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Société 4 min de lecture

atterrissage en catastrophe

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition juillet 2022
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À la mi-juin, le DP, le LSAP, les Verts et le CSV ont adopté une nouvelle loi visant à manipuler l’indice. Un mois plus tard, la Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs. C’était la première fois depuis onze ans. Elle a annoncé qu’il s’agissait de la première d’une série de hausses de taux.

Les banques centrales de la zone euro doivent empêcher toute hausse des salaires pour les actifs et toute perte de valeur monétaire pour les classes aisées. Elles doivent veiller à la stabilité des activités des banques privées. La Banque centrale européenne a justifié ses hausses de taux d’intérêt par la hausse de l’inflation.

Les banques locales sont satisfaites. C’est la fin des taux d’intérêt négatifs. Elles peuvent désormais à nouveau réaliser de solides bénéfices grâce aux marges d’intérêt. Elles avaient déjà relevé leurs taux d’intérêt sur les crédits il y a plusieurs mois. Elles avaient justifié cette mesure en affirmant qu’elles « anticipaient les décisions de la banque centrale ». En revanche, elles n’ont toujours pas anticipé, à ce jour, les taux d’intérêt sur les dépôts d’épargne de leurs clients.

La Banque centrale européenne suit la doctrine monétariste. C’est la doctrine de ceux qui disposent de ressources monétaires abondantes. Ceux-ci préfèrent une récession à la dévaluation de leur monnaie. Ils appellent cela un « atterrissage en douceur » de l’économie. Les chômeurs, eux, connaissent un atterrissage plus brutal.

La théorie ne prévoit qu’un seul moyen de freiner la hausse des prix sur un marché sans entraves : la réduction de la masse monétaire par le biais de hausses des taux d’intérêt. Avec des cartes de crédit, des crédits automobiles et des prêts immobiliers plus chers, moins de gens ont les moyens de s’offrir quoi que ce soit. Lorsque la demande baisse, la hausse des prix devrait s’arrêter.

Les fonds d’investissement n’apprécient guère les hausses de taux d’intérêt. Ils tirent leurs bénéfices du prix du capital fictif, que la banque centrale avait subventionné sans intérêt pendant des années. La hausse des taux d’intérêt renchérit le coût des crédits, ce qui réduit les prévisions de bénéfices. Ces dernières se répercutent sur le cours des actions.

La banque centrale a subventionné le secteur immobilier sans percevoir d’intérêts. Ce sont ceux qui doivent rembourser leur appartement ou leur maison qui sont les plus durement touchés par les hausses de taux d’intérêt. Les propriétaires d’immeubles de rapport peuvent augmenter leurs loyers.

L’industrie et l’artisanat apprécient la hausse des prix, à condition qu’il s’agisse des leurs. Le coût de leur endettement augmente désormais : elles doivent céder une part plus importante de la valeur ajoutée à leurs créanciers. Pour ne pas que leurs propres bénéfices en pâtissent, elles souhaitent réduire les salaires réels.

Le DP, le LSAP, les Verts et le CSV ont voté en faveur de cette loi visant à manipuler une nouvelle fois l’indice. Afin de préserver la paix sociale, l’État verse un « crédit d’impôt énergie » à différentes catégories de revenus. Ce n’est qu’une fois cette aide versée que l’on saura si elle est suffisante pour ces groupes.

L’inflation actuelle n’est pas due à une forte demande, mais à une faiblesse de l’offre : la pandémie de Covid a entravé l’approvisionnement en matières premières et en produits semi-finis. Dans le contexte de la guerre économique avec la Russie, faire le plein coûte 100 euros. La banque centrale souhaite ramener la demande au niveau de l’offre défaillante. Pour cela, elle devrait relever les taux d’intérêt jusqu’à plonger l’économie en pleine récession. À l’automne, la Tripartite se réunira pour procéder à de nouvelles manipulations des indices.

Qui oserait investir en pleine guerre économique ? En vue de l’hiver, le ministre de l’Énergie Claude Turmes annonce un « plan de délestage » : une liste indiquant qui sera le premier à être privé de gaz naturel, dont les stocks sont limités. Comme les taux d’intérêt en dollars sont plus élevés et qu’il y a la guerre, le cours du dollar augmente. Cela renchérit encore davantage le prix du pétrole et du gaz naturel, qui sont facturés en dollars.

En hiver, une nouvelle vague de Covid se profile. La campagne de vaccination a commencé. Le gouvernement évite de rendre la vaccination obligatoire. Il ne veut pas de « marches blanches » pendant la campagne électorale.

La hausse des taux d’intérêt attise la spéculation contre la dette publique italienne. La Banque centrale européenne entend continuer à acheter de la dette publique et à sauver l’euro. En tant que monétariste rigoureuse, cela la met dans l’embarras. Elle utilise pour cela l’expression alambiquée d’« instrument de protection de la transmission ».

Cet atterrissage en douceur pourrait bien se transformer en atterrissage en catastrophe, dans le cadre d’une « tempête parfaite ».