Le quatrième volume de la série « Theatrical Talks » du CNL est signé par la metteuse en scène, comédienne et scénariste Larisa Faber. Née en Roumanie, elle a grandi au Luxembourg et a suivi une formation au Drama Centre de Londres. Elle a notamment joué dans la série à grand succès Capitani (2021) ou dans Bad Banks (2017), et écrit depuis 2013 des pièces en anglais qui sont mises en scène au Luxembourg. Dans le cadre de sa résidence de cette année à la Maison de la culture de Miersch, elle travaille sur sa pièce *Papercut*, qui met en scène les personnages clés de l’affaire dite « School Leaks » de 2015. À l’époque, il s’agissait notamment de la divulgation non autorisée de sujets d’examen par le personnel enseignant (plus de détails dans la pièce !) – et c’est (principalement) de ces expériences liées au processus d’écriture que s’inspire *On Playwriting*.
Dans cet ouvrage de 70 pages, Larisa Faber s’interroge sur son rôle d’écrivaine, passe en revue sa méthode de travail et ses sources d’inspiration dans son propre processus créatif. Elle s’interroge sur la langue dans laquelle elle écrit, en la comparant aux langues de la vie quotidienne au Luxembourg, à la langue de son enfance ou à ses lectures, etc. Une réflexion belle et toujours passionnante sur le monde artistique multilingue du Luxembourg : les nombreuses motivations, raisons ou intuitions qui distinguent les langues de nos auteurs pourraient remplir des pages entières et offrent un aperçu très personnel de l’œuvre, du parcours et de la motivation des écrivains.
Mais avant tout, plutôt que de développer une théorie du théâtre ou d’offrir un aperçu de sa propre pratique, le texte de Larisa Faber aborde les blocages et les obstacles rencontrés dans le processus de création et met en scène, de manière quasi performative, cette incapacité à avancer. « Chère conseillère, je suis en proie à l’angoisse. J’étais censée écrire une pièce, mais je me retrouve coincée dans une camisole de force que je me suis moi-même imposée. »
Ce texte est une commande qui a été payée d’avance, mais l’auteure se retrouve face à une feuille blanche. L’inspiration lui fait défaut, les phrases semblent toutes commencer de la même manière, quelque chose la bloque. Ses pensées s’envolent vers Virginia Woolf et son ouvrage fondateur *Une chambre à soi*, vers les rôles de l’artiste et de la mère qui s’entrecroisent ou s’opposent, vers la gestion du temps. Le texte est saccadé et agité, comme s’il avait été rédigé dans les pauses entre les tâches quotidiennes, et pourtant, il tourne en rond. Il donne l’impression d’avoir été rédigé à toutes les occasions imaginables, comme en témoignent les heures régulièrement intercalées – et c’est d’ailleurs ce qu’il cherche à exprimer. On sent que le stylo et les pensées repartent sans cesse à zéro, tout en abordant ces blocages. Car, sur le fond, il n’a d’autre cadre que les obstacles rencontrés dans le cadre de cette commande, et il devient ainsi un collage (multimédia au sens où il intègre des photos en noir et blanc et un code QR), un libre flux de pensées qui passe en revue des lectures à la recherche d’une structure pour le texte théâtral. Il intègre également des textes d’autres auteurs de théâtre luxembourgeois écrivant en anglais, tels que Tara Jaffar, Catherine Kontz, Simone Mousset et Xavier de Sousa, qui se consacrent à des défis similaires (et différents).
Alors ? S’agit-il plutôt d’un flux de pensées ou d’un instantané ? Ce n’est ni une méthodologie, ni une théorie théâtrale, mais un journal de bord retraçant les ébauches et les interruptions de l’écriture, entre inspiration et œuvre personnelle ; c’est une pile de feuilles tirées d’un tiroir et rassemblées sous forme de livre, ce « entre-deux » devenu texte. Il reste l’attente de la pièce qui se cache dans les omissions de ce « Theatrical Talk ».
Larisa Faber : On Playwriting (mostly). Theatrical Talks n° 4. CNL 2021. En anglais. 71 pages. 5,00 euros