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Société 8 min de lecture

C’est un texte vraiment méchant

Notes sur l'amour des animaux et l'humanité

Article paru dans Édition novembre 2025
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Oui, c’est toujours un plaisir de voir les gens prendre pleinement conscience de la valeur et de l’importance des animaux. Jusqu’à présent, l’amour des animaux ne se manifestait généralement qu’à table. Il s’exprimait à coups de couteau et de fourchette. Heureusement, cette disproportion flagrante appartient désormais au passé. Nul autre que notre vice-Premier ministre, Xavier Bettel, a récemment déclaré que l’animal était un être à part entière. Il a officiellement qualifié son teckel de « nouveau membre de la famille ». Il s’agit là d’un exploit politique historique. La séparation entre le règne animal et le monde des humains est ainsi abolie. Ce chien de compagnie, qui porte le nom sans équivoque d’Aspro, semble en outre être un analgésique efficace. Il agit immédiatement lorsque le ministre se plaint de maux de tête liés à son travail. Mais ce qui est bien plus significatif, c’est que ce petit cabot jouit de droits étendus. Il a même le droit de mettre en pièces les hortensias devant la porte d’entrée de Bettel. Cela ne donne pas lieu à des salves d’insultes ni à des réprimandes violentes ; non, ce chien adoré est félicité et choyé pour son audace. C’est tout simplement un chien humanisé de bout en bout et il peut donc se comporter comme le font parfois les humains : sans égard pour les autres, maladroit, égoïste, imprévisible et têtu.

Aspro est désormais tellement émancipé qu’il est autorisé à se montrer au plus haut niveau de l’État. Lors des visites d’État, il se mêle sans aucune gêne aux représentants politiques. On ne saurait trop souligner l’importance de cette avancée animale. Finie l’époque où des maîtres et maîtresses supérieurs promenaient leurs petits chiens dociles. Aujourd’hui, cette hiérarchie rigide s’est heureusement effondrée. Des quadrupèdes soucieux de leur santé traînent leurs bipèdes réticents vers une séance régulière d’exercice physique. Cette corvée quotidienne ennuyeuse s’est transformée en séance de thérapie. Il suffit de voir comment, chaque matin, d’innombrables chiens traînent leurs maîtres encore à moitié endormis à travers le quartier. Si ces paresseux humains, réfractaires à l’exercice, ne se plient pas à la volonté de leur compagnon, la laisse est tout simplement tirée plus fort. Il paraîtrait même qu’il y ait déjà des médecins qui prescrivent un chien aux ennemis particulièrement tenaces de l’air libre. Finies alors les excuses bidon. Sors du lit, espèce de parasite, ou je vais t’assaillir d’un concert d’aboiements qui te fera siffler les oreilles !

Quoi qu’il en soit, la socialisation et la démocratisation des chiens font d’énormes progrès. C’est avec émotion que nous apprenons qu’ils sont désormais les bienvenus dans les piscines et les salles de cinéma. C’est tout à fait juste. Les chiens ont toujours été doués sur le plan athlétique. De même, leur connaissance approfondie de l’art cinématographique a été ignorée bien trop longtemps. Enfin, la dimension intellectuelle de l’existence canine se révèle au grand jour. Le « chien de lecture » (ne riez pas, ce n’est pas une blague) est particulièrement en vogue ces derniers temps. Cet animal spécialisé se blottit contre les enfants qui ne brillent pas forcément par leurs performances lorsqu’ils lisent à haute voix des livres. La tendresse de ce chien les apaise, et leurs blocages face à la lecture disparaissent d’eux-mêmes. Cet exemple peut être développé. Pourquoi ne pas également faire appel à des « chiens de bureau », qui guideraient avec amour et patience les fonctionnaires surmenés vers le chemin de la sérénité ? Ou encore des chiens « smartphones », capables de flairer les gadgets électroniques partout et à tout moment, et même, si nécessaire, de mordre résolument un téléphone portable pour le leur retirer ? Ou des chiens « télévision », qui aboient à l’oreille des téléspectateurs épuisés pour les empêcher de sombrer dans les bras de Morphée ?

En principe, aucun chien ne devrait plus être exclu des lieux de vie des humains. Cette consigne archaïque et injuste « On doit rester dehors ! » devant les boucheries n’a plus aucune raison d’être. Nous savons désormais tous que les chiens de boucherie sont hautement qualifiés. Loin de se jeter sur la vitrine de viande, ils détectent avec brio les arômes les plus alléchants. Ils nous aident à faire nos courses.

