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Société 4 min de lecture

Au village

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition juin 2023
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La commune de Redange-sur-l’Attert votera pour la première fois selon le système de la représentation proportionnelle le 11 juin. Trois listes sont en lice. Leurs positions sont aussi interchangeables que leurs noms : « Engagéiert Bierger fir d’Gemeng Réiden », « Réiden 2023 », « En neien dynamesche Wand fir Réiden ». Dans la nouvelle commune de Bettendorf, qui vote désormais à la proportionnelle, trois listes sont également en lice : « Méng Gemeng – mäin Doheem », « Eng Ekipp fir Iech » et « Eis Gemeng um Wee an d’Zukunft ».

Lors des élections communales de 2017, huit listes citoyennes se sont présentées. Aujourd’hui, on en compte 33. Les Verts ont 36 listes, le LSAP 39. Le nombre élevé de listes citoyennes s’explique par le nombre important de nouvelles communes à scrutin proportionnel.

Les partis politiques n’ont pas été capables ou n’ont pas voulu présenter de listes de candidats dans les dix communes à scrutin majoritaire existantes. La seule exception est Helperknapp, où le DP, le CSV et les Verts se présentent. À Lintgen et à Rosport-Mompach, un seul parti se présente : le DP.

Les listes citoyennes se présentent dans les communes rurales, et non dans les grandes villes. Elles incarnent la nostalgie de l’idylle villageoise propre au système majoritaire, qui n’admet aucun parti politique.

Le système majoritaire remonte à une époque où seules les classes possédantes avaient le droit de vote. Il masque les antagonismes de classe au sein du village : autrefois entre journaliers, petites agricultrices, artisans, travailleuses à domicile, métayers, notaires et propriétaires fonciers. Et, plus récemment, également entre ouvrières, employées, fonctionnaires, entrepreneurs et paysans sans terre. Les voyageurs de passage peuvent discerner ces différences à la façade des maisons.

Certaines listes citoyennes sont nées d’initiatives citoyennes opposées à des projets de construction. Certaines regroupent des opposants au conseil communal. À la suite de différends concernant les places sur les listes, les postes, les fusions de communes ou les contournements routiers. À Parc Hosingen, la liste « De Fräie Bierger », composée d’un seul candidat, se présente avec défi.

Dans les nouvelles communes à scrutin proportionnel, les partis se présentent sous la bannière de listes citoyennes. On ne peut pas leur reprocher de « politiser » la vie du village. Ils contribuent à discréditer la politique partisane. Ils ouvrent leurs listes aux non-adhérents lorsqu’ils ne disposent pas d’un nombre suffisant de candidats. À Ulflingen, le CSV se présente cette fois-ci sous le nom d’Oppe Lëst Ëlwen. Les Verts se présentent à Lintgen sous le nom de Di nei Ekipp, et à Kopstal sous celui de Biergerlëscht.

Là où l’Église reste au cœur du village, le LSAP ne veut effrayer personne avec des mots comme « socialiste » et « travailleur » : elle se présente sous le nom d’« Engagéiert Bierger Lëntgen », « Är Leit » à Miersch, « Är Equipe » à Kopstal, « Är Bierger » à Junglinster, et « Är Leit » à Bissen et Lorentzweiler. À l’inverse, les listes des Pirates sont des listes citoyennes embellies.

C’est au sein des communes que s’opère la reproduction de la main-d’œuvre. Les communes doivent fournir les infrastructures nécessaires à cet effet : logements, eau, écoles, crèches, services sociaux, collecte des déchets, pompiers, terrain de football. La politique communale détermine leur coût. Ce coût influe à son tour sur le coût de la main-d’œuvre.

Sous le contrôle du ministère de l’Intérieur, les collectivités locales peuvent redistribuer les recettes fiscales dans un sens ou dans l’autre. Les services peuvent être gratuits, subventionnés, rentabilisés ou privatisés. Les communes peuvent créer des logements abordables ou se faire les complices de la spéculation foncière. Elles peuvent veiller, dans les crèches et les écoles, à l’égalité des moyens, à l’égalité des chances ou à des privilèges éducatifs. Les mairesses peuvent se sentir responsables envers les plus démunis ou favoriser la gentrification.

Les conservateurs jugent inutile le scrutin proportionnel dans les communes rurales. Parce que toutes les femmes politiques veulent, sans distinction, rénover la rue du Cimetière. Parce que tous les candidats promettent une gestion apolitique. Le mot « citoyen » dans les listes citoyennes désigne les citoyens de l’État. Il désigne également la petite bourgeoisie, dominante sur les plans politique et culturel : les listes citoyennes ne se distinguent guère les unes des autres, ni des sections locales des partis. Car toutes, issues des classes moyennes, sont au service des classes moyennes.