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Société 4 min de lecture

Ça coûte ce que ça coûte

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition décembre 2021
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Dans les jours à venir, le Parlement adoptera le projet de budget de l’État pour 2022. En amont, les organismes et les groupes de pression examinent ce projet. Ils se répartissent en trois groupes : les deux chambres professionnelles des salariés sont keynésiennes et défendent l’État-providence. Les trois organisations professionnelles des entrepreneurs se posent en partisans radicaux du marché et réclament le soutien de l’État. Les instances publiques suivent les directives de la Commission européenne, dont l’objectif est la compétitivité internationale.

Pour 2022, le gouvernement prévoit un déficit budgétaire de un milliard et demi d’euros. La dette publique dépasse désormais les 19 milliards d’euros. En l’espace de cinq ans, la dette a augmenté de
50 %. Tout comme sous Luc Frieden, la politique budgétaire de Pierre Gramegna n’a pas été à la hauteur de ses ambitions.

Le Conseil national des finances publiques est, avec la Banque centrale, le gardien de l’austérité de Maastricht. Il juge le projet de budget « pleinement conforme » (p. 6). « [L]e déficit diminuera progressivement » (p. 45). Le Conseil d’État ne s’inquiète pas non plus : « Même en l’absence d’application de la clause dérogatoire, un tel solde ne déclencherait pas le mécanisme des mesures de correction » (p. 7). La Cour des comptes rassure : « [L]a dette de l’administration publique reste nettement en dessous du seuil maximal » (p. 66). Ce n’est que dans une « optique de plus long terme qu’un assainissement des finances publiques sera nécessaire » (p. 67). « À long terme, nous serons tous morts » (J. M. Keynes, A Tract on Monetary Reform, p. 80).

La Chambre de commerce n’a plus peur du déficit et de la dette. La situation financière de l’État « devrait s’améliorer ». Le gouvernement promet que les choses vont s’améliorer. La Chambre de commerce « ne pourrait que se réjouir de la concrétisation de cette prévision » (p. 25). La Chambre des métiers estime que « le recours à la dette en période de crise est justifié ». Cela vaut également pour « une hausse exceptionnelle des dépenses » (p. 42).

Pendant longtemps, les gardiens de la discipline budgétaire n’ont fait preuve d’aucune indulgence face aux déficits budgétaires et à l’endettement. En 2013, le Conseil d’État s’était indigné « que les gouvernements successifs ne maîtrisent pas suffisamment l’évolution des dépenses » (p. 11). La Cour des comptes avait exigé en 2013 « d’inscrire dans la loi les contraintes en matière de dette comme de dépenses » (p. 46). Le Conseil national des finances publiques avait prédit en 2015 que le déficit « deviendrait suffisamment important dès 2016 pour déclencher le mécanisme de correction » (p. 10). Il bluffait. La Chambre de commerce a averti en 2013 que les finances publiques « ne sont guère soutenables » (p. 39). À l’époque, le déficit et la dette publique n’atteignaient que la moitié de leur niveau actuel.

Pendant longtemps, les lobbies patronaux et les experts ont réclamé la discipline budgétaire. Ils entendaient par là la discipline économique imposée aux classes sans ressources. La politique budgétaire du docteur Schäuble a profité au secteur financier et à l’industrie d’exportation. Puis vint l’abandon progressif de la discipline budgétaire : après le référendum et les élections européennes, Pierre Gramegna a annoncé, le 27 avril 2016, un déficit budgétaire à moyen terme de « moins 0,5 % du PIB ». En 2019, le terme alarmiste de « dette publique implicite » liée aux droits à la retraite a disparu des rapports budgétaires. Au début de la pandémie de Covid, le Premier ministre Covid Bettel a ouvert les vannes le 25 mars 2020 : « Ça coûte ce que ça coûte. »

Les défenseurs de l’austérité ne veulent plus entendre parler de discipline budgétaire. Ils devraient désormais l’appliquer à eux-mêmes. Car ils font la queue pour obtenir des fonds publics, des aides liées au coronavirus et des subventions pour le climat. Celles-ci sont financées par le déficit et la dette. La Chambre des métiers « se réjouit que le gouvernement s’abstienne, à ce stade, de mettre en œuvre une politique d’assainissement des finances publiques », car cela impliquerait des hausses d’impôts (p. 45). L’essentiel, c’est que « l’État réalise son ambitieux programme d’investissement » (p. 42). Pour que les caisses du secteur du bâtiment continuent de sonner.