Selon certaines informations, le premier chien footballeur local ferait ses débuts ce soir lors du match international Luxembourg-Allemagne. Dès la première mi-temps, il sera envoyé sur le terrain aux côtés des footballeurs luxembourgeois. Nous pouvons d’ores et déjà prédire qu’il va révolutionner le football en un clin d’œil, pardon, en un coup de patte. El Mala, Sané, Woltemade, Schlotterbeck et Adeyemi n’ont qu’à bien se tenir. Car Goalie, le chien footballeur, va leur donner une leçon époustouflante. Il arrache le ballon des mains des héros allemands sur la pelouse et ne le lâche plus. Il va démontrer de manière spectaculaire ce qu’est la joie de jouer à la manière d’un chien : l’anarchie à l’état pur, une envie irrépressible d’enfreindre les règles, des ébats sans queue ni tête, et pour couronner le tout, peut-être une morsure courageuse dans le ballon. On entend déjà le commentateur enthousiaste : « Les champions, qui valent des millions, n’ont encore jamais vécu le football ainsi. C’est une image digne des dieux : la redoutable équipe nationale allemande court après un chien surexcité et enthousiaste. L’arbitre siffle à s’en casser la mâchoire, en vain. Le match est interrompu sans résultat. Mais Goalie a conquis le cœur du public. Oui, la variante luxembourgeoise du football a encore de l’avenir. Un seul chien de football, rusé et incroyablement vif, plutôt qu’une équipe entière de onze traînards aux pieds lourds et à l’esprit embrumé, vêtus du maillot national. À l’avenir, le monde tremblera devant la FLF. »

Nous sommes sur la bonne voie. Nous considérons de plus en plus le chien comme un partenaire à part entière et une source d’inspiration. Malheureusement, il reste encore quelques personnes bornées qui ont du mal à accepter l’intelligence des animaux. Ils rapportent des faits effrayants : dans la ville thaïlandaise de Lopburi, des centaines de singes sèment le chaos, giflent les touristes et occupent même le commissariat de police. La situation est encore pire au Japon. Des ours noirs d’Asie s’en prennent aux gens en pleine rue, et l’armée doit intervenir pour chasser ces bêtes agressives. Chez nous, il y aurait des renards qui tuent sans scrupules des poules, et des loups qui attaquent des moutons dans la nuit noire. Sans parler des tiques presque invisibles qui s’enfoncent sans crier gare dans la chair humaine et empoisonnent leurs victimes avec la terrible borréliose. Mais qu’est-ce que ce sont donc pour des contes effrayants ? Tout est une question de point de vue.

Ce que l’on reproche aux singes thaïlandais de considérer comme une gifle n’est en réalité qu’une tentative affectueuse de caresse. Les singes se comportent de manière vive et pleine d’entrain, comme le veut leur nature. Les touristes ne devraient pas se montrer si capricieux. On peut bien se faire caresser un peu plus vigoureusement de temps en temps. Ce n’est pas la fin du monde. Les ours japonais, eux aussi, ne recherchent que des marques d’affection. Ils s’aventurent au milieu des gens pour les serrer chaleureusement dans leurs bras. Si les humains sont assez bêtes pour ne pas répondre à cette affection, ils ne doivent pas s’étonner que les ours s’énervent. Et les poules feraient mieux de se détendre lorsque le renard vient leur rendre visite. Il ne cherche qu’à leur donner un petit coup de dent affectueux. Rien n’est plus dévastateur qu’un amour rejeté. On comprend alors pourquoi le pauvre renard perd soudain la tête. Il en va de même pour les loups. Ils n’aiment pas du tout que les moutons se rebiffent avec arrogance et repoussent en vain leurs avances affectueuses. Le mythe des tiques malveillantes est lui aussi rapidement réfuté. Aucun petit animal ne va aussi loin dans son amour pour les humains. Imagine, mon amour : « I am under your skin ! »

Espérons que l’époque des malentendus grotesques touche bientôt à sa fin. Les animaux en général, et les chiens en particulier, nous sont fondamentalement bienveillants. Alors si, un de ces jours, un rottweiler met votre tout-petit en pièces, croyez-en le propriétaire du chien : n’ayez crainte, il veut juste jouer. L’Homo sapiens, un peu lent à la compréhension, doit encore apprendre les règles subtiles de ce jeu. Mais alors, tout deviendra merveilleusement harmonieux et tendre. Et maintenant ? Il ne nous reste plus qu’à déplorer, avec Bertolt Brecht : « Le rideau tombe et toutes les questions restent sans réponse. »