La semaine dernière s’est tenu le salon Eurosatory, près de Paris. Ce salon de l’armement a réuni 2 000 exposants issus de 62 pays. Il tire son nom d’un quartier de garnison situé près de Versailles.
Il y a deux ans, Luxinnovation, le ministère de la Défense et la Chambre de commerce avaient organisé un stand luxembourgeois au salon Eurosatory. Quinze entreprises y avaient participé. Deux ans plus tard, on en compte 40, auxquelles s’ajoutent des départements universitaires et List. Dans notre pays, seuls leurs produits civils sont connus.
Depuis des années, le pouvoir d’achat des masses est freiné et réduit partout. Faute de demande, il y a plus de capital disponible qu’il n’est possible d’en investir de manière rentable. « Il faut créer une autre demande, c’est-à-dire une demande de valeurs non reproductives », conclut Alfred Sohn-Rethel. « [C]ela comprend en premier lieu les équipements militaires, en deuxième lieu les produits de luxe, et en troisième lieu le gaspillage, comme c’est principalement le cas dans l’aérospatiale moderne » (Économie et structure de classe du fascisme allemand, Francfort-sur-le-Main, 1973, p. 50).
« Si ce projet de loi prévoit l’envoi de matériel militaire en Ukraine », s’est réjoui le président américain Joe Biden le 21 février, « il permet de dépenser cet argent ici même, aux États-Unis d’Amérique, dans des États comme l’Arizona, où sont fabriqués les missiles Patriot ; et en Alabama, où sont fabriqués les missiles Javelin ; ainsi qu’en Pennsylvanie, dans l’Ohio et au Texas, où sont fabriqués les obus d’artillerie. »
Lockheed et Dassault adorent Vladimir Poutine. Même si ses chars se sont enlisés à 30 kilomètres de Kiev. Les actionnaires de Rheinmetall l’adorent : « Depuis le début de la guerre en Ukraine, le cours de l’action du groupe d’armement a plus que quintuplé » (FAZ, 22 juin 2024). L’industrie de l’armement en profite.
« Pour que ce type de demande soit efficace, il faut un pouvoir d’État qui impose à la population de payer pour une telle production », souligne Sohn-Rethel. Le gouvernement américain exige 2 % du revenu national pour le keynésianisme de l’armement. Il y a 14 jours, la ministre de la Défense, Yuriko Backes, a annoncé : Les dépenses d’armement ne seront pas doublées dans dix ans, mais d’ici six ans. Elles passeront de 696 à 1 461 millions d’euros par an. Soit plus que les dépenses consacrées à la lutte contre le changement climatique et à la construction de logements réunies. L’augmentation de la dette publique ne préoccupe personne.
En 2013, le ministre d’État Étienne Schneider a regroupé les portefeuilles de l’Économie et de la Défense : ce social-démocrate a encouragé le développement de l’industrie de l’armement, afin qu’une partie des dépenses militaires reste dans le pays. Lockheed, Dassault et Rheinmetall ne doivent pas être les seuls à en profiter.
Pas plus que le Czechoslovak Group : en avril, Yuriko Backes a confié deux millions d’euros à cette entreprise afin qu’elle se procure des munitions d’artillerie pour l’Ukraine. « [E]nviron 50 % des pièces acquises […] dans des régions telles que l’Afrique et l’Asie n’étaient pas de qualité suffisante pour être envoyées en Ukraine » (Financial Times, 30 mai 2024). Les marchands de mort n’ont aucune scruple.
À l’occasion d’Eurosatory, Luxinnovation a élaboré le catalogue « Luxembourg Industry and Research Capabilities for Security and Defence ». Celui-ci recense 91 entreprises industrielles et prestataires de services, soit plus du double par rapport au catalogue publié il y a deux ans. De Ceratizit (« noyaux en carbure de tungstène pour munitions ») aux communications sur le champ de bataille, en passant par la surveillance par satellite, les simulateurs, les transporteurs de chars, la métallurgie, les détecteurs de mines et la Poste (norme de téléphonie mobile pour les « applications à double usage »). Luxprovide recommande le « supercalculateur national » Meluxina pour le calcul de la « conception d’armes et des situations sur le champ de bataille ».
Les entreprises luxembourgeoises en tirent profit. Elles trouvent un intérêt commercial dans les tensions internationales. La paix entre les peuples nuit aux affaires. La crainte de la guerre stimule les affaires. Elle justifie l’augmentation des dépenses d’armement. Le matériel de guerre doit être utilisé de temps à autre. Afin de le remplacer de manière rentable.