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Société 5 min de lecture

Bonne année !

La petite témoin de son époque

Article paru dans Édition janvier 2023
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La bonne nouvelle : Noël est passé. Et le Nouvel An aussi, et nous sommes redevenus nous-mêmes, enfin. Nous n’avons plus besoin de nous replier sur nous-mêmes ni de perdre la tête, simplement parce que l’année a ses jours et ses nuits. Après tout, ce n’était pas si terrible que ça, c’était encore une fois si beau, comme toujours, d’une beauté effroyable. Nous avons survécu aux guerres mondiales et aux guerres de roses, alors on peut bien surmonter Noël sans problème.

C’est fait, nous avons franchi le cap. Nous n’avons plus besoin de souhaiter, souhaiter et souhaiter encore, comme des êtres envoûtés. Comme des exilés dans une période intermédiaire. Le sortilège est rompu. Finies les nuits blanches du Nouvel An passées à ressasser les « si seulement » et les « j’aurais aimé ». On ne va plus se creuser la tête pour savoir comment formuler correctement nos vœux. On ne va plus se contenter de faire défiler distraitement, de « liker » en bâillant, d’ajouter un emoji, un cœur. Sérieux et pourtant plein d’humour, adapté à chacun, sans être intrusif ni traumatisant. Du fond du cœur. Ou simplement avec courtoisie, n’est-ce pas mieux que rien ?

Peut-être que quelqu’un aura une crise de panique en voyant s’afficher sur son mur un « Joyeuse nuit de Noël » poétique ? Ou des frissons lorsqu’un « Merry Xmas » tout droit sorti d’un magasin discount des années 90 – on appelait ça « cool » à l’époque – apparaîtra chez elle ? Le mieux, c’est quand même d’opter pour un « Joyeuses fêtes », neutre, hypoallergénique, sans encens, foie gras ni guirlandes, comme ça, on ne peut pas se tromper. Tout le monde aime ça : les croyants, les laïcs et les personnes hypersensibles.

Ou faut-il simplement laisser tomber ? On se fiche bien de 7 000 amis inconnus, et eux aussi de nous, alors pourquoi faire semblant ? Et ceux qui en connaissent un, en connaissent un de toute façon. C’est comme ça, après tout. Et voilà qu’on se retrouve là où on en était à 13 ans, quand on n’a plus jamais envoyé de carte avec un enfant et une crèche à sa marraine, avec un « Joyeux Noël » joliment écrit sur des lignes tracées à la règle au crayon, puis effacées par la suite.

Mais… d’une certaine manière, d’une certaine manière… c’est quand même beau, ces joyeux Noëls, ces nombreuses bonnes années nouvelles, qu’y a-t-il de mal à cela ? Qu’y a-t-il de mal à souhaiter du bien ? L’humanité le fait depuis la nuit des temps, l’homme préhistorique le murmurait déjà à son prochain lorsqu’il se dressait vers la lumière. Cela ne peut être que bon. Pour toi, pour toi, pour elle et pour vous tous. À vous tous, y compris tous mes amis, je vous souhaite tout le meilleur, cela ne peut pas faire de mal. En fin de compte. Un baume pour l’âme. Ça guérit les cœurs. Ce n’est pas du kitsch. C’est même la seule vérité. La seule vérité se révèle dans cet instant infime, l’éternité fait irruption et nous sommes tous beaux. Nous sommes tous libérés, peut-être de nous-mêmes. Nous sommes authentiques. Un tel « malgré tout ». Un « malgré tout » si courageux. Ça peut paraître un peu démodé, mais ça ne l’est pas.

J’ai l’impression que c’est très d’actualité. Alors que le climat est un sujet brûlant et que la guerre fait rage, nous sommes encore assis joyeusement en terrasse en janvier et, pendant les fêtes, nous faisons abstraction de la guerre parce que nous n’avons pas envie d’y penser, mais nous en sommes conscients. Nous ne pouvons plus l’ignorer. C’est une crise énergétique, beaucoup d’entre nous la vivent aussi. Cette étrange fatigue. Cet avenir vide, que presque personne ne peut plus imaginer. Peut-être que les utérus sont artificiels, l’intelligence aussi, seule l’énergie nucléaire est verte. Et l’arbre d’or de la vie ?

Samhain, le solstice d’hiver, Hanoukka, Noël, le réveillon du Nouvel An. Tout le monde est saisi d’une nostalgie, aussi authentique que n’importe quelle nostalgie ; elle arrive à point nommé, le Saint-Esprit descend via Facebook, des langues d’anges s’expriment à travers des bouches amères, et soudain, tout cela ne semble plus insipide, pseudo, faux, banal ou ésotérique. Une nouvelle année étincelante. La lumière grandit.

Beaucoup souhaitent le meilleur à tout le monde, et cela sonne si sincère. Ils le pensent vraiment. Sans ironie, ce n’est pas simplement une routine mécanique.

Peut-être que le moment où les vœux ont un pouvoir est arrivé. Que nous nous souhaitions tous le meilleur, que nous nous donnions les moyens d’agir, comme on disait autrefois. Ce n’est pas forcément un malheur sans espoir, murmurent de vieilles rebelles et renégates dans leur barbe, tandis que les cyniques s’adoucissent à l’approche de Noël comme des biscuits sablés.