Andrew Ferrone est climatologue et dirige le service météorologique national AgriMeteo, rattaché à l’Administration des Services Techniques de l’Agriculture (Asta) au sein du ministère de l’Agriculture, de la Viticulture et du Développement rural. Depuis 2014, en collaboration avec le ministère de l’Environnement, il représente le gouvernement luxembourgeois au sein du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), une organisation des Nations unies dont le siège est à Genève. Lundi, le GIEC a publié la première partie d’un nouveau « rapport d’évaluation » sur le changement climatique. Ce rapport fait le point sur l’état des connaissances scientifiques concernant le système climatique et son évolution. En février 2022, un deuxième groupe de travail du GIEC publiera un autre rapport. Celui-ci portera sur les vulnérabilités face au changement climatique et l’adaptation à celui-ci. Enfin, un troisième groupe de travail se consacre à l’atténuation du changement climatique. Il examine comment les scénarios décrits dans le rapport publié lundi peuvent être mis en œuvre ; ce qu’il faudrait entreprendre dans chaque secteur ; quelles mesures sont disponibles et comment cela pourrait être financé. La publication de ce rapport est prévue pour mars 2022. Une synthèse des trois rapports paraîtra en septembre 2022.
d’Land : Monsieur Ferrone, l’humanité peut-elle encore être sauvée ?
Andrew Ferrone : Le rapport du GIEC indique clairement que les températures futures dépendent des émissions futures de gaz à effet de serre. Nous disposons donc encore d’une marge de manœuvre. Le rapport décrit cinq scénarios. Dans l’un de ces scénarios, il serait possible de limiter la hausse des températures à 1,5 degré par rapport à l’ère préindustrielle d’ici la fin du siècle. Pour cela, les émissions mondiales devraient baisser de manière drastique dès les dix prochaines années ; d’ici 2030, les émissions de CO₂ devraient au moins être réduites de moitié. D’ici 2050, elles devraient être ramenées à zéro net : les émissions restantes devraient alors être compensées par des puits de carbone, tels que les forêts. Dans ce scénario, les émissions de CO₂ deviendraient négatives, c’est-à-dire qu’il y aurait plus de CO₂ stocké que d’émis. En effet, il existe d’autres gaz à effet de serre, notamment le méthane et le protoxyde d’azote, dont les émissions ne peuvent pas être ramenées à zéro.
Dans quelle mesure cet objectif est-il réaliste ? La hausse de la température s’élève déjà à 1,1 degré.
C’est une question politique. Le GIEC ne dicte pas de politiques, il vise à transmettre des connaissances issues de l’état actuel de la science. Dans le scénario le plus pessimiste du nouveau rapport, le réchauffement climatique de 1,5 degré serait déjà atteint dès 2030. Dans le scénario le plus optimiste, que j’ai décrit tout à l’heure, nous atteindrions 1,5 degré vers 2040, mais nous resterions à peu près à ce niveau, ce qui est très important. Dans le deuxième scénario le plus optimiste, le seuil de 1,5 degré serait dépassé, mais pas celui des deux degrés.
Comment fonctionne le GIEC ? Il ne mène pas lui-même de recherches.
Il favorise le dialogue entre les scientifiques et les gouvernements. Les rapports sont entièrement rédigés par les scientifiques du GIEC. La première version d’un rapport leur est exclusivement transmise, accompagnée d’une demande de commentaires. Tout scientifique peut soumettre des commentaires ; chacun est invité à se manifester. Les scientifiques qui ont rédigé le premier projet doivent répondre à l’ensemble des commentaires. Il en résulte un deuxième projet. Celui-ci est à nouveau transmis aux experts et, pour la première fois, aux représentants des gouvernements. Ces derniers peuvent désormais également formuler des commentaires, tant sur le deuxième projet de rapport que sur le résumé à l’intention des décideurs politiques. Le rapport proprement dit est ensuite finalisé. Les représentants des gouvernements reçoivent encore une autre version du résumé à l’intention des décideurs politiques. Ils peuvent à nouveau le commenter, et les scientifiques le réécrivent ensuite presque entièrement. Cette version est discutée ligne par ligne lors d’une assemblée plénière du GIEC. C’est surtout là que s’établit le dialogue entre les auteurs et les gouvernements. Les auteurs ont toujours le dernier mot. Même si tous les gouvernements s’accordaient à dire qu’il faudrait formuler quelque chose d’une certaine manière et non d’une autre, les auteurs pourraient répondre que cela ne correspond pas aux données scientifiques. Le rôle des représentants des gouvernements est de veiller à ce que les résumés soient rédigés dans un langage pouvant être utilisé par les gouvernements.
