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Société 4 min de lecture

Ascension et chute

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition octobre 2023
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La surprise des récentes élections législatives a été l’ampleur de la défaite des Verts. Lors des élections municipales du 11 juin, le parti a essuyé une défaite cuisante : dans 30 communes sur 36. Lors des élections législatives, il a essuyé une défaite sans appel : dans 100 communes sur 100.

L’échec des Verts fait écho au succès remporté lors des précédentes élections législatives. En 2018, les Verts avaient gagné 201 893 voix. Aujourd’hui, ils en ont perdu presque autant : 211 998. L’année 2018 avait marqué le triomphe des Verts en tant que parti au pouvoir. L’année 2023 a marqué leur débâcle en tant que parti au pouvoir.

La vision politique des Verts est universaliste. « Nous n’avons que cette seule planète », commence leur programme électoral. La protection de l’environnement représente « la plus grande responsabilité qui incombe à l’humanité » (p. 5). Ils se sentent investis d’une mission pour sauver la planète. En échange, ils attendent de la reconnaissance. Lorsque celle-ci leur a été refusée, ils ont fondu en larmes le soir des élections.

Les Verts parlent au nom de l’humanité. Mais c’est un parti de classe : celui d’une petite bourgeoisie diplômée. Les électeurs verts sont ceux qui ont le niveau d’éducation le plus élevé. C’est le parti d’une classe moyenne libérée des soucis matériels. C’est à Schüttringen, Walferdange, Luxembourg, Betzdorf, Beckerich, Hesperange, Sandweiler, Niederanven… qu’il a obtenu ses meilleurs résultats. Dans des communes-dortoirs où résident des fonctionnaires, des indépendants, des spécialistes de l’industrie de l’évasion fiscale et des cadres supérieurs. Là où les salaires médians sont les plus élevés (d’Land, 13/10/23).

En 2018, de nombreuses électrices ont pris conscience que le changement climatique n’était plus une menace, mais qu’il avait déjà commencé. Et qu’il fallait le freiner. Cela a valu aux Verts des sympathies bien au-delà de leur électorat traditionnel. Ils ont obtenu 61 % de voix supplémentaires. 21 % provenaient de jeunes électeurs votant pour la première fois, 10 % du DP et 9 % du CSV (Elect 2018, p. 70). Les Verts étaient les libéraux les plus « cool ».

Puis sont arrivés la pandémie de Covid, la guerre en Ukraine, la flambée des prix, les hausses des taux d’intérêt… Pendant le confinement lié au Covid, l’État a enfermé les gens chez eux. Lors du boycott du gaz naturel, il les a poussés à baisser la température de leurs logements. Désormais, ils ne veulent plus qu’on leur fasse la leçon. Pas même par des technocrates verts. Ceux-ci n’ont pas été à la hauteur des exigences morales qu’ils prônaient auprès des autres. Peut-être qu’un tiers des électeurs verts est (re)passé au DP, un parti un peu vieillot (Luc Biever, rtl.lu).

Le chiffre d’affaires des magasins bio est en baisse. Naturata a enregistré des pertes et fermé des succursales. Les consommatrices souhaitent manger sainement. Mais beaucoup doivent faire des économies. Le parti a connu le même sort que Naturata : les électeurs voulaient un environnement sain. Mais beaucoup pensaient ne plus pouvoir se permettre d’avoir des ministres écologistes. Ils voulaient faire une pause dans la transition écologique. Qu’il s’agisse de l’achat de voitures électriques, de pompes à chaleur ou de pailles en bambou.

Les électrices restent conscientes de la nécessité de freiner le changement climatique. Mais elles le considèrent à nouveau comme un problème à moyen terme. Les problèmes à court terme sont prioritaires : savoir si leurs revenus suffisent pour payer le loyer, faire le plein, se chauffer, rembourser leurs emprunts et faire leurs courses.

Les Verts considèrent que ceux qui ne votent pas vert sont des imbéciles. Ils font la promotion du capital vert. L’ADR, quant à elle, vante les mérites du capital fossile auprès des classes populaires. Au sein de la tripartite, les ministres verts ont critiqué vertement les syndicats. Le parti fait fi de la classe ouvrière, comme s’il s’agissait d’un moteur à combustion. Il présente ainsi la protection du climat comme un diktat imposé par une minorité aisée. Une minorité qui se considère comme la « classe écologique » de Bruno Latour.

En 2013, la coalition réformatrice a hérité d’un État CSV poussiéreux. Les Verts ont contribué à le dépoussiérer. À l’adapter aux changements sociaux. Ils ont fait campagne en prônant le « solutionnisme », l’écologie d’austérité, des directives de plusieurs centaines de pages pour l’écologisation du site de production. Depuis 2018, ils ont doublé les dépenses militaires. Désormais, on n’a plus besoin d’eux. Les vieux libéraux, de Luc Frieden au DP, peuvent gouverner en toute tranquillité. Le capital vert et le capital fossile s’en réjouissent déjà.