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Livres 4 min de lecture

Un trio de choc

Discours du CNL sur la littérature, le théâtre et la danse

Article paru dans Édition janvier 2025
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Les publications théoriques et essayistiques du Centre national de la littérature ont entamé un nouveau cycle. En 2024, trois nouveaux ouvrages consacrés à la littérature (poésie), au théâtre et à la chorégraphie ont été publiés. Nous entendons, lisons ou discutons souvent de la manière dont l’art est perçu et reçu. Ces ouvrages, en revanche, se concentrent sur le point de vue des artistes, qui évoquent leur méthode de travail, leurs réflexions théoriques, leurs motivations et les difficultés rencontrées au cours du processus de création – chacun dans son propre ton et son propre style.

Dans son discours en allemand consacré à la littérature, la poétesse Ulrike Bail se penche sur la poésie. Elle joue avec les variations d’intonations, les modes de narration, les références et les genres textuels – de la prose (poétique) aux définitions en passant par des vers comportant des enjambements –, les glissements sonores et les assonances, les racines étymologiques communes et leurs différentes significations actuelles… et explore ainsi la place et la force politique de la poésie. Il est ici beaucoup question de vides, symbolisés par les ormeaux, ces coquillages trouvés qui renferment leurs propres vides, ces petits animaux absents, mes « animaux de réconfort », sur la plage de Normandie le 24 février 2022 (date du début de la guerre d’agression russe contre l’Ukraine), où les destinations de vacances, le tourisme et les niveaux spatiaux, associatifs et historiques se superposent tant sur le plan linguistique que géographique :

« C’est sur le fil du rasoir que s’expriment le langage poétique et les métaphores. « Trösten » (réconforter) et « Vertrösten » (reporter) ne sont séparés que par trois lettres ; entre le banal et le significatif, il n’y a souvent qu’un saut de ligne. » (p. 33)

Guerre et ruines, expérience et observation, distance, temps et proximité : ses réflexions sont aussi poétiques que riches en références croisées et en lectures personnelles, avec des citations d’Esther Kinsky, Yevgeniy Breyger, Anja Utler, Tanja Maljartschuk et bien d’autres encore. Un discours captivant et une réflexion profonde.

Dans son discours luxembourgeois sur le théâtre, Jemp Schuster entame un dialogue humoristique et ironique avec un fantôme sous un pommier. Au cours de nombreuses nuits blanches, un auteur de théâtre, qui est aussi parfois dramaturge ET metteur en scène, raconte à cette âme translucide son nouveau projet. Ce discours est moins théorique que les volumes précédents du CNL, bien plus littéraire et essayistique, et débordant d’ironie sur les attentes et les pratiques du théâtre contemporain. Dans ces dialogues entre l’auteur de théâtre et le fantôme, on comprend clairement les défis auxquels il est confronté dans son écriture et ses mises en scène. Il distingue le théâtre, qu’il qualifie d’imitation pure et froide, du cabaret (« Kabarä »), qui est bien plus critique envers la société et ancré dans la réalité. Au fil de brèves réflexions essayistiques, le théâtre est décrit comme un métier dans lequel l’intonation et la mise en scène jouent un rôle important, tout comme tout ce qui entoure les représentations : les comédiens et comédiennes, le public, la réception et les critiques. Dans l’ensemble, le théâtre contemporain et ses créateurs font l’objet de nombreuses critiques, et pourtant, le texte témoigne indéniablement d’un profond enthousiasme pour l’art de la scène :

« Parler et faire sont deux choses différentes. Le théâtre, c’est à la fois une création de l’esprit et un travail manuel. De l’idée qui germe dans l’esprit jusqu’à la représentation sur scène. » (p. 33)

Dans son discours en anglais consacré à la danse, Anne-Mareike Hess se penche quant à elle sur sa propre pratique et rassemble des fragments de ses réflexions, notes et conversations concernant son travail chorégraphique. Elle s’attarde notamment sur des extraits relatifs aux préparatifs et aux discussions d’après-spectacle de performances telles que WARRIOR, TANZWUT, DREAMER et WEAVER, et explore le corps en tant que « bodymind », en tant que moyen d’expression dans la danse moderne – depuis ses mouvements et ses expressions faciales jusqu’à la musique, les sons, les costumes et bien plus encore. Plus qu’une simple théorisation, ce discours rassemble plutôt des réflexions analytiques et théoriques sur la pratique, les moyens et les possibilités d’incarnation et de représentation, ainsi que sur la réception.

Aussi différents que soient ces trois discours, ils n’en enrichissent que davantage les petits aperçus de la création artistique que les discours sur l’art du CNL offrent.