un tableau dramatique du quartier de la gare de la capitale : Elle s’indigne de voir « le trafic de drogue se dérouler en pleine rue, ces gens qui s’injectent leur dose en pleine rue, dans les parties les plus intimes de leur corps ». Et au milieu de tout cela, tous ces petits délinquants : « Il y en a vingt, trente qui se tiennent là, ensemble, et qui dealent au grand jour. »
C’est un bilan lamentable pour une coalition au pouvoir depuis quatre ans, pour une maire qui, à quelques interruptions près, occupe ses fonctions depuis bientôt 40 ans. Pourtant, personne ne se sent responsable de toute cette misère humaine à ciel ouvert. Le DP et le CSV font comme si quelqu’un d’autre dirigeait la ville. Ils ne sont capables d’assurer ni l’ordre ni la sécurité. Ils se renvoient obstinément la responsabilité : au gouvernement, à la justice et à la police.
Une société privée de surveillance et de sécurité patrouille dans le quartier de la gare pour le compte de la ville. Elle transforme quelque peu l’espace public en espace privé. Chaque année, 4GS réalise un chiffre d’affaires de 18 milliards de dollars dans 85 pays. Dans le quartier de la gare, les quelques agents en uniforme de 4GS ne sont pas là pour éliminer la misère humaine. Ils ne sont même pas là pour la surveiller ou l’enfermer. Ils sont là pour faire figure de contre-pouvoir face à l’État. Ils sont censés rappeler l’âge d’or d’avant 1930, avant que ne commence la nationalisation des polices locales.
Le monopole de l’État sur l’usage de la force exige encore que les agents de sécurité ne soient pas armés. Ils sont accompagnés de chiens. Il y a deux semaines, quatre agents de sécurité de la société 4GS ont roué de coups un homme ivre sur l’avenue Al. Ils ont ensuite lâché l’un de leurs deux chiens sur lui. Le chien a blessé l’homme, qui a dû être hospitalisé.
Cet homme n’a pas reçu une balle dans la jambe, mais a été mordu à la jambe. Les agents de sécurité ont des chiens à la place de pistolets. Marcus Terentius Varro dirait : des armes qui aboient. Ces armes archaïques sont sécurisées par une muselière. Pour désamorcer l’arme, les agents de sécurité retirent les muselières. Puis ils crient : « Attaque ! Attaque ! » Les armes se déchaînent. Après coup, la maire rejette la faute sur l’arme : « Ce chien, il s’est comporté comme on n’aime pas dire qu’il devrait se comporter. »