« Quarante-huit d’un seul coup ! », se vante l’homme orange à la Maison Blanche. « Ça commence bien ! », s’accordent à dire la plupart des commentateurs et commentatrices européens. Les médias français parlent de décapitation. Décapité. Un dragon décapité.
Désormais, l’homme au visage serein qui, d’un air à la fois sévère et bienveillant, tel un père céleste, salue ses sujets depuis les murs des maisons de Téhéran n’est plus là, ce qui plonge dans l’extase les gens intelligents, cultivés, beaux et bien habillés des villes européennes. Une partie d’entre eux se rassemble sous l’effigie d’un homme qui les fixe d’un regard séduisant, avec un visage aux traits imposants qui semble étrangement familier à la vieille dame. N’est-ce pas le… ? N’est-il pas issu de la lignée des… ? Déjà, devant son œil intérieur, apparaît la belle dame à la coiffure en tour ; dans son enfance, toutes les femmes qui voulaient être des dames se faisaient ériger de telles tours capillaires sur la tête. Elle était la reine du charme et la reine de Perse, elle était la reine des couvertures de tous les magazines illustrés. Son époux, qui se tenait à ses côtés, débordant de fierté et de décorations, s’appelait le Shah. Fier comme un paon sur son trône de paon. Auparavant, il avait eu une autre femme, qu’il avait répudiée. Parce qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants. Farah Dibah, aux yeux de biche, en pouvait ; l’aîné s’appelait Reza et il regarde désormais depuis les affiches.
« Trois jours de guerre, et déjà le prix du pétrole et du gaz grimpe ! », se lamente un journal de métro autrichien. Dans Bild, une personnalité – peut-on encore dire cela ? – s’inquiète pour son fils de quatorze ans. Rocco est seul à Dubaï. On pleure beaucoup à la télévision ces jours-ci : des pères de famille, retranchés avec leurs proches dans des hôtels de luxe, implorent qu’on les délivre ; c’est pire que le coronavirus !
À partir du troisième jour, on commence à s’y habituer : une guerre s’installe, ceci explose, cela est coulé ; dans le ciel de CNN, on voit des variations de choux-fleurs, des formations nuageuses sifflantes, tandis que les experts répètent leur ignorance à peine dissimulée. Jusqu’à ce que plus personne ne veuille en entendre parler. Sur les réseaux sociaux, les passions s’essoufflent, on ne peut pas passer son temps à détester, on « like » sans conviction, par lassitude. L’école de filles en Iran : faut-il mobiliser les emojis de vin ? Ou crier « c’est un fake » ? On se tourne à nouveau vers d’autres peurs, l’offre est immense.
Mais voilà que le fou furieux de la Maison Blanche – restez à l’écoute ! – annonce déjà à ses innombrables followers une vague imminente. On peut supposer qu’il parle d’une vague de violence. Son assistant zélé promet des mesures musclées à l’ancienne. Des coups durs, comme au bon vieux temps.
Le dragon a été décapité, et bien sûr, on compte aussi les victimes collatérales. 1 097 civils tués en Iran ! C’est le matin du quatrième jour. Ceux qui ont été exilés sur des îles artificielles dans ce paradis du shopping se plaignent que leurs frais d’hôtel ne soient pas pris en charge.
Sous une épaisse couche de maquillage de comédien de cabaret, le grand farfelu se prélasse dans son petit bouge doré, entouré de partisans bien dressés qui acquiescent, le genre n’ayant ici aucune importance. Au chancelier allemand, qui fait bonne figure avec une nonchalance bien élevée face à la roulette américaine, il adresse une plaisanterie bienveillante et fantaisiste, tandis que des mesures disciplinaires sont annoncées aux Espagnols rebelles.
Non seulement le shah défunt, mais aussi le commandant des commandos, pieux mais meurtrier, ont tous deux un fils à leur image. Celui-ci est présenté comme le nouveau candidat à la peine de mort. Le journal *Bild* clame haut et fort que ce potentat en devenir serait impuissant.
Deux mille cibles touchées ! Vingt navires coulés ! Ce n’est qu’un début ! s’exclame avec fureur le ministre américain de la Guerre, se vantant comme un voyou de cour de récréation qui, aveuglé par la rage, s’acharne à piétiner ceux qui gisent à terre, se vantant de son injustice, ne prenant même plus la peine d’enrober cette rupture avec la civilisation d’un voile d’hypocrisie. Avec des valeurs décoratives. Cette vague de violence dont personne ne sait tout ce qu’elle entraîne dans son sillage.
Et tandis qu’une poignée d’hommes de l’âge de pierre et quelques chevaliers de l’enfer se livrent à des aventures hasardeuses et délirantes, le spectre conjugal de la présidence américaine préside une séance du Conseil de sécurité de l’ONU. « La paix par l’éducation », telle est la devise.