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Scènes 4 min de lecture

Pris dans un tourbillon de violences akunstmusikFilm

Vandalium, lauréat du prix Edmond Dune 2022, raconte l’histoire d’un jeune délinquant qui tente à plusieurs reprises, mais en vain, de fuir son milieu instable. Son vécu alterne avec ses fantasmes, parfois d’une extrême…

Article paru dans Édition février 2025
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Vandalium, lauréat du prix Edmond Dune 2022, raconte l’histoire d’un jeune délinquant qui tente à plusieurs reprises, mais en vain, de fuir son milieu instable. Son vécu alterne avec ses fantasmes, parfois d’une extrême violence. L’auteur Tullio Forgiarini, qui écrit des romans, des pièces de théâtre et des livres pour enfants en plusieurs langues, s’était déjà intéressé, dans son roman Amok (2011), au thème de la violence chez certains jeunes au Luxembourg. Des années plus tard, il revient sur le thème de ceux qui vivent en marge de la société luxembourgeoise, en montrant, à travers une écriture précise et incisive, leur parcours semé d’embûches qui déraille au fil des expériences.

Dans *Vandalium*, Jason, un enfant doué qui obtient de bons résultats scolaires, tente à plusieurs reprises de fuir son milieu familial traumatisant : un père alcoolique et violent qui bat sa femme (celle-ci a entre-temps quitté sa famille) et maltraite sa fille, placée en foyer. Pour que le jeune Jason se sente moins seul, l’auteur a recours à des éléments surnaturels, en imaginant à ses côtés une présence, une mystérieuse fée bleue, une confidente, une amie qui partage avec lui plusieurs épisodes ; Jason mêle à la réalité des fantasmes, souvent très violents. Pourtant, la fée sait aussi le confronter avec fermeté à ses actes de violence. Finalement, face à l’absence de perspective, il réussit à prendre le large avec sa sœur. Désormais, à ses yeux, il est quelqu’un, on parle de lui. Rapidement, il mène une vie de toxicomane et de fugueur jusqu’à l’épuisement et l’irrémédiable.

Cette course effrénée prend vie grâce au jeu très convaincant des comédiens Anne Brionne et Sullivan Da Silva et à la mise en scène déterminée de Daliah Kentges, qui joue avec les frontières entre réalité et fantasmes. « La mise en scène aspire à refléter la brutalité, l’ambivalence et le radicalisme du texte. Elle se veut imprévisible, jouant avec les frontières entre réalités et fantaisie pour explorer les peurs, les désirs, la colère et le désespoir des personnages. » Le spectateur hésite parfois entre ce qui s’est réellement passé et ce qui relève de l’irréel. Le magnifique jeu de lumières, très varié, signé Antoine Colla, sert de repère et la création musicale de Luka Tonnar fait davantage résonner le jeu scénique. On ressent ainsi mieux le désarroi, voire le désespoir des personnages.

La comparaison entre la première et la dernière scène du spectacle est frappante : au début, les paroles apaisantes de la fée bleue adressées à Jason, qui vient de sortir la tête d’un lit douillet sur fond de berceuse, et la dernière scène qui le montre, à 17 ans, seul, dans l’environnement froid d’une pièce dépouillée, baignée d’une lumière crue, face à une réalité accablante qu’il n’arrive pas à accepter et qu’il nie donc.

Le public suit avec intérêt le parcours de Jason – Sullivan Da Silva exprime subtilement ses peurs et sa colère à travers ses mimiques et son langage corporel – ainsi que la Fée bleue – Anne Brionne sait adapter son jeu à ses différents rôles et reste aux côtés de Jason, partage ses émotions et s’associe à ses fantasmes ; même lors de la dernière scène, elle lui remet son pansement sur le nez.

Quant à la scénographie d’Anouk Schiltz – qui signe également les costumes –, elle met surtout en valeur le cadre froid et impersonnel grâce au carrelage blanc qui recouvre les murs, lequel prend pourtant parfois une dimension irréelle sous l’effet des lumières. Même la première scène risque, avec malice, de dérouter le public par l’allusion au côté bigarré d’une chambre d’enfants avec le lit/sac de couchage coloré d’où pointe le nez pointu d’un masque d’enfant et d’où surgit la Fée bleue dans sa jupette de tulle bleu, chantant une berceuse pour endormir Jason enfant, qui met pourtant brusquement fin à cet épisode rassurant.

« Vandalium » laisse d’abord entrevoir une lueur d’espoir, mais plonge rapidement dans un univers traumatisant, porté par une équipe engagée et un très bon duo d’acteurs.

À voir au Théâtre du Centaure les 4, 5, 7, 25 (suivi d’un échange avec l’équipe artistique) et le 26 mars 2025 à 20 h, ainsi que les 6 (suivi d’une table ronde thématique) et 9 mars 2025 à 18 h 30. Réservations :