Le dialogue a-t-il été plus difficile cette fois-ci, alors que le rapport aboutissait à des conclusions alarmantes ?
Je ne dirais pas ça. J’ai participé pour la première fois au GIEC en 2007, au sein de la délégation belge à l’époque. Depuis 2014, je représente le Luxembourg. Le week-end dernier, j’ai constaté pour la première fois que la séance plénière s’était terminée à l’heure et n’avait pas dû être prolongée.
195 gouvernements soutiennent ce rapport. Cela signifie-t-il qu’ils sont tous sensibilisés au prochain sommet sur le climat à Glasgow et que des décisions de grande envergure pourraient y être prises ?
Je ne sais pas encore. Les précédents rapports du GIEC ont également été acceptés ainsi. Ils ont tous eu une influence. Le premier rapport d’évaluation est paru en 1990. Il a conduit à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, dans le cadre de laquelle se tiennent les sommets. Le deuxième rapport a conduit au Protocole de Kyoto. Le cinquième a eu une influence considérable sur le sommet de Paris : l’objectif de rester bien en dessous de deux degrés et, si possible, de ne pas dépasser 1,5 degré de réchauffement climatique, découlait directement de ce rapport. Espérons que le sixième aura lui aussi un impact. L’année prochaine débutera le « Global Stocktake », comme convenu dans l’Accord de Paris. Les contributions déterminées au niveau national seront alors comparées aux conclusions du GIEC.
Quel est votre sentiment sur le GIEC après près de 15 ans d’expérience ? Il rassemble en effet de nombreuses informations qui peuvent être déprimantes.
C’est en partie déprimant. Même quand on entend, par exemple, les représentants des petits États insulaires déclarer en séance plénière : « Vous discutez pour savoir s’il faut dire “sera” ou “pourrait être”. Nous, en revanche, nous subissons des cyclones tropicaux et leurs conséquences. Soyons sérieux et diffusons des messages clairs ! » Le rapport du Groupe de travail 1, publié lundi, contient de nombreuses nouvelles déprimantes. Mais ce n’est pas tout : comme je l’ai dit, il est encore possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré, à condition que nous poursuivions cet objectif. Je trouve que c’est une bonne nouvelle. Tout comme le fait que la température future dépende de nos actions.
En raison du principe de consensus, les rapports du GIEC sont considérés comme plutôt prudents, voire conservateurs. Se pourrait-il que le rapport publié lundi cache une réalité encore plus grave ?
L’avenir nous le dira.
Vous aussi, soyez prudent.
Il est vrai que, en raison du principe de consensus, les rapports ont tendance à être plutôt prudents. Mais on ne peut parler de « climat » qu’avec le recul de 30 ans. Le premier rapport d’évaluation a été rédigé en 1990. Dix ans plus tard, on ne pouvait pas encore dire si ce qu’il contenait était exact. Aujourd’hui, ces 30 années sont derrière nous, et on constate que les affirmations de 1990 se sont plutôt bien vérifiées. Il y a toutefois aussi des évolutions qui ont été sous-estimées. Le troisième rapport d’évaluation, publié en 2007, a sous-estimé le recul de la banquise, comme nous le savons aujourd’hui. Concernant les phénomènes météorologiques extrêmes également, les conclusions fondamentales n’ont jamais été erronées, mais l’évolution s’est clairement accélérée par rapport aux prévisions antérieures.
Le GIEC indique que, au cours des 20 prochaines années, les tendances commenceraient à se démarquer de la « variabilité naturelle ». Cela signifie-t-il que nous ne voyons pas encore assez clairement ce qui se profile ?
