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Société 4 min de lecture

35 heures
suffisent

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition février 2023
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Tous les cinq ans, le LSAP promet, en cas de réélection, de réduire la durée légale du temps de travail. Cela provoque à chaque fois l’agitation escomptée chez les politiciens de droite et les lobbyistes. Leur agitation donne l’impression que le LSAP est le porte-parole des gens modestes.

Cette agitation est compréhensible : les heures de travail constituent l’unité de mesure et de rémunération de la force de travail. La lutte autour du temps de travail touche au cœur même de la relation salariale et du mode de production dominant.

C’est pourquoi les chefs d’entreprise, ainsi que les responsables politiques, éditorialistes et experts qui partagent leur point de vue, ne peuvent que mettre en garde contre une pénurie de main-d’œuvre, la perte de compétitivité et la ruine de l’économie nationale. Ils privilégient une flexibilisation du temps de travail. Cela permettrait de supprimer les majorations pour heures supplémentaires. Ils répètent ces mises en garde depuis un siècle et demi. Depuis l’instauration, en 1876, de la journée de travail légale de huit heures pour les enfants de douze ans.

La réduction du temps de travail à salaire égal se fait au détriment de la plus-value. C’est pourquoi elle ne peut être obtenue que par des luttes sociales. Ce phénomène se produit de manière cyclique : dans un premier temps, les salariés imposent des réductions du temps de travail dans les entreprises où le taux de syndicalisation est le plus élevé. C’était le plus souvent le cas dans les mines et dans la sidérurgie. Une fois le temps de travail réduit dans ces secteurs clés, le Parlement abaisse la durée légale du travail. Afin d’éviter une « concurrence déloyale » entre les différents secteurs économiques. Et d’apaiser le mécontentement des salariés des entreprises de taille moyenne ne bénéficiant pas d’une convention collective.

Souvent, ces mouvements s’inscrivent dans des cycles internationaux. Ces cycles trouvent leur origine dans les gains de productivité générés par la force de la vapeur, l’électricité, le pétrole, les chaînes de montage, les robots, les ordinateurs, Internet… Grâce aux innovations techniques, un nombre réduit de salariés produit davantage de biens et de services. La lutte pour la réduction du temps de travail soulève donc la question suivante : qui profite des gains de productivité ? Les entrepreneurs préfèrent, à leur grand regret, conserver ces gains pour eux-mêmes. Au nom de la compétitivité.

Le Luxembourg n’a jamais joué un rôle de pionnier en matière de droit du travail. Il y a un demi-siècle, la semaine de 45 et de 40 heures a été instaurée. Le Luxemburger Wort prédisait « que le passage à la semaine de 40 ou 35 heures s’opérerait dans la vie économique bien plus rapidement que ne le prévoyaient les textes de loi » (14 novembre 1970). Mais ce fut la dernière réduction de la durée légale du travail.

La dernière vague de réduction du temps de travail remonte aux années 80. Le mouvement syndical était sur la défensive. Les syndicalistes locaux distribuaient encore quelques autocollants de l’IG Metall portant le slogan « 35 heures, ça suffit ». Plus tard, le LSAP, avec Pan et Pot, a promis une révolution du temps de travail par le biais de négociations collectives. Cela s’est soldé par un échec : 20 ans plus tard, le LSAP promet toujours une réduction du temps de travail.

En 2021, la durée hebdomadaire du travail des salariés à temps plein s’élevait à 41,1 heures. Selon Eurostat, ce chiffre était supérieur à la moyenne de l’UE et à celui des pays voisins. Dans ces derniers, la durée hebdomadaire du travail a diminué au cours des dix dernières années. Au Luxembourg, elle a augmenté : passant de 40,4 à 41,1 heures.

Le rôle de la social-démocratie est de faire passer les conflits sociaux de la rue au Parlement. Le ministre du Travail, Georges Engel, empêche la mobilisation des ouvrières, des employées et des fonctionnaires. C’est pourquoi il fait appel à des experts. Leur étude doit évaluer, d’ici mars, « les avantages et les inconvénients d’une réduction du temps de travail ». Jusqu’à présent, la réponse était claire pour la social-démocratie. Des conflits sociaux menés par les salariés pour obtenir une réduction de leur temps de travail rendraient le LSAP superflu. Cette étude n’a qu’un seul objectif : faire apparaître le LSAP comme indispensable. Au besoin, au prix d’une réduction du temps de travail.