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Société 4 min de lecture

Salut, dictateur !

a désamorcé la provocation : « M. Orbán est parti en mission en tant que Premier ministre de la Hongrie et en aucun cas en tant que représentant de l'Union européenne » (12 juillet).

Article paru dans Édition septembre 2024
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Cette semaine, le Premier ministre Luc Frieden s’est rendu à Budapest pour une visite de travail. La semaine dernière, Xavier Bettel y avait participé à une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères. La Hongrie préside le Conseil des ministres de l’Union européenne. Au sein de l’Union, certains souhaitent boycotter le pays. Le président Viktor Orbán serait « illibéral », un agent de Moscou. En 2015, à Riga, le président de la Commission de l’époque, Jean-Claude Juncker, l’avait accueilli en s’exclamant : « Hello, dictator ! »

Après le début de la guerre en Ukraine, Xavier Bettel s’est entretenu fièrement au téléphone avec Vladimir Poutine. Dans une vidéo publiée sur X le 3 septembre, il a justifié son voyage en Hongrie : « Non pas pour parler les uns des autres, mais pour nous parler les uns aux autres. […] Et je pense donc que ne pas être ici serait une erreur. »

Luc Frieden partageait ce point de vue sur Politico. « “Si quelqu’un n’est pas d’accord avec certaines politiques, il faut essayer de comprendre son point de vue”, a déclaré Frieden, […], ajoutant qu’il envisageait de se rendre en Hongrie “dans les mois à venir, afin de mieux comprendre la position hongroise” » (16 janvier). Cet entretien lui a valu le surnom d’« EU’s Orbán whisperer ». Il a reporté son voyage en Hongrie à cette semaine.

L’Union européenne traite Viktor Orbán comme un paria. Elle courtise la néofasciste Giorgia Meloni à Rome. Ce sont les armes destinées à l’Ukraine qui font la différence. En matière de cruauté envers les demandeurs d’asile, la Hongrie a toujours six mois d’avance sur l’Union européenne.

Dès sa prise de fonction à la présidence du Conseil, Viktor Orbán a rendu visite au président russe. Beaucoup au sein de l’Union ont considéré cela comme une haute trahison. Luc Frieden a minimisé cette provocation sur Radio 100,7 : « M. Orbán s’est rendu en mission en tant que Premier ministre de la Hongrie et en aucun cas en tant que représentant de l’Union européenne » (12 juillet).

Peut-être Luc Frieden envie-t-il secrètement Viktor Orbán. Le gouvernement luxembourgeois voit d’un mauvais œil les sanctions de l’UE contre les entreprises russes. Il préférerait se rendre à Moscou avec la Chambre de commerce. Comme à l’époque du Bal russe au Cercle Cité. À l’époque où Xavier Bettel en était le parrain, le groupe sidérurgique Magnitogorsk et l’East-West Bank finançaient l’événement, Etienne Schneider et Laurent Mosar trinquaient, tandis que Monica Semedo défilait en tant que mannequin.

Mikhail Fridman était considéré ici comme un « bon » oligarque. La liste des sanctions de l’Union européenne en a fait un « méchant ». Il entend désormais réclamer 14,5 milliards d’euros en justice. Au motif que le Luxembourg a enfreint l’accord de protection des investissements conclu avec la Russie et a gelé sa fortune. On n’aurait pas dû en arriver là. Si seulement Luc Frieden avait pu se rendre à Moscou, comme Viktor Orbán.

Un paradis fiscal a tout intérêt à appartenir à une puissance nucléaire (îles Caïmans, Monaco) ou à être neutre (Suisse). En 1867, le traité de Londres a proclamé la neutralité perpétuelle du Luxembourg. En 1948, le Parlement l’a abolie afin d’adhérer à l’OTAN. La neutralité suisse ne se porte guère mieux actuellement. Cela nuit aux affaires. La leçon pourrait coûter 14,5 milliards d’euros.

L’Union européenne a poussé la Hongrie à procéder à des privatisations et à des déréglementations. Afin de la transformer en pays à bas salaires pour l’industrie automobile allemande. Le salaire minimum hongrois s’élève à 675,27 euros. Le régime d’Orbán n’est pas la dictature du prolétariat. C’est la dictature de VW, Mercedes et BMW.

La Hongrie n’est pas « illibérale ». Elle est antidémocratique pour être libérale : avec un impôt sur le revenu de 15 % sans progressivité et une TVA de 27 %. En 2018, le nombre d’heures supplémentaires autorisées est passé de 250 à 400 par an. Les entreprises peuvent attendre trois ans avant de les rémunérer.
Xavier Bettel et ses homologues belge et irlandaise se sont rencontrés à Budapest « avec des représentants de la société civile, de Transparency International, des défenseurs de la liberté de la presse et des droits des personnes LGBTQ ». Mais pas avec des syndicalistes. Luc Frieden et Xavier Bettel font preuve de compréhension envers Viktor Orbán. On est entre libéraux.