C’est ce qu’on entend par la différence entre la météorologie et la climatologie. Il existe une variabilité naturelle : certaines années sont plus chaudes ou plus froides que d’autres. C’est tout à fait normal et cela n’a encore rien à voir avec le changement climatique. Mais si l’on observe l’évolution sur deux ou trois décennies, les statistiques commencent à changer. Si nous visions réellement le scénario optimiste, qui limiterait la hausse des températures à 1,5 degré à condition de prendre des mesures immédiates, la différence par rapport au scénario pessimiste ne serait visible que dans 20 ans, car le système climatique est relativement inerte. En revanche, la qualité de l’air s’améliorerait plus rapidement. Les émissions de polluants atmosphériques sont souvent liées à celles des gaz à effet de serre. S’il n’y avait plus de voitures diesel, par exemple, les particules de suie diminueraient rapidement. Elles seraient emportées par la prochaine pluie et disparaîtraient.
Comment interpréter les récents phénomènes météorologiques extrêmes : l’été caniculaire que nous avons connu l’année dernière, les inondations de cette année ? S’agit-il du changement climatique ou simplement de la météo ? Ou encore de la canicule qui a frappé l’Amérique du Nord en juin ou la Russie au-delà du cercle polaire ?
Dans le rapport d’évaluation de 2014, on considérait encore que certains événements ne pouvaient pas être attribués au changement climatique. Cela aurait été le cas pour l’été caniculaire de 2020 chez nous ou pour les nombreuses précipitations du mois dernier. Le rapport publié lundi indique en revanche qu’il est désormais possible d’attribuer certains phénomènes isolés au changement climatique.
Pourquoi donc ?
C’est une nouvelle conclusion issue de la recherche. Celle-ci est par exemple parvenue, à partir de la vague de chaleur qui a touché l’Amérique du Nord, à la conclusion qu’il serait « pratiquement impossible » qu’elle se soit produite sans le changement climatique. C’est déjà un degré de certitude très élevé. En ce sens, le nouveau rapport du GIEC indique qu’il est plus ou moins probable qu’un phénomène isolé soit lié au changement climatique.
Le rapport divise également le monde en régions. Il semble que tout le monde soit touché par les vagues de chaleur extrêmes.
C’est exact, et ce n’est que pour quatre régions que soit les données sont insuffisantes, soit il n’est pas encore suffisamment clair si ces phénomènes extrêmes peuvent réellement être attribués au changement climatique d’origine humaine. L’approche régionale adoptée dans le rapport est nouvelle. Les précipitations extrêmes et les sécheresses sont également présentées au niveau régional, même si, dans ces cas-là, le lien avec le changement climatique n’est pas encore aussi évident. Mais on constate par exemple que dans la région de l’Europe occidentale et centrale, dont fait partie le Luxembourg, il existe une tendance à une augmentation des précipitations intenses et des sécheresses.
On parle sans cesse de « points de basculement » (tipping points) qui pourraient être atteints. Une fois ces seuils franchis, le climat serait irréversiblement différent. Le rapport semble toutefois considérer cela comme peu probable. Peut-on vraiment affirmer cela, ou nos connaissances sont-elles encore insuffisantes ?
Je fais la distinction entre « irréversible » et les points de basculement. Sont irréversibles, par exemple – et le rapport l’indique très clairement –, le réchauffement des océans et l’élévation du niveau de la mer. Même dans le scénario le plus optimiste, ce phénomène ne s’arrêtera pas en 2100, loin de là. J’ai personnellement insisté pour qu’un graphique du rapport aille jusqu’en 2300. C’est jusqu’à cette date que le niveau de la mer continuerait de monter dans le scénario à deux degrés, et l’on pourrait atteindre jusqu’à trois mètres supplémentaires. Aujourd’hui, l’élévation est de 20 centimètres.
Mais le niveau de la mer ne finirait-il pas par redescendre un jour ?
Cela peut prendre des milliers d’années. Notamment parce que les océans se réchauffent de plus en plus vite. Actuellement, ils absorbent 90 % de l’énergie du système climatique ; seuls 10 % sont visibles dans l’atmosphère. Il faudra des siècles, voire des millénaires, pour que cette énergie supplémentaire stockée dans les océans soit dissipée. Le niveau de la mer restera donc élevé pendant tout ce temps, car l’eau plus chaude a besoin de plus d’espace.
