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Scènes 6 min de lecture

Une farce provinciale pleine de clichés

La mise en scène de « Leuchtfeuer » par Fabio Godinhos, sur la scène du Kapuzinertheater, fait un flop

Article paru dans Édition février 2025
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Mettre en scène des pièces de théâtre contemporaines n’est pas une mince affaire. Même lorsque les textes scéniques sont d’une grande richesse linguistique, comme c’est le cas chez Jelinek, il reste difficile de traduire ce langage en images réussies, surtout lorsqu’il s’agit de textes originaux en langue étrangère.

Avec *Leuchtfeuer*, Fabio Godinho s’attaque à une pièce de Nancy Harris (*The Beacon*, 2019), qu’il met en scène au Kapuzinertheater dans une traduction allemande (de Jessica Higgins) et en coproduction avec le Staatstheater de Mayence.

L’intrigue, à elle seule, ne devrait poser aucun problème et rappelle plutôt une série télévisée diffusée en soirée sur la chaîne ZDF. Nancy Harris s’est d’ailleurs fait connaître en Allemagne grâce à sa série télévisée *The Dry*. « *Leuchtfeuer* est une histoire familiale aussi émouvante qu’énigmatique », peut-on lire dans le programme.

Colm (Henner Momann) revient avec son épouse Bonnie (Jil Devresse) pour la première fois depuis de nombreuses années dans le village natal de son père, une île irlandaise au large de West Cork. Sa mère Beiv (Andrea Quirbach), artiste plasticienne et icône féministe qui vit recluse sur l’île, a démoli la moitié de la maison et décidé de n’installer que des parois vitrées, afin de s’exposer délibérément aux regards. Les villageois la critiquent de toute façon. Depuis la mort mystérieuse de son mari, disparu en mer il y a dix ans, des rumeurs circulent selon lesquelles elle l’aurait tué. Depuis lors, elle se consacre entièrement à son art.

La visite inopinée de son fils est une véritable bombe à retardement. De vieilles blessures sont ravivées, et la situation dégénère en confrontation ouverte. Colm a caché à sa mère névrosée son mariage avec Bonnie, une étudiante en art. L’arrivée inopinée de Donal (Philippe Thelen), son ami d’enfance avec lequel il a entretenu une relation homoérotique, fait définitivement dégénérer la situation.

Comme dans sa mise en scène de *Die Laborantin* (2022) au Kapuzinertheater, Fabio Godinho a travaillé sur cette production en collaboration avec son frère. Le décor ouvert a été conçu par l’artiste Marco Godinho. Les personnages vont et viennent sur une passerelle en bois. À l’arrière-plan, la mer, dont le grondement envahit littéralement l’espace. Au premier plan, un chevalet et un animal empaillé suggèrent la présence d’un petit atelier d’artiste.

Ça commence de manière vulgaire. On parle de vulve, d’orgasme et de sexe. « Bonnie adore toutes ces conneries », précise d’emblée Colm. Et on lance à l’intention du public, sur un ton pédagogique : « Nous sommes ici en présence de la grande artiste féministe irlandaise. » « Je n’en reviens pas d’être chez toi. Je t’ai étudiée », s’exclame Jil Devresse, dans le rôle de Bonnie, toute émerveillée. – « J’adore cette immense sculpture faite de tes tampons. Je trouve ça génial, ce que tu fais ici », s’exclame Bonnie, fascinée. « Bon, je vais maintenant revenir aux oranges sanguines. C’est beaucoup plus simple », lui répond sa belle-mère Beiv, qui, vêtue d’une salopette tachée de peinture et les cheveux au vent, ne pourrait guère être mise en scène de manière plus stéréotypée en tant qu’artiste. Son fils ne voit dans ses peintures que des « taches ». À Dublin, l’art de sa mère « envoie balader » les gens.

Sans réfléchir, Bonnie raconte tout à sa belle-mère, s’extasiant sur le fait qu’elle a fondé « une communauté de femmes ». « Certaines d’entre elles étaient très en difficulté, et je ne m’entends pas très bien avec les personnes en difficulté », lui rétorque Beiv, agacée, avant d’expliquer qu’elle a eu des relations avec des femmes et des hommes – et que tous étaient en quelque sorte « compliqués », tout en essayant de se débarrasser de Bonnie et en la repoussant à un dîner commun. Car en tant qu’artiste, elle ne pourrait pas se regarder dans le miroir le soir si elle n’avait rien créé. Avec cette mise en scène, il avait en tête de donner un « aperçu authentique du quotidien d’une artiste », avait expliqué le metteur en scène Godinho avant la représentation.

Puis ils font sauter les bouchons. Comme on pouvait s’y attendre, la situation dégénère entre la mère et son fils, ainsi qu’entre les jeunes mariés. Lorsque Bonnie disparaît peu après, c’est la perplexité générale. « On pourrait appeler les secours en mer », suggère Donal.

Beiv n’est pas surprise que Bonnie se soit enfuie. Elle lui reproche d’être jeune et volage. Il affirme l’avoir toujours « traitée comme une princesse », mais elle cherche « un phare », selon l’artiste.

Pendant près de deux heures, les reproches stéréotypés fusent. « Si tu n’avais pas épousé un avocat aussi riche, tu ne pourrais pas construire tes chattes en béton », reproche Colm à sa mère, sur fond de bruit de la mer déferlante. Une tête de mort devant la maison suscite la perplexité. Un présage de malheur ? C’est elle qui l’a placée là, explique la peintre.

À un moment donné, Bonnie fera irruption dans la maison avec Ray (le réalisateur Godinho) et commentera les œuvres d’art : « Waouh, c’est incroyable. Vraiment magnifique ! », avant de se mettre aussitôt à rassembler de la matière pour son prochain podcast. Donal, furieux, va fracasser son portable et le qualifier de « putain de Scorsese du podcast », tandis que Bonnie mangera innocemment son yaourt à la cuillère. Même si elle a appris que la sexualité est fluide, « quelque chose s’est brisé en elle » à la vue de son mari avec son vieil ami d’enfance. C’est pourquoi elle a pris la poudre d’escampette.

À la fin, la question de savoir si Beiv – vêtue d’une robe blanche, vaporeuse, suggérant l’innocence – a tué son mari est enfin élucidée, alors que son fils a enfilé un sac à dos (attention, il s’en va pour toujours !). Stupéfaits, on se frotte les yeux et on n’en revient pas. À l’exception de Bonnie, les comédiens et comédiennes luxembourgeois parlent davantage le luxembourgeois que l’allemand. À un moment donné, Philippe Thelen laisse même échapper un « Hal d’Maul ! ».

Les rôles féminins sont – comme déjà dans *La Laborantine* – sans exception sexualisés, hystériques ou mis en scène de manière guindée. Jil Devresse, dans le rôle de « Bonnie », incarne exactement le même personnage naïf que celui de Honey dans *Qui a peur de Virginia Woolf ?* (voir d’Land du 31 mai 2024), tandis que Beiv est parodiée en caricature d’une artiste féministe.

Contrairement à *Die Laborantin*, cette mise en scène superficielle et truffée de clichés surprend toutefois surtout par l’absence totale d’idées de mise en scène. Les personnages font les cent pas et récitent leur texte de manière rigide. Les dialogues tirés de la pièce de Nancy Harris sont incroyablement vulgaires.

Ainsi, à l’exception de la mise en lumière (Marc Thein) et des compositions sonores (Nigji Sanjes), ainsi que de la seule véritable constatation selon laquelle les podcasts sont un format surestimé, « Leuchtfeuer » reste dans les mémoires comme une œuvre d’un provincialisme oppressant.