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Scènes 5 min de lecture

Théâtre « Une existence déchirée »

Avec « Poupette », Marie Jung présente son premier texte scénique sur la scène du TNL. Une performance intense, fondée sur des réflexions introspectives.

Article paru dans Édition mai 2022
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Cette mise en scène se veut dynamique. Le décor séduit par son caractère avant-gardiste : « I’m broken » s’affiche en lettres rouges lumineuses au-dessus de la scène. Un effet à mi-chemin entre l’installation artistique et l’enseigne lumineuse d’une maison close. – L’inscription accrocheuse en lettres rouges clignotantes finit par devenir « I’m OK ». Sur la scène presque vide, des accessoires emballés dans du plastique sont posés à gauche.

Elle fait alors une entrée dynamique sur scène et se lance dans un monologue haletant. Marie Jung incarne « Anna Denise Schmit ». Dangereuse. Rayonnante. Provocante. Imprévisible. Audacieuse. Pleine de joie de vivre. – Surnommée Poupette.

C’est un texte conçu pour faire de l’effet, plein de réflexions et de rétrospectives, qui recèle des contradictions. « Elle a 96 ans. Elle est artiste, résistante, écrivaine, garagiste – et bien plus encore. Et elle est à la recherche de quelque chose… », affirme-t-on avec force. Ce qui, concrètement, fait d’elle une résistante ne se révèle pas avant la fin de la représentation. Mais il ne s’agit manifestement pas non plus d’une question de cohérence. Au contraire, pendant plus d’une heure, les spectateurs et spectatrices sont submergés d’impressions, d’émotions et de bribes de souvenirs. Le monologue est interprété de manière captivante, et Marie Jung parvient sans peine à nous envoûter.

« Dans une société obsédée par l’optimisation de soi, où l’on ne parle ni des fausses couches, ni de la douleur, ni de la peur, ni de l’échec en soi, où la violence, le capital et le faux dominent de plus en plus, il est difficile, derrière tous ces masques, de se retrouver soi-même. Et toute quête et découverte de soi peuvent aussi s’avérer très trompeuses : de quoi nous souvenons-nous correctement, qu’avons-nous inventé ou imaginé à ce sujet ? Qu’est-ce qui correspond en réalité davantage à l’image que nous nous faisons de nous-mêmes qu’à ce qu’on appelle la réalité ? », peut-on lire dans l’annonce.

La première pièce de théâtre de Marie Jung traite des attentes de la société et de l’individu pris au piège dans un monde dominé par les contraintes de la beauté et de la consommation. Elle explore l’ambivalence et la coexistence de paradoxes apparents, ainsi que la coexistence réelle de différentes « vérités ». Son monologue est un dialogue tant avec elle-même qu’avec le public. Entre le « je » et le monde qui cherche à réduire cette femme et à la faire rentrer dans un moule. C’est contre cela que le personnage se bat.

Avec son monologue, Marie Jung a convaincu le jury de la bourse Edmond-Dune, récemment créée et décernée par le Fonds national pour la culture (Focuna) afin de soutenir la nouvelle dramaturgie. Franziska Autzen, avec laquelle Marie Jung a déjà collaboré au Thalia Theater de Hambourg, met en scène son monologue sur la scène du TNL.

Jung entre en scène vêtue d’un maillot de corps blanc, d’un pantalon bouffant léger et de bottines dorées. Son texte semble avoir été soigneusement répété et interprété avec subtilité. À la manière d’un puzzle, les spectateurs et spectatrices doivent assembler les éléments pour en comprendre le sens : « Je suis l’exemple parfait d’une avant-gardiste », dit-elle, ou encore : « Plus de contenu, moins d’art ! » Outre la désillusion, elle exprime la colère et la déception, mais aussi une soif de vivre : « Ce qui me touche, ce qui m’enthousiasme, c’est la vie ! »

D’abord virevoltant avec légèreté sur la scène, Jung finira par se mettre à nu de manière exhibitionniste avant de se réfugier sous la bâche en plastique. Dans son monologue agité, elle fait allusion à des abus, à des amours déçues, à une enfance difficile. « Maman et papa ne voulaient pas de toi. » À partir des décombres qu’ils auraient laissés derrière eux, elle aurait voulu se construire une jolie petite maison.

Son jeu intense est mis en valeur par quelques touches de mise en scène discrètes. Ainsi, la scène est baignée de rose, tandis qu’elle projette une grande ombre sur le mur. D’un air provocateur, elle trottine sur scène, le pantalon baissé. Elle exploite habilement l’ambiguïté de son texte lorsqu’elle lance au public : « C’est bien de dépasser les choses ! » À la fin, ce one-woman-show s’essouffle et semble chercher à tout prix à faire de l’effet. Se prélassant de manière lascive, Jung disparaît sous la bâche en plastique et s’enfuit à dos de carlin.

Le monologue de Junge peut parfois amuser, mais son texte semble complètement déconnecté de l’actualité politique mondiale et, surtout, égocentrique. Son auto-promotion pleine d’entrain va dans ce sens. Les spectateurs et spectatrices ont sous les yeux une personne blessée qui a vécu sa vie et en fait la rétrospective, et dont les réflexions tournent avant tout autour d’elle-même. Un moment théâtral divertissant qui ne laisse toutefois pas d’impression durable.

Poupette. Création : texte de Marie Jung ; mise en scène : Franziska Autzen ; interprétation : Marie Jung. Décors : Christoph Rasche ; costumes : Denise Schumann ; lumières : Daniel Sestak ; assistante à la mise en scène : Sara Goerres. La première a eu lieu le 14 mai à 20 heures. Pas d’autres dates de représentation. Une production du Théâtre National du Luxembourg avec le soutien du Fonds culturel national