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Société 4 min de lecture

Cartes d’adhésion au parti lors de la prise de fonction

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition janvier 2022
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Une nouvelle ministre des Finances est en fonction depuis la semaine dernière. Yuriko Backes ne s’est jamais exprimée publiquement sur les impôts ou les dépenses publiques. C’est pourquoi elle fait l’objet d’éloges dithyrambiques.

Une ministre des Finances doit veiller à ce que les recettes et les dépenses de l’État s’équilibrent. Elle doit se conformer au dogme libéral : en cas de doute, réduire les dépenses, ce qui touche les plus démunis. Plutôt que d’augmenter les impôts, ce qui toucherait les nantis. Depuis 1984, la « coordination des initiatives visant à promouvoir la place financière » relève également de la compétence des ministres des Finances. Cela fait des préoccupations du lobby le plus puissant une mission d’État.

Les Premiers ministres Pierre Dupong, Pierre Werner, Jacques Santer et Jean-Claude Juncker n’ont pas toujours voulu partager le pouvoir. À une époque, ils étaient également ministres des Finances. Les dauphins du CSV devaient faire leurs armes au ministère des Finances : sous Pierre Frieden, Pierre Werner a été ministre des Finances avant de devenir Premier ministre. Sous Pierre Werner, Jacques Santer est devenu ministre des Finances avant de devenir Premier ministre. Sous Jacques Santer, Jean-Claude Juncker est devenu ministre des Finances avant de devenir Premier ministre. Sous Jean-Claude Juncker, Luc Frieden est devenu ministre des Finances avant que le CSV ne percute l’iceberg.

À la suite de la crise bancaire, l’Union européenne a renforcé son pacte de stabilité. En 2014, le Parlement l’a adopté par 55 voix contre 60. Ce pacte place les finances publiques sous la tutelle de l’UE. Il érige le dogme libéral en loi divine : aucun député n’a plus à se sentir tenu de respecter le mandat que lui a confié son électorat. La souveraineté budgétaire parlementaire s’appelle désormais « populisme ». La Banque centrale européenne est elle aussi indépendante des élus. Elle doit veiller à empêcher toute hausse des salaires pour les travailleurs et toute dépréciation monétaire pour les classes possédantes.

Pour se justifier, les experts marmonnent des formules alchimiques sur les objectifs budgétaires à moyen terme et la dette publique implicite. Les taux d’intérêt nuls et la pandémie de coronavirus ne facilitent pas leurs incantations. Une note « triple A » atteste que les finances publiques sont parfaitement conformes aux attentes des banques, des compagnies d’assurance et des fonds d’investissement.

Le ministère des Finances reste un ministère stratégique. C’est toujours lui qui décide qui paie des impôts et qui reçoit l’argent. Seulement, ces décisions passent désormais par Bruxelles et par les « traités ». Là où elles sont « blanchies » afin de dissimuler leur origine.

Lorsque des hommes politiques deviennent ministres des Finances, cela donne involontairement l’impression qu’ils disposent d’une marge de manœuvre. Par exemple en matière de redistribution sociale. Depuis le durcissement du pacte de stabilité, les technocrates dotés d’une expérience diplomatique s’avèrent être les ministres des Finances idéaux. Pierre Gramegna et Yuriko Backes ont intériorisé le dogme libéral au sein d’un lobby d’entrepreneurs ou de la Commission européenne. Ils n’offrent pas la même surface d’attaque politique qu’un dirigeant d’Ernst & Young ou de KPMG, que le DP aurait peut-être préféré.

Les technocrates dotés d’une expérience diplomatique ont le sens de la raison d’État. Ils choisissent leur affiliation politique au moment de prendre leurs fonctions. Si Jean-Claude Juncker avait appelé, ce serait celle des chrétiens-sociaux. Cette souplesse facilite les revirements d’opinion concernant les mesures d’austérité, l’échange d’informations ou le déficit public.

Grâce à leur expérience diplomatique, ils connaissent bien Brest-Litovsk. Ils ont appris à négocier dans des situations apparemment sans issue. Dans cette bataille de retraite menée par le paradis fiscal, ils ne cèdent pas un centimètre de territoire de plus que nécessaire.

Pierre Gramegna s’est alors présenté aux élections. La vanité risquait de transformer ce technocrate en homme politique. C’est pourquoi il a décidé de se retirer. Avec sa successeure, le Premier ministre a une nouvelle fois réussi un « copier-coller ».