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Scènes 3 min de lecture

Aiguiser des couteaux au son du Boléro, accompagné d’une glace onctueuse

Danse

Article paru dans Édition octobre 2021
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Des acrobaties morbides mêlées à un patinage lascif : c’est ainsi que l’on pourrait décrire les deux solos présentés le même soir au Kinneksbond de Mamer. Le Suisse Marc Oosterhoff et la Luxembourgeoise Jill Crovisier y ont présenté leurs deux dernières créations : « Take Care of Yourself » et « I(CE) (S)CREAM : Boléro Femme », et ont tous deux dansé hors des sentiers battus, chacun à sa manière.

Le spectacle solo « Take Care of Yourself » oscille entre cirque, performance et danse contemporaine. Sur scène : une bouteille de whisky, une douzaine de verres à schnaps, des couteaux, des boulettes de papier, une horloge qui fait tic-tac, et au milieu de tout cela, un interprète malicieux (Marc Oosterhoff) qui s’expose sans réserve au danger. Au cours de cette performance d’à peine vingt minutes, Oosterhoff risque tout, dénonce les normes de sécurité qui caractérisent désormais notre quotidien et nous imposent leurs règles, et joue délibérément avec le danger. Ainsi, il s’enfonce des couteaux aiguisés entre les doigts – devant un public qui ne le quitte pas des yeux et retient son souffle. En s’exposant explicitement au danger, l’artiste se sent d’autant plus vivant. Marc Oosterhoff a fondé en 2017 sa compagnie, la CIE MOOST, dans le but d’allier danse, cirque et théâtre et de rechercher son propre langage : accessible et non élitiste. Avec « Take Care of Yourself », Oosterhoff explore l’essence même du cirque, va au fond du risque et propose, de manière à la fois divertissante et parfois oppressante, un spectacle captivant qui séduit par son ambiguïté. Une fois le danger surmonté, on se frotte les yeux, comme dans les spectacles de cirque acrobatiques de notre enfance.

Le « Boléro » de Maurice Ravel, initialement conçu comme un ballet, est intemporel ; cette œuvre, interprétée par des dizaines d’orchestres à travers le monde, avec son rythme simple qui se répète à l’infini, touche au plus profond de l’âme et plonge l’auditeur dans une ambiance euphorique. Il y a près de 100 ans, lors de la première à Paris en 1928, la muse de Ravel, Ida Rubinstein, alors âgée de 43 ans, était la seule femme au sein d’un cercle de 20 jeunes danseurs et avait choqué le public par sa danse érotique.

Mais qu’est-ce qui peut encore choquer aujourd’hui ? Jill Crovisier propose une interprétation originale du Boléro, en puisant dans l’univers des années 80. Avec I(CE) (S)CREAM : Bolero Femme, elle fait interpréter le Boléro de manière lascive par une danseuse (Victoria Tvardovskaya) en patins à roulettes, léchant une glace sur un espace d’à peine un mètre carré. La danseuse suit le rythme avec passion, guidée par sa voix intérieure. Une interprétation endiablée, reflet d’une époque où tout va très vite, qui séduit par le cliquetis des patins à roulettes et précisément par son esthétique espiègle. Personne n’avait encore mis en scène le Boléro de Ravel de manière aussi sensuelle en léchant une glace !

Take care of yourself ; conception, mise en scène, interprétation et conception lumière : Marc Oosterhoff, compagnie de production MOOST

I(CE) (S)cream : Bolero Femme ; chorégraphie : Jill Crovisier ; interprétation : Victoria Tvardovskaya ; production : JC Movement