Et quels seraient, selon le GIEC, les points de basculement ?
Notamment un effondrement total de la calotte glaciaire du Groenland. Pour l’instant, le GIEC estime que cela n’est pas très probable, du moins jusqu’à la fin de ce siècle, même si la fonte au Groenland s’accélère. La projection est donc la suivante : « C’est improbable, mais pas totalement exclu. » Si cela venait à se produire, le niveau de la mer augmenterait déjà de deux mètres d’ici 2100 et de sept mètres dans un avenir plus lointain. Si la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental, considérée comme la plus instable de l’Antarctique, venait également à s’effondrer complètement, le niveau de la mer augmenterait de 15 mètres supplémentaires par rapport à aujourd’hui. Ce serait un monde complètement différent. Aujourd’hui déjà, ces 20 centimètres supplémentaires se font sentir dans les villes côtières.
À cause des raz-de-marée ?
Exactement. Ce qui était autrefois un événement qui ne se produisait qu’une fois par siècle est aujourd’hui presque un événement qui se produit tous les dix ans. Aux Pays-Bas, les digues ont déjà été renforcées. Mais si le niveau de la mer augmentait de 15 mètres, la Hollande n’existerait plus. Sans parler des petits États insulaires, dont certains ont leur point culminant à seulement deux ou trois mètres au-dessus du niveau de la mer.
Connaît-on les risques que pourrait entraîner le dégel du pergélisol ? Ce phénomène a d’ailleurs déjà commencé.
Cela n’est pas encore clair. Le réchauffement du pergélisol a été documenté dans le rapport et va se poursuivre. Outre le méthane, des émissions de CO₂ sont également générées. Quant à savoir quel en sera le volume exact, les fourchettes sont encore trop larges. Le GIEC n’a pas encore pu se prononcer à ce sujet.
Il semble que l’influence des nuages sur les changements climatiques ne soit pas encore entièrement élucidée. C’est surprenant à lire.
Il y a plusieurs raisons à cela. D’une part, cela tient à la modélisation. La plupart des modèles climatiques mondiaux ont une taille de maille de 50 kilomètres. Les plus fins ont une maille de 20 kilomètres, mais même cela ne permet pas de représenter les nuages avec suffisamment de précision. Les modèles climatiques régionaux y parviennent mieux, car leur maillage est de deux kilomètres, voire d’un seul kilomètre. C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de fortes précipitations, nous accordons davantage de crédit à ces modèles qu’aux modèles globaux. Une autre source d’incertitude concerne les aérosols, qui sont par exemple générés lors des processus de combustion, et la manière dont ils interagissent avec les nuages. Nous comprenons toutefois mieux ce phénomène aujourd’hui. En moyenne mondiale, les aérosols refroidissent l’atmosphère.
Cela m’amène à la question de la « géo-ingénierie ». Il existe en effet des projets visant à injecter des aérosols dans l’atmosphère afin de la refroidir. Sait-on quel effet cela aurait ?
À cette fin, une modélisation a été réalisée pour le présent rapport. Le groupe de travail 3 du GIEC se penchera plus en détail sur cette question dans son rapport. Pour le rapport du groupe de travail 1, on a modélisé ce qui se passerait si, par exemple, on pulvérisait des sulfates dans l’atmosphère. D’une manière générale, ces aérosols disparaissent rapidement de l’atmosphère. Il faudrait en réapprovisionner constamment l’atmosphère, ce qui aurait un coût, mais soulèverait également la question de savoir qui s’en chargerait : tous les pays s’accorderaient-ils sur un effort commun, ou seuls certains le feraient-ils ? Et que se passerait-il si les pays concernés cessaient soudainement d’être d’accord ? C’est là, selon moi, l’un des types de questions contenues dans la boîte de Pandore. L’autre : des études montrent qu’il serait possible de faire baisser la température de cette manière, voire de la ramener au niveau préindustriel, si l’on pulvérisait de grandes quantités d’aérosols. Mais le climat serait alors différent de celui de la seconde moitié du XIXe siècle. La température serait plus basse qu’aujourd’hui à l’équateur, et plus élevée dans l’Arctique. Cela modifierait complètement la circulation atmosphérique et, par conséquent, les précipitations. Le bassin méditerranéen s’assécherait presque entièrement, car il n’y aurait pratiquement plus de précipitations dans cette région, tandis que d’autres régions seraient inondées.
