Les vampires sont presque aussi anciens que le cinéma lui-même, ils peuplaient déjà les écrans à l’époque du cinéma muet. Avec *Nosferatu* (1922) de Friedrich Wilhelm Murnau, le vampire a connu son premier apogée cinématographique ; ce n’est pas un hasard si la naissance du cinéma d’horreur est souvent associée à l’expressionnisme cinématographique allemand. Depuis lors, le vampire n’a cessé d’être adapté au cinéma et à la télévision. Il fait actuellement son grand retour sur Netflix : les créateurs de la mini-série *Dracula*, Mark Gatiss et Steven Moffat, avaient déjà, avec *Sherlock*, transposé les célèbres détectives de l’époque victorienne au XXIe siècle. Avec la série *Dracula*, ils s’attaquent au comte transylvanien, célèbre et tristement célèbre, que la culture pop a déjà interprété d’innombrables fois. La structure même du récit, divisé en trois parties de 90 minutes chacune, témoigne de la volonté de concilier deux aspects : l’hommage au matériau historique et la réécriture de l’œuvre originale. Mark Gatiss et Steven Moffat cherchent à trouver un équilibre entre un hommage nostalgique et une réinterprétation ambitieuse. Le premier épisode s’inscrit pleinement dans la lignée du film d’horreur classique. En effet, la situation classique de l’arrivée de Jonathan Harker (John Heffernan), un géomètre sans méfiance, au château du comte Dracula (Claes Bang), ainsi que l’apparition de ce dernier qui s’ensuit, sont presque identiques à celles du film original d’Universal de 1931.
Claes Bang incarne ce Dracula de manière impressionnante ; il allie le mal et la galanterie, l’humour et l’effrayant, dans un personnage de bon vivant que les signes des temps devancent, pour ainsi dire. Face à ce suceur de sang se dresse également une femme, en la personne de la nonne Agatha Van Helsing (Dolly Wells), pour le moins anticonformiste ; elle n’a rien à envier au comte en matière de jeu de mots et de ruse. Et, de manière significative, les créateurs s’éloignent également du cadre de l’horreur gothique, si importante pour le personnage. Conformément à la tendance de l’époque, il fallait en effet apporter quelque chose de nouveau au personnage dans cette contribution à la mythologisation du vampire, et il était donc sans doute indispensable de transposer l’intrigue dans le présent ; une circonstance qui n’accentue toutefois pas l’aliénation du vampire transylvanien par rapport à son environnement. Au contraire, le personnage s’épanouit dans ce nouveau monde : ici, la nature instinctive et la civilisation avancée ne s’excluent pas mutuellement, elles se fondent plutôt l’une dans l’autre, se complètent littéralement. La volonté de mener un jeu déconstructiviste domine d’ailleurs particulièrement dans la troisième partie de la série, où le vampire fait son entrée au XXIe siècle.
Il suffit de jeter un œil à l’accueil réservé à la série pour constater que, avec *Dracula*, Gatiss et Moffat ne parviennent plus à égaler le succès de la série *Sherlock* de la BBC d’il y a une dizaine d’années. Par moments, cette volonté de modernisation semble forcée, peu originale et de plus en plus répétitive. La mini-série Dracula peut donc être considérée comme une tentative de modernisation du sujet, mais l’ensemble ne parvient jamais à atteindre une véritable esthétique cinématographique, peu importe le nombre de fois où l’on tente d’évoquer des couchers de soleil rouge sang ou de créer une atmosphère ou un style par le biais d’une colorisation arbitraire de certains plans. Il existe bien sûr en abondance des adaptations cinématographiques de ce sujet bien plus ambitieuses sur le plan artistique. Si, outre la saga Twilight (2008-2012) ou la série éphémère Dracula (2013) avec Jonathan Rhys Meyers, ou encore le film décevant Dracula : Untold (2014) avec Luke Evans, une nouvelle contribution voit désormais le jour sous la plume de Mark Gatiss et Steven Moffat ; l’adaptation très maniériste de Francis Ford Coppola, Bram Stoker’s Dracula de 1992, avec l’excellent Gary Oldman, sa photographie extrêmement impressionnante, ses costumes somptueux et sa bande originale richement texturée de Wojciech Kilar, pourra sans doute encore longtemps conserver sa place à part.