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Livres 4 min de lecture

Une ambiance digne du « Quartette littéraire » à la BNL

Avec la question d’ouverture posée par le modérateur (et critique littéraire) Jérôme Jaminet, à savoir ce qu’est la « bonne littérature », la BNL est entrée d’emblée dans le vif du sujet à la mi-juin. Aucun conflit ne…

Article paru dans Édition août 2025
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Avec la question d’ouverture posée par le modérateur (et critique littéraire) Jérôme Jaminet, à savoir ce qu’est la « bonne littérature », la BNL est entrée d’emblée dans le vif du sujet à la mi-juin. Aucun conflit ne semblait encore se profiler ; les trois critiques s’accordaient à dire que la littérature devait avant tout concrétiser son potentiel de transformation. Aux côtés de Jaminet se trouvaient la critique littéraire allemande Sandra Kegel et la journaliste suisse Sieglinde Geisel. En revanche, les trois intervenants n’ont pas trouvé d’accord sur la question cruciale de la soirée : « Que penses-tu de Thomas Mann ? », a demandé Jaminet à ses deux interlocutrices à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de l’écrivain. Kegel estime que les nombreuses interprétations biographiques ont occulté la vision de son œuvre littéraire ; selon elle, Mann aurait « bien plus de David Bowie » en lui que ne le laisse supposer l’image du père de famille froid et réprimant son homosexualité que la recherche a créée. Geisel ne se rallie pas à « cette thèse audacieuse », comme le commente Jaminet en riant, mais attribue à Thomas Mann une « esthétique de l’écrasement » qui ne laisse aucune liberté à la lectrice.

La discussion porte ensuite sur les livres *Wachs* de Christine Wunnicke, *Die Verlorenen* de Tomas Bjørnstad et *Daily Soap* de Nora Osagiobare. *Wachs* est unanimement salué ; quant à *Daily Soap*, Jaminet le trouve certes habile sur le plan formel, mais déplore que le format devienne rapidement répétitif. Les extraits lus à haute voix suscitent néanmoins des rires amusés dans le public.

L’ouvrage *Les Perdus* de Tomas Bjørnstad, pseudonyme derrière lequel se cache l’écrivain luxembourgeois Nico Helminger, fait l’objet d’un accueil plus mitigé. « Le jeu de confusion entre réalité et fiction commence déjà avant même d’ouvrir le livre », note avec justesse Jaminet, comme le montre également la présentation de la « non-biographie » de Bjørnstad. Jaminet, qui a apporté le roman, le trouve « incroyablement séduisant sur le plan formel » et salue avec éloges la « manière dont l’auteur jongle avec les références cinématographiques et les clichés du genre ». Ce roman de route à travers la banlieue parisienne est un « plaisir de lecture anarchique » qui se distingue par des techniques narratives innovantes. « Ceci n’est pas un film », note Jaminet avec justesse, en référence au sous-titre « bande non-dessinée » et au style narratif postmoderne du roman. Kegel a elle aussi pris beaucoup de plaisir à lire ce livre, même si elle s’est sentie « complètement perdue » au début. L’ouvrage exige une certaine participation de la part des lecteurs et lectrices, qui doivent découvrir peu à peu les nombreuses allusions intertextuelles et les procédés narratifs. Geisel s’est également bien amusé et souligne le caractère participatif de la lecture. En l’absence de « indications scéniques », il faut deviner, à partir du langage et du comportement des personnages, qui est en train de parler : « Il faut entrer dans le jeu. »

Pour conclure, Geisel se demande si le roman a bel et bien réalisé son potentiel de transformation et si l’on en ressort plus sage après l’avoir lu. Les critiques répondent par la négative, mais concluent à l’unanimité que l’on ressort de cette lecture à la fois diverti et stimulé – ce qui est également une caractéristique de la bonne littérature.

Le format « Literatur hoch drei » s’est déroulé pour la troisième fois le 12 juin à la BNL ; ces 90 minutes se sont avérées divertissantes et variées. En tant que spectatrice, on s’est senti bien diverti par l’ambiance à la « Quartette littéraire » qui régnait à la BNL et on attend avec impatience la prochaine édition de « Literatur hoch drei » en décembre au Centre national de littérature.