Cela ne semble pas être une option.
Comme je l’ai dit, ce point sera abordé plus en détail dans le rapport qui paraîtra en mars. Le groupe de travail n° 1 n’avait pas reçu de mandat à cet effet.
Mais le modèle décrit dans le rapport publié lundi a-t-il examiné ce qui se passerait si l’apport d’aérosols dans l’atmosphère venait à cesser ? Les températures augmenteraient-elles alors de manière fulgurante ?
Probablement oui. Ils atteindraient alors beaucoup plus rapidement la valeur correspondant à la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. On pourrait peut-être alors parler d’un point de basculement.
Le rapport publié lundi permet-il de déterminer quelles régions du monde pourraient devenir carrément inhabitables ? On suppose en effet régulièrement que le changement climatique provoquera des mouvements migratoires que nous ne pouvons même pas encore imaginer – ni leurs conséquences politiques.
Ce sujet sera abordé plus en détail dans le rapport du groupe de travail 2. Il est toutefois clair que certaines régions seraient plus vulnérables que d’autres, même face aux mêmes changements climatiques. Il va de soi, par exemple, que les Pays-Bas pourraient mieux s’adapter à une élévation du niveau de la mer que le Bangladesh. Le rapport du groupe de travail n° 3, quant à lui, traite des questions de migration et des aspects socio-économiques. Mais tout reposera sur les conclusions du groupe de travail n° 1 concernant les aspects physiques. Et cette fois-ci, les trois groupes de travail collaboreront plus étroitement qu’auparavant.
Lors de l’important sommet sur le climat qui se tiendra cette année à Glasgow, tous les rapports ne seront pas encore disponibles. Est-ce regrettable ou, si la volonté politique est là, peut-on adopter des décisions d’envergure quelle que soit la réunion ?
Le rapport qui vient de paraître n’accuse qu’un retard de quatre mois par rapport à la date prévue. Le sommet de Glasgow devait initialement avoir lieu dès 2020. En raison de la pandémie de Covid-19, il a été reporté d’un an. De ce point de vue, le GIEC peut désormais apporter au sommet une contribution encore plus importante que prévu initialement. Des éléments importants sont désormais disponibles pour renforcer la pression sur les responsables politiques afin qu’ils agissent. À Glasgow, les contributions nationales renforcées seront mises sur la table, et chaque pays pourra s’appuyer sur le rapport du Groupe de travail 1 pour s’informer. Et rien dans l’Accord de Paris n’empêche de renforcer encore davantage ces objectifs à tout moment.
Les derniers objectifs climatiques de l’UE semblent correspondre au scénario le plus optimiste du rapport du GIEC, à savoir réduire au moins de moitié les émissions d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Il en va de même pour les objectifs des États-Unis sous la houlette de leur nouveau président, et peut-être aussi pour ceux de la Chine. À condition que tous prennent les mesures qui s’imposent.
Pour revenir à votre première question, nous ne sommes pas encore perdus. Personnellement, j’ai trouvé remarquable que le G20 ait récemment débattu de la neutralité carbone et se soit engagé en ce sens dans sa déclaration finale. Il existe donc, du moins sur le papier, un accord couvrant environ 80 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Et si l’on examine les engagements pris par chaque pays d’ici 2050 – ou d’ici 2060 pour la Chine – pour atteindre la neutralité climatique, cela correspond à environ 70 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Ce sont déjà des signes qui montrent que les messages clés ont été entendus. Les mesures concrètes de mise en œuvre doivent encore suivre, mais le message est passé. C’est un premier pas important qui donne des raisons d’espérer. Parfois, il faut s’accrocher à chaque lueur d’espoir…